À l’occasion des noces d’or du punk, Francis Dordor et Jean-Éric Perrin retracent au moyen d’un abécédaire ce mouvement qui voulait revenir à l’essentiel dans la musique rock mais qui s’est vite retrouvé absorbé par l’industrie culturelle.
Bien que tout spécialiste s’accorde sur l’idée que « l’invention » de la musique punk ne peut être datée, c’est en 1976 qu’elle défraie la chronique en Grande-Bretagne. Marginal dans l’industrie musicale, ce mouvement bâti comme un brûlot anti-système ne tarde néanmoins pas à se propager dans une jeunesse désabusée. Alors que la déflagration fut extrêmement brève, l’approche « irrigue encore la culture contemporaine » un demi-siècle plus tard dans l’art, la mode ou les musiques actuelles.
Pour célébrer ces sales gosses à la dégaine cabossée qui aspiraient à s’extraire d’un quotidien avilissant, GM Éditions publie un grand livre qui esquisse les faits d’armes majeurs, accompagné de photographies d’époque et de pochettes de disques culte. À la plume, deux vétérans des dernières grandes années du journalisme musical, Francis Dordor et Jean-Éric Perrin. Le premier, qui débute à Best en 1974, est envoyé en 1976 couvrir la fameuse traversée des Sex Pistols sur la Tamise pour le Jubilé de la Reine. Il abreuve la France de l’effervescence musicale de cette jeunesse britannique à cran. Le second, futur bras droit de Dordor à Best, travaille à Rock & Folk dans les seventies. À partir de 1978, il lance la rubrique Frenchy But Chic qui braque le projecteur sur la new wave française.

Des groupes, des pratiques, des lieux
Les 50 ans du punk de A à Z déterre ainsi les figures incontournables de l’histoire du mouvement, disséqués par deux briscards de la presse musicale hexagonale du dernier quart du siècle passé. Loin d’être indigeste comme une 8.6 tiède, cet abécédaire du punk « n’entend pas en retracer l’histoire fulgurante » mais, « tel un miroir brisé », il « préfère en renvoyer les multiples reflets à travers groupes, tendances, idées, figures tutélaires ».
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Certaines entrées sont assez incongrues comme « B comme bleu blanc punk », « N comme Noms (d’emprunt) » ou « Q comme quarante-cinq tours » et d’autres parfois inégales. Même si l’on pourrait regretter que la topographie du punk s’arrête globalement à Paris, Londres et New York, l’ouvrage réalise un érudit tour d’horizon sans palabre prolixe ou jargonneuse. Les auteurs remontent même au Londres du XVIe siècle où « le théâtre était plus proche du sport de contact que de la représentation solennelle. On ne dansait pas encore le pogo, on ne se crachait pas dessus (quoique), mais on buvait, on criait, on protestait, on interrompait. »

Hormis les groupes et personnalités phares, les lieux mythiques reprennent vie : Gibus, Open Market et Harry Cover en France ; CBGB, Max’s Kansas City ou Mabuhay Gardens aux US ; Dingwalls, 100 Club, Roxy ou Rainbow Theater – devenu une église évangélique – à Londres. Il y est aussi question de graphisme et fanzines, de boutiques et même de rues indissociables de l’effervescence du mouvement. L’entrée sur King’s Road met en lumière des figures annexes comme Pamela « Jordan » Rooke, cheffe vendeuse « emblématique » de la boutique Sex, manageuse d’Adam & The Ants dont elle épouse le bassiste, reconvertie en éleveuse de chats de race et infirmière vétérinaire.

Évidemment, l’ouvrage est truffé d’anecdotes cocasses comme Phil Spector qui braque son flingue sur la tempe de Dee Dee Ramones pour qu’il rejoue « à l’infini » une ligne de basse lors de l’enregistrement d’End of the Century. On y apprend par exemple que le single « Your Generation » de Generation X « monte dans les charts après qu’Elton John, dans un article, l’a qualifié de “merde inqualifiable” ! ». Les lourdeurs sont évitées grâce à une écriture vivante et quelques cabrioles pour se détacher du format abécédaire et connecter les entrées. Des souvenirs ponctuent le discours et le chapitre sur le reggae s’articule autour d’un extrait d’interview de Don Letts qui rappelle le lien étroit entre les punks et la communauté jamaïcaine en Angleterre.
Les 50 ans du punk de A à Z aurait parfois pu sortir des sentiers battus pour décortiquer des scènes qu’il survole seulement comme la japonaise, l’australienne ou l’allemande. Mais Dordor et Perrin offrent ici un instantané d’un monde révolu qui résonne particulièrement à notre époque où le futur semble toujours plus incertain.