17 mai 2026

Foul Weather est le carrefour des routes de la sueur post-Brexit

Foul Weather 2025, au fort de Tourneville, Tiffany Trabado-M / @tiffanylanuit

Le scénario est bien connu des historiens : une horde d’anglophones débarque sur les plages normandes pour faire un peu de bruit et se faire applaudir. Le festival Foul Weather du Havre est le nouveau débarcadère du rock d’Outre-Manche. Cette année plus que jamais, sa programmation aura un fort accent britannique. Une anomalie au regard des difficultés rencontrées par les groupes anglais pour surnager dans leur propre pays et sur la scène européenne.

La scène anglaise fait grise mine depuis le Brexit : explosion des coûts, pression immobilière à son comble, fermetures de lieux en cascade, raréfaction des tournées, et un vrai casse-tête pour les visas et permis de travail.

« Les groupes UK galèrent à sortir de leur île car tout coûte beaucoup plus cher. Ils viennent de plus en plus les mains dans les poches, sans amplis ni batterie, pour éviter les problèmes de douane. Ils font presser leurs vinyles dans des usines tchèques et se les font livrer pour leur première date de tournée européenne. » témoigne Marius, le programmateur de Foul Weather.

Cela force les organisateurs à ruser, à mutualiser les coûts avec d’autres rendez-vous dédiés à l’émergence comme le festival Block Party organisé par le Supersonic à Paris ou le London Calling à Rotterdam. Les offres communes portées avec d’autres événements comme Art Rock ou les 3 Éléphants vont aussi dans ce sens.

Foul Weather 2025, au fort de Tourneville, Tiffany Trabado-M / @tiffanylanuit

Dans ce contexte, la surreprésentation des groupes britanniques dans la programmation de Foul Weather est à souligner. Elle révèle aussi la singularité de la ville du Havre : ville portuaire, ouvrière, qui entretient une longue histoire avec les Etats-Unis et l’Angleterre via les marins ou les soldats en garnison, son port industriel. On y a un temps importé des vinyles par conteneurs. Le Havre est une ville d’import-export et de transit, qui offre encore aujourd’hui une liaison en ferry avec Brighton, dont la scène est représentée cette année par Opus Kink et Lime Garden.

Sans doute est-ce un tort mais le monde n’a pas encore les yeux rivés sur le Pays de Caux, et les britanniques continuent de faire la pluie et le beau temps côté tendances musicales. Plus compliqués à programmer mais toujours scrutés, les groupes britanniques continuent de saturer nos imaginaires.

En les mettant à l’honneur, le festival Foul Weather cultive son côté iconoclaste, traquant le rock qui sort des cases : pour s’en convaincre, on pourra venir écouter Baby’s Berserk, Smudged, ou Body Horror, pour n’en citer que trois.

Le plus anglo-normand des festivals, qui mêle accents cauchois et cockney, reviendra les 22 et 23 mai. Une aubaine pour les groupes britanniques contraints de s’exporter pour survivre, mais aussi plus largement pour les fans de rock béton.

Festival Foul Weather – 6e édition // Les 22 & 23 mai au Fort de Tourneville au Havre (3 scènes : Le Tetris, La Halle, Le Garage) // Programmation à retrouver ici.

Foul Weather 2026 : une programmation massive et très UK au Havre

1 Comment Laisser un commentaire

  1. Louer la « surreprésentation des groupes anglais » au Foul Weather alors que la majorité des festivals de rock indé de taille moyenne en France font de même et notamment grâce/à cause – chacun.e a son opinion dessus – des tourneurs français qui bossent beaucoup avec le Royaume-Uni, c’est méconnaître la réalité du booking dans notre pays.

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