Alan Vega est mort cette nuit pendant son sommeil, à l'âge de 78 ans. Dream baby dream.

Bruit de Stiletto qui claque : les aiguilles pour femmes sur le pavé, les couteaux pour hommes dans les poches du Levi’s. Alan Vega pile poil entre les deux. Il était multiple : entre deux albums de Suicide, il existait déjà un monde. Entre le premier album solo et Saturn Strip aussi. Sexy et violent, deux adjectifs qui collaient merveilleusement au Alan désormais perdu dans les archives. Aujourd’hui… il reste l’une des archives les plus importantes de l’instinct électrique.

Plus jeune, Alan Vega avait le physique apache : de grosses lèvres pulpeuses, une peau burinée, des pommettes hautes, un nez incroyablement fin. On n’imagine pas le jeune Geronimo autrement. En ce mois de février 2011 où nous le rencontrions, il apparaissait ridiculement petit, boitant, affublé d’un bonnet en laine rouge et noir qu’il ne quitterait même pas sur scène. Il fumait des Marlboro Light par moitié, en fait des mégots qu’il gardait « pour plus tard ». Il économisait… s’économisait peut-être. Secret d’une longévité qui ressemble bien à sa discographie. De petites touches par ci par là, des collaborations sur de nombreuses compilations et B.O. ; puis des albums, dont certains restent inconnus (et c’est tant mieux). Les récents, on les fuit comme la peste : la musique n’est plus à la hauteur depuis longtemps. Depuis « Cubist Blues » en fait, pépite ultime du rock à guitares s’il en existe une.

La diversité du son, alors. Pourtant, d’Alan Vega, on peut retenir certaines constantes : son rythme cardiaque syncopé, ses sonorités souvent synthétiques, sa voix toujours incroyable. Que l’on écoute Fat City avec Chilton et Vaugh en pleine détente, ou Ghost Rider – l’invention-même de la « techno » abrutissante -, la constante est la même. Les accents rythmiques viennent du rock & roll originel, la voix toute en incantations pousse des râles inimitables… Ce qu’est Alan Vega condensé dans une seule chanson : Juke Box Baby, bien entendu.

La musique de Vega vient donc de là : du bruit urbain. Pygmée perdu dans une forêt de grattes-ciel, Alan Vega prônait le rock & roll comme la musique du pur instinct. Au milieu des agressions continues, nos cerveaux de sauvages traduisent leur environnement par cette musique. Tordue par le rythme, distordue dans le son : la voix de Vega n’avait rien perdu car il en jouait comme d’un trombone. Les machines, les échos, les fuzz… Ce n’était que des réponses aux machines du quotidien, vroum et tam-pam-tam du train-train. Cliquetis de boîte à rythme, nappes de synthés en échangeur d’autoroute : Dream Baby Dream nous hypnotise encore comme les réverbères sur la highway.

Le pur instinct donc. Alan Vega ne savait pas parler de sa musique ou de lui-même : il répondait à toutes nos questions par des anecdotes. Et si on lui demandait sur quels rythmes il aimait chanter, il nous donnait la genèse de ses chansons. Incapable d’exprimer l’abstrait ou ce qui se ressent uniquement au fond de son sang, il démontrait tout par le vécu.

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