Comment résister quand on vous propose de couvrir un festival perché à plus d’un kilomètre d’altitude en Haute-Savoie ? Avec deux slips kangourou et huit paires de chaussettes dans un sac, on a foncé tout schuss direction La Clusaz et la sixième édition du Radio Meuh Circus Festival.

Après quatre heures passées à lutter contre les vapeurs d’ammoniaque qui stagnent dans le train, la gare d’Annecy finit enfin par se profiler. Là-bas Arnaud, notre runner, nous attend pied sur le champignon, prêt à avaler la quarantaine de minutes qui nous séparent encore de La Clusaz. Malgré les bouchons et le mauvais temps l’ambiance est détendue et Arnaud annonce en riant : « Les gens qui mettent des Moon Boots ici on leur tire dessus ! » Droit dans mes pompes je sais exactement que je rentre dans les clous du touriste qui se trimbale en baskets à la montagne, mais bonne nouvelle au moins j’aurais la vie sauve.

Sur la route les premiers panneaux du Radio Meuh Circus Festival apparaissent en même temps que le village de La Clusaz. Niché en plein cœur des pistes de ski, au milieu de la vallée des Aravis, on se demande bien comment un festival peut se dérouler ici en haute altitude. En tout ce sont une dizaine de scènes ouvertes et quatre soirées sous un chapiteau qui s’étalent le temps d’un weekend à rallonge. Le festival a déjà commencé depuis le jeudi 29 mars et le pied à peine posé à terre on entend le set de Lord Funk qui résonne à l’autre bout du village. Le festival peut commencer.

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C’est pas nous sur la photo. @nicolascordia

La fierté du village

Rendez-vous au restaurant de La Scierie où pendant trois heures Ethyène anime l’une des scènes présentes dans le village. L’occasion parfaite pour que Damien qui travaille à l’office de tourisme et s’occupe de nous pendant tout le weekend, nous dresse le portrait du festival et de Radio Meuh :

« Radio Meuh c’est vraiment un produit local. Je suis l’aventure depuis le début avec Philou (Thevenet, le fondateur de la webradio) qui a monté sa  webradio sans prétention. Ce gars c’est vraiment une crème et son travail est à son image : sans prétention ni publicité, juste une super programmation et du kiffe. A l’office de tourisme on a rapidement commencé à soutenir son projet qui représente un phare culturel pour le développement de la région. Le festival c’est le même état d’esprit, une bonne partie des commerçants locaux le soutiennent et n’hésitent pas à faire de gros dons. C’est un événement qui fait vivre le village et réunit tout le monde pendant quelques jours, même ceux qui travaillent dans les autres vallées viennent faire du bénévolat. »

Cet état d’esprit, cette proximité entre les gens est palpable. La scène est remplie à ras-bord pourtant tout le monde semble se connaître.

La-Grenette

Rave glacée

Si l’on veut avoir une chance d’accéder à la scène principale située au Salon des Dames sans ressembler à un Mr Freeze, nous sommes obligés de prendre la voiture. Ce n’est jamais rassurant de se faire conduire sous quinze centimètres de neige mais le lieu en vaut le coup. Trois énormes tipis et un vrai chapiteau de cirque bordent le flanc de montagne enneigé, un décor surréaliste pour un festival qui donne presque l’impression de se trouver sur la planète Hoth dans Star Wars. Puisqu’aucune monnaie ne circule dans le festival on nous donne une Ameuhrican Card avant que l’on ne se dirige sous le chapiteau. Sans faire de lèche, la programmation est à la fois éclectique et de qualité avec une très grosse mention pour Hannah Williams & The Affirmations qui dégage encore plus d’énergie qu’une centrale nucléaire sur scène.

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@nicolascordia

 

Le reste de la soirée est assuré par Black Lilys, L’impératrice et le DJ Set de S3A et Folamour qui s’achève vers 2h30. De mémoire d’homme on a rarement comptabilisé autant de bonnets à pompons et de danseurs en combinaison de ski au mètre carré. La soirée avance et la neige tombe à lourds flocons. Le sol est tellement démonté que je finis par me demander s’il y a eu une compétition de moto-cross entre deux sets. Quitte à me faire tirer dessus j’aurais tout donné pour une paire de Moon Boots.

« Pourquoi se prendre la tête ? Tout ce qu’on veut c’est passer de la bonne musique. »

En réalité les festivaliers sont tous bien loin de se connaître. S’il est vrai qu’une bonne partie habite la région, chacun des participants à qui j’ai eu l’occasion de parler venait de l’autre-bout de la France. La réponse qui revient le plus souvent ? : « J’écoute tout le temps Radio Meuh au travail. Je te jure tous mes clients adorent. Du coup je me suis fait un kiffe et pour la première fois je viens passer le weekend ici. »

@nicolascordia
@nicolascordia

Le choix de la ville n’a pas été fait au hasard puisque La Clusaz est le berceau de naissance de Radio Meuh. Avec son cadre privilégié le festival permet aux participants de profiter une dernière fois des pistes de ski ou simplement de la vie montagnarde, un esprit parfaitement retranscrit par les scènes OFF du samedi et dimanche midi. Nichées dans des chalets au beau milieu des pistes, les DJ sets s’y enchaînent laissant aux festivaliers un point de vue culminant sur le village. Les mêmes visages fatigués finissent toujours par jaillir avant de s’égayer à nouveau sous la chaleur de l’accueil montagnard. Que ce soit en village, sous le chapiteau ou sur les pistes, les scènes ne désemplissent pas. Du coup la réponse parait étonnante quand on demande à l’organisation pourquoi le festival ne se déroule pas plus tôt dans l’année, histoire de fédérer encore plus de personnes :

« On ne peut tout simplement pas accueillir plus de personnes. Le festival n’a pas la place de s’étendre et c’est peut-être mieux comme ça. A l’image de la ville l’esprit reste familial et on aime bien l’idée que le festival marque la fermeture des pistes. C’est sûr que parfois c’est frustrant de ne pas développer le festival, surtout qu’il a vraiment toutes les capacités et le soutien pour le faire. Mais c’est l’esprit de Philippe Thevenet qui l’emporte. Pourquoi se prendre la tête ? Tout ce qu’on veut c’est passer de la bonne musique. »

Billetterie

Pour notre dernière soirée sous le chapiteau ce sont Doctor Flake, Romare, Razor N Tape et Tshegue qui montent sur scène. L’occasion de se rendre compte que la proximité avec les artistes favorise le transfert d’énergie, un sentiment que viendra confirmer Lord Funk le lendemain, pendant le retour sur Paris. Alors que les montagnes se font discrètes à l’horizon, Arnaud notre runner débriefe le festival avec le DJ : »Qu’est-ce qu’on s’est marrés hier mec! C’était complètement fou. Ça serait cool qu’on se fasse un set à Paris. Dommage qu’ils ne fassent pas de soirées Radio Meuh dans la capitale. » L’événement aurait beaucoup moins de charmes mais mes pieds congelés valident l’idée.

A écouter toute l’année : http://www.radiomeuh.com/

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