Au milieu de la grisaille des programmations de cette rentrée hivernale, une éclaircie notoire : la 14ème édition du festival Mofo, qui accueille cette semaine à Saint-Ouen le meilleur de la scène ovni.

Une édition qui promet d’être électrique, à plus d’un titre: en plein conflit avec l’équipe municipale, la salle de concerts qui héberge le festival lutte pour sa survie, résiste (tant bien que mal) et prouve qu’elle existe. Le maire de Saint-Ouen, William Delannoy, a manifesté publiquement sa volonté de ne pas renouveler le bail de Mains d’œuvres, lieu pourtant essentiel pour nombre d’artistes qui y répètent ou s’y produisent, comme pour bon nombre de mélomanes toujours plus nombreux à franchir le périph’, témoins impuissants de la mise à mort des derniers lieux de fête programmée par l’Amicale des voisins nazis dans le centre de Paris [1].

Depuis fin décembre, Mains d’œuvres vit sous assistance respiratoire, et son sort demeure incertain, alors même que la municipalité, jusqu’ici sourde au dialogue, envisage d’utiliser l’actuel emplacement de la salle pour y installer un nouveau conservatoire. Quoiqu’il en soit, la situation précaire du lieu semble décupler la motivation de ses acteurs et soutiens, qui s’activent pour défendre Mains d’œuvres ou, à défaut, lui offrir une belle mort. On imagine avec plaisir quelques gardes mobiles égarés malencontreusement dans un mosh-pit furieux en plein concert du groupe Noyades.

Mais ce contexte ne saurait éclipser l’intérêt majeur de Mofo : sa programmation éclectique et ambitieuse, confiée cette année à Anaïs Garcia, membre active de la fine équipe de La Station, et impliquée dans d’autres projets hautement recommandables comme le label Atelier Ciseaux ou la soirée Sale et Sauvage, à Mains d’œuvres aussi.

On pourrait vous donner 36 raisons d’aller faire un tour au festival Mofo, mais un rapide aperçu de la prog devrait suffire à vous convaincre. Mon programme personnel : danser sur DBFC, pleurer avec Tamara Goukassova, et mourir pendant le concert de Noyades (dans le désordre). Sans oublier d’aller voir ou revoir Mammane Sani, Dollkraut, ou encore Camera, rarement décevants. On met aussi une petite pièce sur deux concerts inédits : celui d’Étienne Jaumet/Emmanuelle Parrenin/Jeff Eat Gas, et la rencontre prometteuse entre trois (maîtres) corbeaux non moins perchés, Tropical Horses et le duo Teknomom. Vous pouvez vous faire une idée du reste de la prog en écoutant la playlist du festival disponible sur Bandcamp. Avec en vrac : Francis Lung, Limousine, Matar Ex Moi, Lispector, Saudaa Group, Autisti et bien d’autres Alors ôtez vos charentaises et chaussez vos plus belles boots : en cette fin de semaine, Mains d’œuvres sera le repère de tous les curieux.

Festival Mofo : 18-19-20 janvier à Mains d’œuvres, 1 rue Charles Garnier, 93400 Saint-Ouen. Plus d’infos sur www.mainsdoeuvres.org, www.festivalmofo.org et sur Facebook.

[1] On a appris cette semaine les difficultés du bar La Mécanique ondulatoire, célèbre bastion garage-punk installé dans le quartier de la Bastille, qui risque de finir comme La Flèche d’or. On peut penser, dans un autre genre, au bar féministe La Mutinerie, menacé de fermeture à défaut de mettre en œuvre de colossaux travaux d’insonorisation.

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