Si le concept moderne du storytelling vendu dans toutes les mauvaises écoles de pub remonte aux paraboles bibliques de Jésus, le talk-over, son pendant musical, est presque aussi vieux que la pop – 75 ans. Avec ses soirées régulières au Badaboum, le programmateur Jean-François Sanz perpétue la tradition en invitant la crème des artistes francophones qui ne savent pas toujours chanter et préfèrent raconter des histoires en musique. On fait le point sur ce sous-genre mésestimé avec le principal intéressé.
D’où vient l’idée de ces soirées dédiées au talk-over ?
C’est un truc qui m’a toujours plu dans la pop au sens large ; cette manière d’aborder la musique avec une voix parlée, scandée ou récitée. Depuis quelques années, en écoutant pas mal de choses, j’ai eu l’impression qu’il y avait une nouvelle scène qui s’emparait de ce mode d’expression. Du coup je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à formaliser. Le rap et le slam ont déjà leurs circuits bien établis, mais cette forme-là est plus diffuse. L’idée, c’était donc de créer un cadre pour la mettre en avant, parce que j’ai vraiment l’impression que c’est une tendance forte dans la production actuelle. La centralité du texte, l’attention portée à l’écriture, au sens, et le rapport indirect avec la littérature sont aussi des éléments importants.
Est-ce qu’il existe selon toi une tradition française du talk-over ?
Oui, je pense qu’il y a quelque chose de spécifique. Et ça remonte loin — même avant Serge Gainsbourg et Melody Nelson. On peut penser à Lee Hazlewood, qui racontait parfois des histoires entières dans ses morceaux, ou Leonard Cohen qui flirtait aussi avec cette manière de dire les textes.En France, quelqu’un comme Bertrand Belin est très intéressant : sa voix hésitante, presque parlée, crée une zone intermédiaire entre le chant et la parole. C’est précisément cet espace-là qui me fascine et beaucoup de groupes que j’ai repérés sont justement français ou francophones. Peut-être que ça tient à la langue, ou à une certaine tradition littéraire. C’est un peu cliché de dire ça, mais il y a clairement une place pour le texte et la narration. Après, évidemment, il existe aussi des scènes anglophones. Mais pour un pays comme la France, je trouve qu’il y a vraiment beaucoup de groupes qui explorent ce registre.
Quels seraient tes disques ou artistes de référence dans le genre ?
Parmi les références importantes, je citerais Anne Clark. Il y a aussi Algebra Suicide, un groupe synth-pop californien du début des années 80 : très minimaliste, avec une voix parlée, détachée. Je pense que ça a inspiré pas mal de groupes actuels comme Dry Cleaning, avec cette voix distante et presque narrative.
En France, évidemment, Serge Gainsbourg reste incontournable : il a largement popularisé ce type d’approche. Mais il y a aussi des morceaux très narratifs que j’aime beaucoup. Par exemple “St. Anthony”, un hommage à Tony Wilson et à la scène Factory Records / Joy Division / New Order. J’aime cette idée de raconter une histoire dans un morceau.
La narration semble centrale dans cette esthétique.
Oui, complètement. Le talk-over permet souvent d’aller au-delà de la structure classique couplet-refrain.On peut raconter une tranche de vie, un moment, une situation. Certains groupes que j’ai programmés, comme Terrains Vagues, ont une écriture très poétique. D’autres sont plus narratifs. Je trouve que ce format ouvre des possibilités assez riches sur le plan du texte.
Qu’est-ce qui caractérise cette scène selon toi ?
Ce qui m’a frappé en réécoutant beaucoup de morceaux récemment, c’est que les textes sont souvent très critiques. Il y a beaucoup de contenus politiques ou sociétaux, parfois assez subversifs. Peut-être plus que dans la pop classique. Il y a aussi beaucoup de thèmes liés à la sexualité, abordés de manière très libre. Et puis un humour assez ironique, parfois potache. J’aime bien ce mélange : critique sociale, mais avec une certaine dérision.
Après trois essais, les soirées Talk-Over ont-elles trouvé leur rythme ?
Pas encore totalement. L’idée au départ était d’organiser au moins un triptyque de soirées. Comme ça fonctionne plutôt bien, on va continuer. Il y a un énorme réservoir d’artistes : ma liste de groupes que j’aimerais programmer ne cesse de s’allonger. Au fond, et au-delà même de la rentabilité des soirées, c’est surtout une histoire de passion. On bosse d’ailleurs sur un projet de compilation éponyme en parallèle des concerts : l’idée est de réunir des inédits de certains groupes programmés dans le cadre de la soirée et idéalement de quelques artistes bénéficiant d’une plus grosse exposition comme Sleaford Mods, Dry Cleaning, Astéréotypie ou Kompromat. On est à la recherche d’un label qui pourrait nous accompagner sur ce projet !
Plus d’infos sur les soirées Talk-Over par ici.
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