Au nom du père, du fils et du mauvais esprit, le décompte de mioches dépucelés façon curé a commencé. Alors que le pape accepte aujourd'hui de dénombrer ses ouailles violentées aux q

Au nom du père, du fils et du mauvais esprit, le décompte de mioches dépucelés façon curé a commencé. Alors que le pape accepte aujourd’hui de dénombrer ses ouailles violentées aux quatre coins du monde, le romancier Brian Evenson évoquait déjà il y a dix ans la dérive psychotique d’un représentant chrétien en proie à une libido déglinguée. Amen?

Plus près de toi seigneur, Père des Mensonges s’incruste aujourd’hui dans la tête et l’entrejambe d’un taré qui, entre viols, meurtres et manipulations, parle à Dieu. Et le psychanalyste Alexander Feshtig de se voir refiler un étrange patient, Eldon Fochs, doyen laïc de la congrégation des Sanguistes. En proie à de violents cauchemars où il se voit sodomiser et assassiner de jeunes gens, Fochs semble envisager cette thérapie comme son ultime échappatoire à la folie. Rapidement, Père des mensonges bouscule les attentes de son lecteur. Tour à tour immergé dans la tête du docteur, tentant d’interpréter les fantasmes de Fochs et dans la cervelle de Fochs, manipulant le psy, le lecteur détient rapidement les cartes révélant la nature profonde du personnage principal.
Si le livre se savoure avec cynisme, c’est sans doute qu’il laisse bien vite échapper la fausse piste psychanalytique pour s’intéresser à un déviant, un homme de foi pédophile, qui pratique « l’amour de Dieu » par derrière sur des gamins -forcément- innocents. Sa femme connaît ses penchants malsains mais ferme les yeux, préférant qu’il maltraite des gosses inconnus plutôt que les siens. Ses supérieurs religieux, alertés par des plaintes de parents, excommunient les victimes et soutiennent leur poulain en le maintenant à ses fonctions. Omerta magnifique et sans complexe (ni morale), préférant renier ses propres principes plutôt qu’admettre ses failles, toute ressemblance avec des faits réels est bien évidemment fortuite.

Quant à Fochs, il se révèle au fil des pages un pervers monstrueux tout autant qu’un schizophrène patenté. Une sorte de mentor diabolique mi-Dieu mi-père, Tête Sanglante,  lui ordonne les pires horreurs qu’il exécute sans sourciller. Obéir à une hallucination, sans limite ni recul, définition imparfaite quoique recevable de la foi, est ainsi la clé de voûte du récit. De trips mystico-trashs (une séquence en salle d’opération où les scalpels deviennent des joujoux créatifs) à des séquences brillantes d’humour noir, Fochs se déleste sur ses supérieurs, eux qui ont mis leur destin entre les mains de Dieu. Ses voies sont impénétrables, paraît-il, à la différence des enfants. Non content de repousser les limites du tolérable quant à l’institution religieuse, Evenson va encore plus loin, dans l’exploration des tabous: Alors que Fochs se retrouve seul avec ses enfants, sa libido malade lui fait reluquer sa fille avec intérêt.

« Je t’aime, je lui dis.

-Pourquoi tu dis tout le temps ça, Papa ?
-Parce que je t’aime vraiment, j’imagine, je dis.

Elle ne relève pas. L’attention lui fait plaisir, mais elle ne peut pas voir que je lui fais la cour. Je l’épouserais si je pouvais, si la société le permettait. »

Alors que la théorie religieuse enjoint à la transparence et à la vérité (confessez-vous mes chers amis), Brian Evenson met en scène dans son roman une pratique quelque peu différente. Manipulations, mensonges, faux témoignages, dissimulations, on croirait presque à une énumération des péchés. Fiction me direz-vous ? Sans doute, mais Brian Evenson a un peu de bouteille dans le domaine de la foi. Elevé dans une famille de mormons depuis six générations, devenu prêtre mormon lui-même, menacé d’excommunication par son église suite à la parution de son premier recueil de nouvelles, il abandonne sa vocation et rompt tous liens avec sa famille. Depuis il a publié Contagion, Inversion et La confrérie des mutilés (tous dans la collection Lot 49). 

Attaquant la religion dans ses fondements, mettant à jour l’incohérence du discours officiel face aux pratiques usuelles, distillant avec humour et cynisme les monstruosités commises au nom de Dieu, Evenson fout un grand coup de pied à un ordre moral extrémiste, autant dans ses dogmes (moraux) que dans ses us (immorales), avec un génie de la formule et une jouissance verbale non dissimulée. Amen.

Brian Evenson // Le père des mensonges // Editions du Cherche-Midi, Lot 49.

9 commentaires

  1. idiot et conformisme médiatique que de s’en prendre (encore) à toute l’eglise catho….85% des affaires de pédophilie sont au sein d’une même famille. Les 15% restants ? Les profs de physique, les moniteurs de colonie et les curés…mais bon c’est tellement bien pensant que d’aller taper sur l’institution religieuse (et puis on ne risque pas l’inquisition). Ce qui serait subversif ce serait de trouver un angle pour défendre le pape !
    aux USA lorsque vous dites que vous êtes athée, les croyants vous traitent comme un pestiféré. En France lorsque vous dites que vous êtes croyant c’est par contre les athées qui vous traitent ainsi (et peu le reconnaissent).

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