Au mépris de quelques faits...

Après son premier roman, Exhibition en 2002, Michka Assayas, plus méritant pour son Dictionnaire du rock, replonge cette f

Au mépris de quelques faits…

Après son premier roman, Exhibition en 2002, Michka Assayas, plus méritant pour son Dictionnaire du rock, replonge cette fois, dans ses vingt dernières années pour comprendre comment il a été, avec sa petite gloire de rock critique, épargné par le rouleau compresseur social quand ses congénères sont partis en vrille, du responsable marketing de label au pigiste sinistré dans un pavillon de banlieue. Il lie tout cela avec une remontée d’IVG qui lui arrive  par SMS et le fait douter du peu de “réalité de son existence”. Il appelle cela le mépris et son roman Solo.

Si le premier roman appuyait sur ses déboires éditoriaux avec les éditions EMAP pour la mise en place d’une édition française de Q ( le Volume des Inrocks vient aussi de jeter l’éponge sur le même créneau… ), en se branchant Minitel rose et latex, Solo joue du sado-masochisme à fond, en appuyant sur le côté israélite familial (pour le justifier ?). Mais n’écrit pas Histoire d’O qui veut car, le héros de Michka n’est pas dans la servitude volontaire, il tente de comprendre pourquoi  les autres, mais surtout lui, n’ont pas résisté au changement du monde, tout en le regardant passer.

Atrocity Exhibition (Joy Division)

Euh, grandir c’est pas oublier, c’est juste se transformer… (au moins dans l’œil de l’autre.) Et c’est là que le latex frotte, crisse et craque. De son statut envié, les autres attendent la bonne parole, le coup de main, quand lui passe un peu ailleurs, comme non concerné… Et le livre d’aller son petit bonhomme de chemin sur le mode “ma jolie réussite pose quand même problème aux autres, et mes illusions, dans quel étagère”? “Et mon statut social qui me permet d’évoluer tranquille en famille avec une maîtresse pour jouer, rassuré et me faisant chier comme un rat mort sous les roues de la destinée”? Bashung disait ” Et tout cet abandon, à qui en faire don ? ” Et le héros de jouer faux de bout en bout, un peu Assayas, un peu Lenoir, quand il parle émission radio ; beaucoup l’auteur quand il raconte les visites à la rédaction de Rock & Folk, lieu d’un singulier mépris pour la plupart de la rédaction par ses dirigeants Paringaux et Koechlin (il aurait aussi pu parler de la bande à Bizot, autre poème du même monde).

At Home He’s a Tourist ( Gang of Four)

En fait, le mépris qu’il tente de maintenir à distance honorable, celui que son discours djeun’z culturé mais pas poussé lui autorise (celui qu’on attend de lui) le met en porte à faux avec ce au’il vit et ceux qui le côtoient. Pas de malaise donc que sa maîtresse l’ait largué, elle qui aimait surtout chez lui, son côté enfantin… Et de cela, il ne se remet pas : il se morigène, il s’en veut ( nous aussi, c’est long !), on ne peut que lui renvoyer son discours à la gueule. Si l’écriture rock est un tracé de sensations qui fusent de manière unitaire,  pourquoi alors vouloir le désagréger avec un style distancié comme un discours post analytique ?

Ex-Lion Tamer ( Wire)

En trouvant la paix et la réconciliation avec son ex, qui le reconnait en cessant de le mépriser pour l’attente qu’il avait d’elle, sans s’en donner les moyens, il pense être quitte de son passé. Mais de quel droit ? Comment l’apaisement d’une histoire d’amour vécue comme support au quotidien peut-elle légitimer les autres erreurs de ce même passé ?  Lui, en bouclant son histoire d’amour s’offre un bel état de conscience modifiée, mais ne résout rien d’une transformation toujours à effectuer de s’accomplir avec ses rêves et sans rien renier d’autre. Grandir sans s’oublier, vivre sans renoncer, c’est autre chose… De sentir les choses différemment, le héros oublie alors qu’il a oublié les autres et l’entourloupe majeure du livre se pose. Ce n’est pas un roman sur le mépris d’antant et des autres, mais la même méprise continuelle de ceux qui réussissent seuls en se lamentant du sort des autres.

A l’heure où la culture rock était le prescripteur des choses en train de se passer, là où Assayas a vécu ses années 80, cela se comprenait. Mais même à posteriori en 2009, cela n’excuse pas tout. La vraie question reste d’être ou d’avoir été prescripeur. C’est plus cela qu’il a perdu, sans arriver à l’exprimer clairement. Aujourd’hui, les choses sont plus simples à comprendre, il suffit de regarder le tube d’Elmut Fritz à la télé : Ca m’énerve !

Michka Assayas // Solo // Grasset

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