Y a des jours où on se dit que mieux vaudrait ne rien faire. Ne pas écouter de disque, ne pas lire de bio, fumer des clopes à la chaîne en fusillant les pigeons du périph’ et découper les chroniques de Rock & Folk pour envoyer des lettres de corbeau aux rockeurs qui en tapissent les pages à longueur d’années. Être, l’espace d’une journée et pour paraphraser les feu Olivensteins, fier de ne rien faire. Et surtout ne pas écouter le nouvel album de Jack of Heart. En rester à la pochette, la contempler. En rester là.

Non pas que « In yer mouth » soit un mauvais disque. Enfin pas que. Disons que c’est à la fois plus complexe et terriblement plus simple. Disons qu’il faudrait recommencer par le commencement, reprendre l’intégralité de l’irréprochable catalogue de Born Bad et lever le pouce face au stakhanovisme de l’ami JB Wizz, seul aux manettes d’un label sévèrement burné responsable de bien peu de fautes de goût dans un pays qui en produit au kilomètre. A écouter les productions francophones dès qu’il s’agit de rock’n’roll, on serait du reste tenté de dire que, comme pour la myopathie ou la faim dans le monde, un groupe meurt toutes les soixante secondes. Et que plus que jamais, on a besoin de vos dons. Vite, 36 15 BORN BAD.

Bon, tout ça c’est pour les touristes. Non pas que cette mythologie soit erronée ; mais ici vous êtes sur Gonzaï, un site qui vante les mérites du label parisien depuis tant d’années qu’on ne va pas en plus vous refaire faire le tour du propriétaire.

Hypothèse 1, vous ne connaissez ni Born Bad ni Jack of Heart : votre médecin généraliste vous a prescrit une malencontreuse trépanation vous ayant poussé à une mystérieuse addiction à Mademoiselle K ou Phoenix ; dans ce cas précis on ne saurait que trop vous conseiller l’euthanasie ou, plus raisonnablement, l’ablation des esgourdes. Prenez l’exemple de Van Gogh, ça lui a plutôt bien réussi.

Hypothèse 2 : vous connaissez déjà le garage bruyant des perpignanais de Jack of Heart, auquel cas – et Dieu merci – nous allons enfin rentrer dans le vif du sujet.

« In yer mouth ». Dans ta bouche, donc. Ne pas chercher midi à quatorze heures, les poulains de Born Bad ne font jamais dans la dentelle. A l’extrême opposé des durs à cuir parisiens qui manient le foulard avec dextérité sans même avoir réussi à brancher correctement leurs guitares, Jack of Heart pratique un rock décomplexé qui – dixit la bio – « tranche avec l’approximativisme de leurs camarades de niche musicale ». Ça devrait suffire à épater la galerie et faire reluire la lame des crans d’arrêt sur la carrosserie des Chevrolet achetées d’occasion. Mais non.
C’eut été le premier disque des Jack Of Heart, on aurait sûrement crié au génie. Non, enfin, peut-être pas. On aurait du moins reconnu que cette éjaculation valait bien mieux que bien des orgasmes simulés par la concurrence. Mais qu’attend-on d’un nouvel album, si ce n’est pas un peu de surprise, à défaut d’originalité ? Embourbé dans un revivalisme qui commence à sentir un peu le formol, ce nouvel album lorgne vers un son, une époque, des groupes mis au placard depuis plusieurs décennies. Plus grave encore, peut-être, il faut ici attendre la septième piste (Howland Skies) pour sortir du carcan guitares saturées/chant braillard qui a fait le succès d’un genre – le garage – véritablement lassant sur la longueur. A force de chansons qui tantôt piochent chez les Stones (JOH Jett III), tantôt chez la clique des Ricains dont je n’ai personnellement rien à foutre (King Khan, Ty Segall, Black Lips), Jack of Heart raconte une histoire mille fois entendue dont on connaît déjà la fin après le claquement du premier accord. Un disque de fainéants talentueux dont on espérait plus de folie, d’ambition, mais qui s’écoute comme un contest de patinage artistique avec un critique davantage occupé à noter les figures imposées qu’à apprécier la beauté des gestes. « In yer mouth », le jury lève ses pancartes, c’est une moyenne de 4.5. La note est sévère ; on encouragera simplement les Français à lever davantage les bras pour éviter de trop brasser l’air. La pochette est très jolie sinon, mais ça je crois que je vous l’ai déjà dit.

Jack of Heart // In yer mouth // Born Bad
http://www.myspace.com/jackofheart

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10 commentaires

  1. pour rebondir sur ce que tu dis matt je ne suis justement pas d’accord avec cette critique du new garage qui est aujourd’hui devenu un fourre tout pour pas mal de musiques différentes. Le jack of heart ne réinvente pas la roue c’est évident mais ça reste bien détroussé. je trouve les gens assez dur en général avec le garage où il se passe qq chose et avec des sons somme toute assez différents d’un groupe à l’autre. Souvent on parle de trois accords et de chant faux mais il y a plus que ça. Et cette saleté, ce petit goût de trash est vraiment bienvenu dans un monde où le rock est devenu aussi lisse qu’un cul de bébé

  2. Je sais pas pourquoi, juste envie de répondre ça : http://www.youtube.com/watch?v=vB-PYif7Fek.

    Non mais c’est vrai qu’il y a des trucs bien genre The Feeling of Love ou les Parting Gifts ou encore les énormes Cut In The Hill Gang et j’en passe, y’a aussi des trucs comme Dirty Beaches qui utilise le son garage pour délivrer un autre message que ce qu’on entend classiquement. Mais y’a quand même cette idée d’alibi du son garage à la paresse créative qui ne sortira jamais de ma tête avec le fait qu’on considère ce style comme un parangon de modernité qui m’interroge toujours sur la créativité réelle de ces groupes.

  3. ah ah le zappa, en fait ce qui m’interpelle c’est que l’on parle toujours des mauvais groupes de garage, j’veux dire c’est le seul style que l’on tire vers le bas. quand on parle de psyché, ma tasse de thé, je n’entends jamais parlé de ces affreux groupes à deux idées… j’aime la pop mais je ne vais pas m’arrêter parce qu’on y trouve des tas de douches tièdasses … C’est un peu un procès d’intention…

  4. Non mais c’est clair, je suis bien d’accord sur le fond, je vais pas te dire le contraire d’autant que les meilleurs trucs que j’écoute en ce moment sont des groupes de garage, disons que c’est bien et pas toujours évident de faire la part de chose…

  5. Je pense qu’objectivement cet album tout comme le reste de la discographie de Jack Of Heart (album précédent et singles) recèle un nombre appréciable de grands morceaux. Cet exploit international vous auriez pu le souligner davantage, même si la critique du disque reste dans un ton à plutôt juste. Pour l’instant ce n’est en effet pas pour moi exactement ce qu’on appelle un disque de chevet, mais tout le long du disque le génie est régulièrement présent et cela reste quelque chose de relativement impressionnant.

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