Entourée d’un amas de câbles et de compteurs clignotants, c’est dans un lieu de restauration inapproprié que la soucoupe Cosmo posa ses valises un soir d’avril. En combinaison d’astronaute de rigueur et baskets adéquates, et bien que les dégâts de l’atterrissage laissèrent quelques machines inopérantes, la boréale Izzy Lindqwister (Rodeo Massacre, Calypsodelia) et l'as des bidouilles analogiques Arthur K (Generation Y) entamèrent un set magnétique… 1+1. Un duo boule disco qui annonce le groove à venir…

Car cela fait en effet une dizaine d’années qu’un grand retour du groove est palpable. Sans doute depuis le premier MGMT, en passant par le dance punk de Sir Murphy et les rééditions du catalogue ZE Records, jusqu’au récent Unknown Mortal Orchestra aux influences très soul et aux ambassadeurs de Bon Voyage Organisation. Si vous aviez acheté une paire de Converse dans les années 2000, période glaciaire The Horrors, et si vous les aviez troquées contre un châle patchouli avec le « retour du psyché » généralisé il y a de ça à peine deux ans, sachez que les platforms boots et les paillettes sont de retour.
Cap sur Mars avec Cosmo Sonic.

Izzy, ça fait longtemps que tu bourlingues sur les routes avec Rodeo Massacre notamment… Comment a débuté cette nouvelle collaboration ?

Izzy : C’est à mon retour de Londres, suite au split de Rodeo Massacre que j’ai lancé mon projet solo. J’avais déjà croisé plusieurs fois Arthur avec ses amis à nos concerts et je les ai donc invités à participer à mon album. Avec Arthur particulièrement, il y a eu comme une espèce d’entente musicale…

Le duo s’est donc imposé à vous ?

Izzy : Oui, clairement. Moi ça me faisait très étrange de venir d’un groupe et travailler avec des gens qui se voyaient comme des sessions. Mais Arthur s’est démarqué dès le départ car on se voyait pour coécrire des chansons et jouer régulièrement. À un moment, j’ai trouvé ça ridicule que ça s’appelle Izzy Lindqwister et on est partis sur Cosmo Sonic qui vient de Cosmosonic Hipshaker, notre première chanson. Je voulais qu’Arthur sente que je valorisais son travail et que ça ne soit pas un simple ego trip. Car la musique pour moi, même si ça sonne un peu hippie, ça se partage. Je trouve difficile ce truc du moi, moi, moi avec des musiciens qui restent dans l’ombre. Il y a beaucoup d’artiste pseudo mannequin, pseudo actrice, pour qui un label concocte un petit setup avec des musiciens mais bon, j’ai vraiment du mal à y croire…

Comment s’est opérée la transition entre vos groupes rock énervés et le groove disco ?

Izzy : Avec Arthur, ce qui nous rapproche, c’est qu’on aime le groove. Lui a des origines africaines et moi je n’ai pas vraiment une éducation rock. En Suède, d’où je viens, j’étais amie avec Stevie Klasson le guitariste de Johnny Thunders qui m’a le premier initiée au blues, à la soul, que de la musique noire. Mais de manière générale on sait où l’on veut atterrir, on a la même vision.

Arthur : J’ai toujours aimé les trucs dansant et je pense que la transition s’est faite assez naturellement. On a voulu expérimenter des sons différents. Izzy s’est mise à acheter des synthés et elle m’a fait découvrir pas mal de trucs disco…

Izzy : En fait, je ne suis pas très sociable, je passe tout mon temps à faire de la musique et à en écouter.

Vous partagez des affinités avec des groupes comme Bon Voyage Organisation ?

Arthur : C’est marrant car Izzy allait déjà dans cette direction musicale et on s’est retrouvés dans ce truc-là sans trop le vouloir.

