Intitulée Polnarêves : une expérience immersive, l’exposition dédiée au Xavier Dupont de Ligonnès de la chanson française qui débute le 3 juin au Palace ne laissait pas beaucoup de place à l’espoir d’un retour réussi. Mais fort de cette réputation de jusqu’au-boutiste patenté qui a permis à Polnareff de repousser  pendant 50 ans toutes les limites, c’est encore pire que prévu.

Il est 10H00, ce mercredi 1er juin, quand on opère un travelling oculaire sur la devanture du Palace, célèbre lieu de fêtes et de débauches jadis propriété de Fabrice Emaer. En gros, en lettres rouges :

POLNARÊVES
MICHEL POLNAREFF

Sans attendre quoi que ce soit de l’exposition immersive dont il est ici question, difficile de ne pas avoir un début de frisson dorsal tant la scène rappelle autant l’Olympia que la pochette du Live at the Roxy de Polnareff, et d’ailleurs édité pour la première fois en vinyle en février dernier, 27 ans après sa sortie. Convoqué pour l’invitation presse, pendant laquelle les journalistes doivent avoir l’honneur d’une visite en avant-première pour cet événement initialement prévu pour le début d’année, puis décalé pour des raisons techniques, je ne peux m’empêcher de scruter la faune présente en attente dans le couloir : des mecs. Vieux. Blancs. Surement fans. Comme moi. Niveau inclusion et diversité, on repassera. Dans le même couloir, on patiente en lisant les panneaux historiques retraçant les dates clefs du musicien, de 1966 à 2022, et tous ses faits d’arme, de l’affiche du live Polnarévolution avec le cul à l’air, qui fit tant jaser en 1972, jusqu’au « confinement électronique » du chanteur à la fin des années 90, pour l’accouchement de l’album « Kâma-Sûtra ». Il est désormais 10H10, et personne ne sait vraiment à quoi s’attendre de l’autre côté du rideau, exception faite qu’il s’agirait « d’un voyage extraordinaire et inédit dans la carrière de Polnareff », mais sans Polnareff. Des concerts en streaming semblent prévus plus tard en 2022, pour celles et ceux qui assisteraient à certaines séances, en présence du principal intéressé délocalisé à Los Angeles pour des concerts ressemblant de facto à des séances de visio sur Teams.

Polnarêves : les concerts immersifs de Michel Polnareff à Paris sont  reportés - Sortiraparis.com

Le directeur artistique de l’exposition, Marc Benaïche, sonne le coup d’envoi. On entre dans une pièce tapissée des pieds à la tête, grande comme la moitié d’une salle de concerts, et pensée comme une boite multimédia où des visuels sont projetés sur tous les murs. « Merci de ne rien toucher, c’est très fragile ». La suite va prouver que oui, ça l’est.

Apocalypse maintenant

« Ce spectacle a été conçu comme sept tableaux pour sept chansons, de la naissance au renouveau ». Attendez, on ne comprend pas très bien. Personne ne passe par la case mort ? Bon, pas grave. Puisqu’on n’a rien compris, et que visiblement le mode d’emploi est passé à la sanibroyeuse, les lumières s’éteignent, on va bien voir ce qu’on va voir. Mais de fait, on comprend vite : la salle se transforme en salle de cinéma à 360° (« c’est une technique révolutionnaire », entend-on) avec des visuels diffusés pour rythmer Voyages de Polnareff. C’est donc ça, le tableau numéro 1. Sur les murs, partout, de la neige et des décors de clip YouTube de 1992 dans un style qui commence à faire tiquer. Avant qu’on soit sorti rapidement de l’ennui qui nous gagne par la voix de Michel expliquant qu’il fait souvent des rêves à bases de coquelicots. L’exposition est sensée durer 45 minutes, ça va être long.

La suite ? La même chose, avec l’impression à la fois désagréable et comique d’assister à la chute d’un graphiste récidiviste dans l’escalier de la prison de Photoshop-les-Bains. Chaque tableau rend hommage à l’un des titres de Polnareff ; ça on l’a bien compris. Le hic, c’est un peu tout le reste : c’est supporter une armée de perroquets volant dans le désert au fond de Love me please love me, c’est voir une sorte de scarabée géant doté d’une tête en coquelicot (?!), c’est encore supporter un long moment pénible sur le « cinquième tableau », avec une baleine à gueule de bulldog nageant dans le vide pour illustrer Goodbye Marilou, et l’on aurait presque envie de décerner une médaille du stoïcisme à celui qui résistera à l’envie d’exploser de rire face à la débâcle artistique de ce show visiblement monté à l’arrache sur une palette graphique.

Un spectacle emmerdisif

Arrivé à la fin de la séance, on ne voit pas très bien où Michel veut en venir avec ces fables musico-écologiques à 362 degrés et demi. Visuellement, on est assez proche des graphismes époque clip LNAHO, et c’est presque tout sauf un compliment. Longtemps en avance sur son temps, quitte à en payer le prix, Polnareff semble ici dépassé par les événements, la modernité et le bon goût. C’est triste à dire, encore plus à voir, mais on est autant frappé par la modernité des chansons que par le ringardisme généralisé des visuels défilant sur l’écran, à mi-chemin entre Hugo Délire, les Dims et Un âge pre internet absolument démodé. Seul moment de répit : le grand final sur Lettre à France sans animations et en travelling magnifique sur des rochers, la mer et la côte. Et pourtant, c’est le mot naufrage qui revient en boucle. S’il n’était pas encore si tôt, on aurait eu envie de demander Marc Benaïche, auteur et réalisateur à l’origine du programme, s’il n’envisageait pas de se reconvertir dans le BTP et l’autodestruction.

Voilà, c’est fini, comme disait l’autre. L’écran, lui, s’éteint. Et toujours pas de trace de Michel Polnareff, dont on aurait espéré un petit mot, au moins une vidéo enregistrée depuis la cité des Anges. S’est-il, lui aussi, endormi ? « Oui, toute la vie est un songe écrivait le poète Pedro Calderón ; et les songes eux-mêmes, que sont-ils ? Songe ! ». On est bien heureux de sortir de là réveillé ; ce Polnarêve est un cauchemar dont on sort indemne, mais avec néanmoins quelques ecchymoses sur les yeux.

Au Palace, à partir du 2 juin, tarif à 14 € de 10H00 à 21H00
Lien vers la billetterie

7 commentaires

  1. D’habitude tu nous refiles une paire de tuyaux pour shaker le booty all the Summer le Bester, t’as des surprises c’te année?
    Et si tu nous causais de Lewis Ofman et de son Sonic Poems?

  2. Ça fait longtemps qu’on l’a perdu le Popole
    Dommage
    il reste une figure marquante de la « pop music » française des années 60.

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