Chloé n’arrête pas de courir : du live et des DJ-sets tous les week-ends aux quatre coins du monde, une superbe compilation de son label Lumière Noire ainsi qu’un album live à venir. Entre deux avions, elle nous a invité à parler de tout ça autour d’une tasse de thé.

© Astrid Karoual

Chloé nous reçoit dans son studio – ou plutôt sa Batcave aux murs peints en noir – situé à deux pas de la place de Clichy. Il y a des synthés partout, des caisses remplies d’amplis, des câbles au sol et des machines électroniques qui font « crac-boum-hue ». Mine de rien, son label Lumière Noire accentue sa singularité. La compilation « Lumière Noire Presents From Above Vol.1 » n’est pas une compilation de techno-boum-boum, mais un recueil des coups de cœur de Chloé. On y retrouve les piliers du label comme les loulous d’Ile Est Vilaine avec un morceau Fahrenheit 451 en mode Alain Chamfort : costume blanc et mocassins sans chaussettes et ambiance funk-parano de fin de soirée. C’est d’ailleurs la bonne surprise de cette compilation : on y trouve des morceaux très pop, des chansons électroniques pour faire chanter les jeunes comme Sutja Guitierrez ou Ben Shemie, du groupe Suuns en solo sur A Million Kinds – une de mes tracks préférées –  très psyché, très travaillée et pas si éloignée de MGMT bizarrement. Ce Ben Shemie qui apparaît sur l’album « Endless Revisions » de Chloé, sorti plus tôt dans l’année comptant de somptueux remixes comme celui d’Autarkic : jetez-y une oreille, cela vous changera de vos groupes de garage qui sentent des pieds et qui vivent encore chez leurs mamans.

Mais rassurez-vous, on trouve aussi sur cette compilation de la musique pour plaire aux adorateurs du grand Satan : du gothique pour les jeunes Français avec Drvg Cvltvre et son dérangeant Last Rites. Au rayon krautrock lunaire, des propositions comme Cercle Polaire de Jonathan Fitoussi ou Bajram Bili. Chloé n’apparaît pas sur la compilation, elle se réserve pour le disque live issu de la tournée « Endless Revisions » (je vous ai déjà dit que ce disque est sublime?) qui sort en janvier et il s’appelle  – devinez quoi – « Endless Revisions Live ». Verdict ? Eh bien, c’est un album…live. Personnellement, j’ai un peu de mal avec les disques live – à part ceux du Blue Öyster Cult. Mais je m’éloigne du sujet, non ?

Chloé, tu as sorti un disque l’année dernière, tu continues de te produire en live, tu alignes les dates en DJ, tu es la boss d’un label qui sort une superbe compilation et toi, un album live. Tu tournes aussi avec une performance avec la musicienne Vassilena Serafimova et tu as signé la musique d’une pièce de théâtre dernièrement. Cerise sur le gâteau, tu trouves le temps de sortir des t-shirts à l’effigie de ton label. Tu t’arrêtes jamais ?

Ah ah ! Disons qu’il y a toujours un temps entre le début de ces différents projets et leur réalisation. Les dates de live ont été calées longtemps à l’avance, entre les deux il y a les dates en Dj set. À côté de ça, cela fait deux ans que l’on travaille à ce projet duo avec Vassilena Serafimova, notamment lors de la biennale de Venise. Au terme de cette résidence, on a tiré des morceaux et aussi de quoi réaliser un album. Le live va se terminer, mais plein de choses vont commencer. Tous ces projets se sont faits doucement, et là chaque week-end ça s’enchaîne. Parfois, c’est un peu compliqué, surtout sur le live avec beaucoup de logistique et plus de stress peut être qu’un Dj Set. Et concernant le label, c’est un peu une extension de ce que je peux faire en Dj : je passe mon temps à écouter des nouveautés. Donc, tant qu’à faire, autant demander à des artistes dont j’apprécie les morceaux de collaborer au label. Mais toutes ces activités se répondent…

© Astrid Karoual

Tu as eu de bons retours pour ton disque «Endless Revisions »?

Oui, c’est marrant car sur le coup, le disque a eu un bon accueil mais sans plus. Plus tard, j’ai l’impression que le bouche à oreille fonctionnait : plus cela allait plus je sentais que cela prenait. Et c’est la même chose avec le live : plus le temps passait et plus on me proposait des dates. Du coup, la tournée devait s’arrêter initialement fin 2018, mais on remet le couvert en 2019.

Au sujet de cet album, tu as passé beaucoup de temps dessus lors de sa création. Maintenant, il est derrière toi et tu as peut-être envie de passer à autre chose ?

Un peu des deux, en fait. En live j’ai les bases du son de l’album. Mais comme je construis le live en direct, c’est chaque fois un peu varié, il y a une part de créativité. Même si cela est toujours un peu écrit, il y a une grande place à l’expérimentation. Vu mon background de Dj, j’ai du mal à concevoir et proposer un live complètement écrit : cela doit être hyper angoissant vu le peu de marge de manœuvre. J’ai fait en sorte que le live soit un peu plus malléable. Du coup, c’est toujours chouette de jouer ces morceaux, mais je serais ravie de passer à autre chose quand même.

