Ne pas se fier au titre de cet article pour juger du deuxième EP du français Adrien Gachet qui, loin d’être nullissime, livre avec son « Sequenced Fog » une sorte d’abécédaire du patapoum à écouter en attendant ce jour où la France dépassera enfin l’Allemagne sur les principes fondamentaux : économie, austérité « made in Merkel » et musique bien sûr. Et donc krautrock.

Si on avait du mettre une pièce dans le petit cochon en porcelaine à chaque fois que le mot kraoutrock a été prononcé ici, on serait déjà millionnaire ; et avec nous tous les groupes qui depuis six ans ont su réhabilité le genre – du rock métronomique et instrumental joué avec des cailloux dans les chaussettes, pour résumer – avec dans la plupart des cas de belles réussites soniques. On pourrait en vrac citer les allemands de Camera, les Anglais de Fujiya & Miyagi et Beak>, The Horrors sur leur meilleur morceau Sea Within The Sea, bref la liste est grande comme le trou de la sécurité sociale et c’est précisément là qu’on voulait en venir ; Bajram Bili possède cette particularité d’être Français et depuis Turzi et Zombie Zombie, on n’avait pas entendu grand chose qui puisse rivaliser au rayon des hoquets métronomiques.

a1997863576_10« Sequenced Fog », sans avoir à rentrer dans une analyse de texte intensive, porte bien son nom ; les séquenceurs utilisés sur cet EP de 25 minutes sont à la fois dilués, fantomatiques, dessinés comme des vortex aspirant l’infini, spatiaux, flippants, chaleureux, brianenoesque et moteurs d’une drôle d’ambiance à mi-chemin entre le krautrock, l’électronica, la Bande Originale de films pour autistes et la musique de pause des ouvriers allemands de la mystérieuse Bavière…
Après cette logorrhée brumeuse, bien difficile d’écrire un roman sur Bajram Bili – rien à voir avec Staff Benda Bilili, on l’aura compris. Jusque là inconnu au bataillon et repéré sur une carte, il livre ce deuxième EP désincarné qui ne fait vrombir ni guitares ni glotte de chanteur bêlant ; c’est à la fois apaisant et déstabilisant de la part de quelqu’un qui avoue avoir été influencé par Boards Of Canada, Peter « Sonic Boom » Kember, James Holden ou Tim Hecker… « Sequenced Fog » lutte précisément contre ces mêmes influences et donne l’occasion d’entendre le cliquetis des boites à rythmes clignotant dans l’espace comme un vaisseau laissé à l’abandon. Le navire intersidéral retrouvera-t-il un jour ses propriétaires, pouvait-on imaginer pochette plus moche pour illustrer la musique de cet élève de Cluster mais aussi jeune cousin de Jonathan Fitoussi, l’été existe-t-il dans l’espace, et pourrons-nous un jour écouter Neu ! sur Pluton ? Autant de questions auxquelles Bajram Bili ne répond pas ; et comme de toute façon les krautrockeurs n’ont jamais été, on le sait, de grands loquaces, mieux vaut encore un musicien qui ferme sa gueule en laissant à l’auditeur une complète liberté d’interprétation. A la fois un peu scolaire – voire mimétique – mais rudement bien fait, « Sequenced Fog » s’avère idéal pour réviser ses classiques sur le bord de plage. Interro surprise à la rentrée, et interdiction de copier sur le voisin.

Bajram Bili // Sequenced Fog // Another Record
http://bajrambili.bandcamp.com/

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