Leur revue de presse s’étend, ils sont pour ainsi dire partout. Nos collègues de The Drone ont écrit : « ça décoiffe, dans la lignée du premier », Benoit Sabatier en a fait quatre pages dans Technikart, certainement emmerdé pour les citations avec un groupe pas très bavard… Beaucoup d’autres les ont chroniqués, encensés, etc… Mais pas nous. Et pourtant…

L’emmerdant c’est que j’avais déjà écrit mon laïus dans Rock & Folk, allant un peu plus loin dans l’oxymore que les autres, affirmant que « Earth Slime » était LE disque punk français de SA génération. Le défi de placer les quatre zouaves dans le magazine qui incarne pour la masse celui de rock encarté Stones vermeille m’amusait plus. Je pensais même que j’allais leur être plus utile à cette place-là, parce que Gonzaï allait forcément parler de l’album. Rien n’était plus sûr. Vernon ou le jeune Roger allaient s’en charger, voire même Bester qui allait vouloir soutenir JB Born Bad et Cyprien qui avait jadis fait clic clac pour nos colonnes numériques. Mais non. Bester faisait des appels du pied, tendant la carotte puis m’humiliant carrément devant des tiers, rappelant que je n’écrivais plus pour Gonzai.com. Bref, cette chronique de disque s’était subitement transformée en devoir. Voilà pour le préliminaires qui n’intéressent personne. Catholic-6

Pourtant, quelque chose se trame de leur côté, foncièrement. Il y avait déjà eu l’éclosion médiatique de Teenage Menopause qui en s’exposant (bons gré, mal gré) permettait de transformer en mouvement ce qui apparaissait jusqu’à présent comme le combat solitaire d’un homme : celui de JB de Born Bad. Bien sur, rien n’est plus faux quand on croise sur le terrain l’ensemble des labels, organisateurs de concert, groupes faisant vivre cette scène punk moderne. Mais, aux yeux des médias bornés, seul Born Bad semblait exister. Avec Teenage Menopause et la ribambelle de labels que nous avons constitué comme gang pour le premier numéro de Gonzaï Mag, cela ressemblait à un mouvement. Puis il y avait eu les concerts de JC Satan, Jack Of Heart, et surtout du Prince Harry dont le souvenir impérissable marqua une épiphanie personnelle : coup sur coup, deux jours de suite, le groupe de Liège nous avait plongé dans une transe d’hyper violence, me poussant jusqu’à courser la voiture des Violence Conjugale dans Rennes, dans le seul but de leur détruire le pare-brise et la mâchoire. Cet automne avait le goût de sang et des remontrances métalliques. Sans boulot, acceptant petit à petit qu’il fallait sortir du système balisé, relisant par hasard des tas de textes sur la scène New-Yorkaise de 74-81 ; le pari d’un retour au Rock & Roll apparaissait possible. Puis vint “Earth Slime” avec sa pochette écrasant l’intégralité des artwork rock du moment. À la première écoute, une idée fixe prit forme : cet album était le « Like A Mother Fucker » de l’époque. Le pari à prendre, un signal urgent de ralliement, faute de quoi les retardataires manqueraient l’aventure des prochaines années.

3711726078-1Cet album contient toute la radicalité, les hymnes, les idées, l’humour noir et trash collant – non –  étranglant l’époque. “Earth Slime” sonne comme la descente d’une génération vivant uniquement pour la fête. Drogue du bonheur, sexe sans lendemain, immédiateté, fête, fête, fête et stupidité. Partout, voici la recette pour la jeunesse éternelle. Une mixture créant une époque stupide et immédiate, un courant d’air de vacuité, du néant que l’on peut partager sur sa page Facebook. Un nombrilisme si étroit qu’il fait des records d’audience sur HBO sous forme d’une série : Girls. Et des activistes politique, tellement déçus que l’âge d’or ne soit pas revenu avec l’avènement du nouveau président socialiste qu’ils en viennent à admirer le pape des pauvres. Un chaos sans remous car internet a tout dévalorisé, jusqu’aux idées réduites à quelque lignes sur Tweeter. Bizarrement, à la manière des weirdos, Catholic Spray crée une nouvelle marge, et par extension, redessine une norme, histoire de posséder une nouvelle grille de lecture de notre monde. Choisir consciemment cette marge, c’est donner au Rock & Roll une chance de pouvoir vivre à nouveau, d’emmerder le monde car telle est son rôle. Ça provoque des rictus comme un bon vieux cliché, ça classe immédiatement dans la catégorie adolescent mal démoulé. D’ailleurs, ceux qui se marrent n’auront qu’à laisser un commentaire. Qui sera aussi vite oublié que cet article. Dans le grand courant d’air de notre époque. N’est-ce pas ?

Voilà qui n’est pas un article de journaliste. Aucune histoire ne vous a été racontée, aucune interview réalisée, aucun livre lu ou film regardé pour rédiger cet ensemble de mot pompeux et thésards. Il n’y a même pas une ligne sur la musique. Voilà une simple tentative de raconter l’époque, cette époque oscillant entre l’ennui et le passéisme. Parce que peu d’espoir nous est offert, sinon celui d’une prochaine cuite, d’un nouvel entrejambe à trifouiller, d’un peu de fric… sinon celui d’affirmer « je vous emmerde », comme viennent de le faire les Catholic Spray.

Catholic Spray // Earth Slime // Born Bad
http://catholicspray.bandcamp.com/

Photos : François Grivelet

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10 commentaires

  1. Quand tu débutes tout tes papiers par de lentes digressions personnelles, t’as pas l’impression de faire la même chose ? Je veux dire, perso je suis friand de ça, mais faudrait voir à pas tomber à bras raccourcis sur ce qu’on fait soi-même, et défendons ici même – un certain style, qui vaut ce qu’il vaut.

  2. Ahah, je savais bien que je tendais une certaine perche… ! Je reproche pas de braquer la caméra sur soi, loin de là, après ça dépend juste des plans qu’on en tire. Et là le côté entre-soi (entre-moi) du je-te-dis-au-passage-que-regarde-j’écris-à-Rock-n-Folk-donc-j’en-suis-comme-Sabatier-de-Technikart-et-mes-confrères-de-The-Drone wouah pffff.

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