Aujourd'hui : 14 février 2026
3 septembre 2025

Cosmic Crooner : « J’ai toujours été obsédé par Gainsbourg »

Crédit : Paul Labourie

Après avoir envahi Instagram de ses clips le présentant tantôt chemise ouverte à siroter un cocktail dans un rade espagnol, tantôt à gratter des sérénades devant l’infinie tranquillité de la Méditerranée, Cosmic Crooner est descendu de son tapis d’étoiles pour la sortie de son deuxième album « European Vacation » en mai 2025. Enregistré entre deux bains de mer (du Nord), ce nouveau projet trace les contours d’une doowop space-pop portée par personnage flegmatique et suranné, pas plus effrayé par les moustiques dans les photomatons que de vivre avec son époque. On en parle avec le principal intéressé et son acolyte claviériste Michiel, en pause estivale dans sa cosmique tournée.

 

J’ai découvert Cosmic Crooner sur Instagram avec une publicité pour ton single Mosquito In The Photobooth. J’ai donc appréhendé l’image et l’esthétique avant la musique. Peux-tu me parler du personnage et de son univers ?

Cosmic Crooner : C’est amusant que tu aies découvert le projet comme ça. Je me considère comme un esthète, avec des pincettes, car l’esthétique ne fait pas tout et à l’excès, elle peut donner une impression de vacuité. Toujours est-il, beaucoup de mes inspirations sont en fait cinématographiques. J’ai commencé à vraiment apprécier le cinéma avec Godard et Agnès Varda. Le cinéma italien est aussi une grande influence, notamment Antonioni et Pasolini…. Avant d’enregistrer « European Vacation », j’ai vu pour la première fois Les Quatre Cents Coups et je crois que cela a été aussi une inspiration pour ce projet, notamment la bande-son et la narration du film. Globalement, je pense que je suis assez romantique et que ce romantisme m’influence beaucoup.

« L’écriture ne fait pas de moi quelqu’un de différent. Les habits que je porte dans mes clips sont mes habits de tous les jours. C’est moi, tout simplement. »

Effectivement, on retrouve dans tes clips quelque chose de très cinématographique avec cet imaginaire de voyageur solitaire, élégant et paumé, comme Travis dans Paris, Texas.

C.C : J’adore Paris, Texas et l’image du voyageur solitaire. À mon échelle, j’ai besoin d’errer, de me sentir étranger, d’être en décalage avec ce qui m’entoure. Ce sentiment nourrit ma créativité. C’est encore assez romantique, par ailleurs.

(C) Paul Labourie

Outre ces influences, comment est né le projet de Cosmic Crooner ?

C.C : J’ai eu beaucoup de groupes dans le passé, mais j’ai commencé Cosmic Crooner en 2020 avec l’envie de monter un nouveau projet solo, bien que le groupe m’accompagne dans l’enregistrement et sur scène. Globalement, je reste dans la prolongation de mes projets précédents, qui étaient surtout plus mauvais musicalement.
En fait, je réalise avec Cosmic Crooner qu’il faut du temps pour développer son propre son, sa patte, son processus de fabrication. Quand je me présente comme singer-songwriter, ça sonne comme si je n’avais plus rien à apprendre, mais c’est un processus qui évolue en permanence. Il faut du temps pour comprendre ce sur quoi on écrit et ce que l’on souhaite raconter.

Peux-tu revenir sur ce dernier album, « European Vacation » ?

C.C : Nous avons enregistré dans le studio de mon ami Michiel à La Haye (Pays-Bas), qui est aussi le claviériste sur l’album et sur scène. Tout a été enregistré en live, c’était merveilleux. C’est vraiment ce que je retire de cet album : une grande fluidité et la sensation que tout coulait de source. On enregistrait de 10h à 2h du matin, tout en allant se baigner à la plage, juste à côté.