Izzy : En France, j’ai remarqué un certain complexe musical vis-à-vis de l’Angleterre par rapport au rock’n’roll et à la pop. J’ai observé des musiciens plus bosseurs en France en comparaison avec beaucoup d’artistes que j’ai rencontrés à Londres. En tout cas, c’est clair qu’il se passe un truc très cool en France en ce moment. Bon Voyage, ce sont vraiment les professionnels de la disco. Et, d’ailleurs, c’est drôle car mes tentatives pour en faire, en particulier avec Calypsodelia [autre projet signé chez Pan European, NDLR], sont totalement amatrices. On est un peu comme un college band qui essaierait de faire de la disco. Il y a ce mélange de styles qui crée un son assez inexplicable. Le fait de ne pas y arriver nous pousse dans nos retranchements et nous amène à faire quelque chose d’original.

“Les synthés, c’est aussi addictif que les gens qui font des tatouages ou qui prennent de la drogue.”

Quel est votre rapport à la production sonore ? Je pense notamment à Norman Whitfield, le pape et grand expérimentateur de la soul psychédélique…

Izzy : C’est marrant que tu dises ça, j’écoute beaucoup “The Undisputed Truth” en ce moment ! Le point positif c’est l’énorme liberté dont on dispose avec les technologies actuelles. Mais le revers de la médaille c’est que c’est aussi un peu notre défaut aujourd’hui : on fait les mix nous-mêmes et on le fait masteriser à New-York par un ami. Mais quand on écoute un vieux morceau, il y a toujours ce truc qu’on arrive pas à égaler. Avant, chacun avait un rôle précis dans la chaîne de production. C’est là où je trouve que tout faire tout seul est un peu dommage…

Et c’est quoi cette installation démentielle de machines sur scène ?

Arthur : On a envie de recréer une espèce de laboratoire où on manipule les sons, un peu comme les studios de Pierre Schaeffer et Pierre Henry où ils expérimentaient avec leurs énormes synthés analogiques. On n’est pas fan de tous ces artistes qui se pointent avec leurs ordinateurs et contrôleurs midi. Je trouve ça tellement triste visuellement…

Izzy : Oui, ça nous rend un peu allergiques. On est fascinés par le matériel et les installations comme ce concert de Tangerine Dream dans une église [à la cathédrale Notre-Dame de Reims en 1974, NDLR].

Arthur : C’est aussi addictif que les gens qui font des tatouages ou qui prennent de la drogue. Quand tu tombes sur des synthétiseurs, tu ne peux plus t’arrêter, tu en achètes tout le temps, tu essayes tout le temps de dénicher la perle rare.

Izzy : En évitant ces niches revival qui achètent tous les mêmes modèles, on essaye d’aller plus loin dans le côté scientifique pour trouver des choses que personne ne connait. Bon, les synthés russes ça reste encore un peu compliqué…

Avec vos costumes de cosmonaute sur scène, vous avez développé une identité visuelle très forte… Adepte de SF ?

Arthur : Oui, on adore la SF. Izzy regarde tout le temps des reportages sur le cosmos et les étoiles à la TV.

Izzy : Mais la leçon qu’on a tirée de nos anciens groupes, c’est le phénomène du spectacle. Tu ne peux pas monter sur scène habillé comme dans la vie de tous les jours… J’aime la cérémonie de préparation, il y a un côté presque spirituel. J’aime tellement le live qu’il faut que je valorise un avant et un après. Dans nos soirées, on décide quel groupe joue avant, quel sera le DJ ensuite, pour créer un voyage complet. Arthur est le chef costumier et chaque patch de nos combinaisons a une signification.

Un EP de prévu ? Des collaborations ?

(rire) Izzy : Oui, un EP prévu depuis un an et demi…

Arthur : On a beaucoup de choses enregistrées, on va sûrement dévoiler les nouveaux morceaux cet été. Mais c’est toujours le problème quand tu travailles chez toi : se fixer une date d’arrêt et de ne plus retoucher les morceaux.

https://cosmo-sonic.bandcamp.com

Bonus : la playlist du moment de Cosmo Sonic

– Deee-Lite – Groove Is In The Heart
– Joe Tex – No Bump No More (with no big fat woman)
– Lee Hazlewood – The Night Before
– Telex – Moskow Diskow
– Fern Kinney – Baby Let Me Kiss You
– Juan Trip Shadows – Ideal OST
– Psychemagik – Rendez-vous
– Labi Siffre – I Got The…
– Psychic Mirrors – The Witching Hour
– Surface – Falling in love

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