Beak is back. Pas Bach. Back. Bon. Et donc, Beak, kezako ? Quasi les Kafka du kraut, cousin. Une sorte de dark Bach qui composerait la musique d’un dieu capricieux aux rêves cassés. Enfile ton casque, camarade, il pleut des Korg.

On n’entre pas dans le nouveau Beak – trio from Bristol composé de Billy Fuller, Matt Williams et du leader de Portishead, Geoff Barrow – comme papa dans maman, un samedi soir de retour du pub. On n’y entre pas non plus comme à l’église, de la pluie en travers de la figure dans l’espoir de voir la lumière contre trente secondes de prière filmées en zoom avant. Non, ici, la porte résiste longtemps et il faut payer de sa personne. Mais avant, on regarde un peu ses pieds et on prend son mal en patience. Pourquoi ? Parce qu’avant ce second album, il y avait eu « > », et qu’il valait carrément le coup. Et puis ces Anglais ont un sens de l’humour inversement proportionnel à la noirceur de leur nouveau disque, vu son titre : « >> ». La porte ayant enfin cédé, après que les oreilles aient fait signe qu’elles acceptaient de sortir de leurs gonds, suivons donc les flèches. Les >>, quoi. Vous suivez, ou bien ?

Sûr que ces trois-là, l’easy listening, c’est pas leur truc. Ni les ballades pop shiny shiny.  Disons que These New Puritans, à côté, c’est les Beach Boys. Des tracks monolithiques, une basse qui suit la ligne blanche en nocturne, des incantations d’église vide psalmodiées depuis le fond du studio : dark is dark, et puis c’est tout. Dès les premières notes de travers de The Gaul, on hésite à rebrousser chemin : avec la fin du monde calée à l’agenda, les métros qui n’arrivent pas à l’heure et les enfants morts dans des sacs qui passent à la télé, pourquoi aller se saloper un peu plus l’âme et les oreilles ? Parce que « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière »©, hein. « Baisse les projos, Jojo, c’est le quart d’heure je broie mes idées noires. »

Velvet on the ground

Beak, nom d’un hipster cramé à la kétamine surdosée, c’est sacrément beau. Une beauté fiévreuse à te rapetisser le caleçon et à se noyer dans les sueurs froides, mais un truc beau quand même. Comme l’enchaînement Wulfsant II / Elevator. Dans le premier, des riffs martiaux font trembler les statues à coups de basse saturée et d’un Korg qui, comme le diable, se cache dans les détails. Une fois l’armure entamée par ces assauts, une guitare vient se traîner sur le champ de bataille et ses jérémiades, hommage appuyé au Velvet, font à nouveau place à la cavalerie de studio de ces control freaks sonores. Le tout finit aux portes de l’Olympe, Prométhée en tête de cordée, un beau majeur tendu vers le ciel. Dans le second, c’est tout l’art des boucles qui est revisité. Par vagues, les trois artificiers forent les tympans à la recherche, une fois encore, d’un bout d’âme relié au système nerveux. Ou comment être répétitif sans être gonflant. Derrière, Deserters enfonce le clou, entre sourires béats et poison en larsen. Être en apesanteur, ça se paye. Toujours.

Zéro séduction ici, donc. Un horizon tout gris, la peur qui enfle dans l’estomac et un pilote automatique vérolé de virus en guise de sherpa. Petite lueur en cours de route, Spinning Top fait clairement penser à Portishead, mais bon, ça s’écoute quand même sous l’eau (plus vraiment bénite). Quant à la suite, c’est poussière et feuilles mortes, vent de face, Dieu sur répondeur et gimmick infantile de clavier ; de quoi rester hagard, tous warnings dehors, sur le pas de porte de cette église abandonnée où les courants d’air sont des fantômes. Ça s’appelle Egg Dog et, nom d’un chien, ça met la peau en ébullition malgré un BPM proche de la fin. Sinon, Ladies Mile ressemble au Grand Bleu virant au noir ; chant de baleines agonisantes ayant avalé la batterie avant de s’échouer sur les bords du Styx, du Prozac plein les gencives et même plus un poisson à se mettre sous leurs nombreuses dents. Flippant, comme dit le dauphin.

On finira cette visite guidée, comme c’est original, sur Kidney, qui clôt le disque. Sommet sortant de terre au ralenti, où, enfin, nos trois dépressifs de la console lâchent les chevaux. Colère sourde et larsens bien peignés filmés en noir et blanc, crescendo hésitant longtemps avant de s’abandonner, avant que n’éclate un des plus beaux shoegazing couché sur bande de ce printemps 2012. De quoi jeter ses pincettes au travers des vitraux et oser le mot « chef-d’œuvre ». Qui sera aussi celui de la fin.

Beak // >> // Invada (Differ-Ant)
http://beak.bandcamp.com/ 

BEAK> – Yatton by Invada Records

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