Prise d’une soudaine poussée de voyeurisme morbide, (officiellement je vais parfaire mes connaissances bio

Prise d’une soudaine poussée de voyeurisme morbide, (officiellement je vais parfaire mes connaissances biologiques) je me demande ce que cela fait d’être en face d’un corps mort, décharné, écorché. Chose possible jusqu’au 10 Mai à l’espace Madeleine. Direction le 9ième arrondissement, voir si mes tripes sont bien accrochées devant la mort qui m’observe.

Un procédé chimique complexe, la plastination (technique mise au point par un docteur plasticien allemand controversé, Gunther Von Hagens, dont il n’est fait aucune mention dans cette exposition) permet la conservation et surtout la dissection thématique de corps. On peut ainsi isoler les nerfs, les muscles ou les organes digestifs de façon à découvrir l’anatomie intime humaine. Dès lors, de nombreuses questions me taraudent.

D’où viennent les corps ?

De Chine, me précise un panneau, soulignant la légalité du processus, en vertu des lois en vigueur…en Chine. Il s’agirait de corps donnés à la science. Mais comment valider alors leur représentation dans des expositions payantes (prix exorbitant de 15 euros l’entrée)? La liberté en Chine étant ce qu’elle est, quelle est la part de choix des « donneurs » ? Avaient-ils connaissance de la destination mercantile de leur don ? Pourquoi n’utilise-t-on pas des cadavres européens ou américains? Les organisateurs restent flous sur ces questions.

Est-ce de l’Art ?

L’artiste anglais polémique, Damian Hirst, travaille sur le corps (animal) comme matériau. Sa vache (veau inclus) coupée en deux, ou encore débitée en lamelles sont labellisées œuvres d’art contemporain. S’agit-il d’art quand les dépouilles sont humaines? L’expo, encore une fois, ne choisit pas clairement son angle.  Aucun nom des « découpeurs » n’est mentionné. Pas de commissaire d’expo ou de scénographe. Parti pris scientifique à première vue, sauf  que mise en scène il y a. Dans chaque salle de ce petit musée des horreurs, des squelettes sont mis en situation. Un fait du vélo, un autre, rate et foie dehors, tente un passement de jambe, plus loin dans une pose lascive, une pin-up exhibe son réseau vasculaire.

Entre humour et biologie, sérieux et burlesque. Pascal Bernardin (importateur de l’événement en France et accessoirement producteur de spectacles) affirme pourtant la volonté pédagogique de « Our Body ». Pour lui, il s’agirait de parfaire la vulgarisation des travaux anatomiques initiés à la Renaissance.

Belle promesse humaniste mais constat navrant. Ainsi, tous les accessoires présents dans les salles sont siglés. Ballon Adidas, vélo Décathlon… Le sponsoring semble ici déplacé, vulgaire. Le tarif prohibitif  va franchement à l’encontre du désir de rendre accessible à tous la découverte du corps humain. L’opacité de la provenance des cadavres ombrage le sérieux de la démarche (deux associations ont d’ailleurs assigné en référé l’organisateur pour qu’il produise des pièces justifiant les conditions d’obtention des cadavres).

Art, science, commerce, mélange des genres indigeste, voire putassier… Comment se faire de l’argent sous couvert d’éthique scientifique, en flattant les bas instincts voyeurs qui sont les nôtres ? Réponse grandeur nature à l’espace Madeleine. Un non-rendez-vous. Une non-découverte. Une non-exposition.

Our body // A corps ouverts // Espace 12 Madeleine, 75009 Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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