Je t’ai vu sur scène à la Gaîté Lyrique, je dois te dire qu’à un moment – au bout de vingt minutes peut-être – quand tu as pris le micro pour chanter,  j’ai trouvé qu’il se passait quelque chose. Jusqu’alors, tu restais très discrète sur ton rapport au chant.

Oui après, cette date à Paris était un peu particulière : c’est toujours plus impressionnant de jouer dans sa propre ville. Pour moi c’est moins dur de jouer dans un festival à Mexico qu’à Paris. C’était le début, le live mûrit et s’installe. Aujourd’hui, le micro est plus assumé, la voix est intégrée en tant qu’instrument. Je ne me suis jamais positionnée comme chanteuse, du moins je ne travaille pas ma voix comme une chanteuse. Après, il y a des moments où je n’ai pas du tout envie de prendre le micro, cela dépend des dates, du feeling. Ca ne se calcule pas avant. Mais sur le live, il y a plein de choses à explorer comme mon rapport à la boîte à rythmes, etc…. Cela dépend vraiment de l’envie et du public.

“Mon objectif, c’est d’essayer d’avoir un ou deux coups d’avance”.

Il y a des guests sur « Endless Revisions », tu as pensé à les réunir sur scène ou cela fait un peu trop caravane à la Gorillaz ?

La partie studio c’est une chose et la scène encore une autre. Alain Chamfort ou Ben Shemie du groupe Suuns, c’est un peu compliqué au niveau des agendas de chacun. Ensuite, par exemple, je me suis retrouvée à faire du live avec le groupe Nova Materia, à Beaubourg notamment, parce que l’on a travaillé ensemble sur la production de certains morceaux de leur disque.

Parlons un peu de cette compilation du label : comment a-t-elle vu le jour ?

Le but de la compilation, c’est de pouvoir sortir des morceaux d’artistes qui avaient déjà sorti des disques sur Lumière Noire par le passé, mais aussi une occasion pour d’autres de proposer un titre comme le moyen d’une approche de leur univers tout en restant dans l’esprit du label. Quelques fois, ce sont des artistes qui sont engagés auprès d’autres labels et pour eux, sortir des maxi ailleurs devient difficile. Jonathan Fitoussi, je l’ai rencontré pour la biennale de Venise. J’ai toujours trouvé sa musique superbe, j’adore ses disques sur Versatile. J’étais contente qu’il accepte de sortir un morceau sur Lumière Noire. Tout cela correspond aux rencontres que je peux faire quand je voyage. Je me dis toujours : à quel moment cela peut matcher pour le label ? Ben Shemie par exemple, j’étais au courant de son projet solo, il a participé à mon disque. Ca s’est fait naturellement. Drvg Cvltvre, qui est New-yorkais, c’est très sombre, j’adore ses productions même si je ne vais pas forcément les jouer. L’idée de cette compilation aussi, ce n’est pas faire de la musique de Dj, un truc de soirée ou quelque chose de fonctionnel. J’avais envie que cela soit comme des coups de cœur. Il y a des morceaux que j’adore jouer mais que je ne pourrais jamais sortir sur mon label. Je n’ai aucun souci avec le format musique club mais plutôt avec la musique jetable.

Qu’est ce qui fait qu’un morceau devient jetable ?

Peut-être que le son ou la production ne sont pas assez travaillés. Parfois, il peut m’arriver de jouer des tracks un peu « abusées », mais qui peuvent très bien entrer dans un set. Mais ce n’est pas pour ça que je les vois sur le label. Il n’y a pas forcément de logique dans tout cela. C’est difficile, parce qu’on me propose souvent des morceaux en me disant : « voilà j’ai pensé à toi ». Et puis je me retrouve avec de la musique de club ralenti un peu dark. Mon objectif, c’est d’essayer d’avoir un ou deux coups d’avance, de ne pas être là où on m’attend. Je ne veux pas rester enfermée dans un style particulier parce que cela empêche de s’ouvrir à d’autres horizons. Et puis c’est pour changer de ce que l’on a pu sortir par le passé sur Lumière Noire : je n’aime pas être étiquetée. Les étiquettes dans l’absolu, c’est toujours chiant même si on en a un peu tous besoin. J’ai conscience que tout cela est très subjectif, un peu comme quand on va voir un film et qu’on regarde les critiques : parfois on crie au génie et puis quand on voit le film, il ne te touche pas. C’est aussi pour cela que j’ai créé Lumière Noire : pour me faire plaisir. Il y a des artistes qui ont des morceaux en attente, pour lesquels aucun label n’est intéressé et pourtant je trouve cela génial. Après que ça marche ou pas, c’est une autre histoire : je ne gagne pas ma vie avec le label mais en tournant, comme pas mal de gens dans la musique.

Et tu réinjectes cet argent dans le label et dans les t-shirts aussi !

Oui, et dans les réparations, comme ma MPC, juste à côté de toi, qui m’a lâché, ah ah !

La compilation “Lumière Noire Presents From Above Vol.1”/ Lumière Noire records.
Le disque Chloé / « Endless Revision Live » / Lumière Noire records sortira le 9 janvier 2019, aussi.

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