Michiel : Quand j’étais plus jeune, j’étais fasciné par une scène de The Doors d’Oliver Stone, où on les voit enregistrer puis écrire à la plage. Je me disais, ça, c’est la vie, c’était mon rêve… et en fait c’est comme ça qu’on a enregistré l’album. En été, entre le studio et la plage de La Haie.

« Dans le clip de Deep Down in Jazz, je porte justement mon propre merchandising. Et ma copine me tire dessus avec un flingue sur lequel il est écrit « Never Wear Your Own Merch ». J’avais trouvé cette blague brillante. Mais je crois que personne n’y a vraiment fait attention. »

Cosmic Crooner s’inscrit-il dans une certaine trame narrative, en évoluant dans une histoire ou un univers propre ?

Michiel : Il y a clairement un personnage et un univers, mais ce n’est pas quelque chose prévu à l’avance. Ce n’est pas une histoire écrite, ni un concept particulier, mais c’est une histoire qui prendra forme et évoluera tant que Cosmic Crooner sera parmi nous. C’est surtout un projet qui permet de s’évader au-delà du monde tangible et concret.

C.C : J’aime beaucoup cette réponse. La série des clips de « European Vacation » a une certaine trame narrative : Cosmic Crooner cherche un endroit pour se détendre. J’ai réalisé ces clips dans le Sud de l’Espagne avec ma compagne, sur une caméra française Aaton 16mm. Cependant, musicalement parlant, j’avais une idée de ce vers quoi je souhaitais aller avec « European Vacation » mais je n’ai pris une véritable direction qu’assez tardivement, quelques semaines avant l’enregistrement. Et je ne veux pas forcément savoir à l’avance où le projet va aller, comment il va évoluer, etc.

(C) Paul Labourie

D’où viennent vos titres, très imagés ? Mosquito In The Photobooth ou Never Wear Your Own Merch, par exemple.

C.C : J’ai toujours été obsédé par Gainsbourg et sa manière de jongler entre l’humour, le cynisme et la mélancolie dans une même chanson. Dans son processus créatif, il commençait parfois par le titre et défendait l’idée que si une chanson a un bon titre, elle sera probablement une bonne chanson. Je suis assez d’accord, et ça m’arrive souvent de penser le titre avant le reste, ce qui a été le cas avec Mosquito In the Photobooth et qui m’a poussé à écrire autour de cette scène précise.
Sur Never Wear Your Own Merch, en revanche, c’est une référence au premier single de Cosmic Crooner, Deep Down In Jazz. Dans le clip, je porte justement mon propre merch. Et ma copine me tire dessus avec un flingue sur lequel il est écrit « Never Wear Your Own Merch ». J’avais trouvé cette blague brillante mais je crois que personne n’y a vraiment fait attention. Donc j’ai voulu revenir dessus.

Tu parlais au départ de tes sources d’inspiration cinématographiques et du romantisme : est-ce que tu relies tes textes à certaines influences littéraires ?

C.C : J’aime lire des hommes horribles. J’adore Bukowski, par exemple, qui m’amuse et me touche énormément. C’est sa brutalité, son cynisme, sa nostalgie, son romantisme sombre… honnêtement, quand je le lis, j’ai presque envie d’être alcoolique à Los Angeles dans les années 70.

Bukowski a aussi écrit des poèmes franchement lumineux, presque vecteurs d’espoir, ou en tout cas qui parviennent à façonner du beau dans la violence ou la misère.

C.C : Peut-être… je ne trouve pas son œuvre très lumineuse. Peut-être que je suis de nature plus pessimiste.

À l’écoute de « European Vacation », « pessimiste » n’est pas forcément le premier adjectif auquel on penserait.

C.C : Je pense que je suis pessimiste, mais peut-être d’une manière suffisamment charmante et romantique pour le dissimuler, aha. Non, je crois surtout que ce n’est pas à moi de dire ce que l’on doit voir ou ressentir avec Cosmic Crooner. Et on peut tout à fait être inspiré par la partie sombre et pessimiste de la vie, et pour autant l’exprimer de manière tout à fait différente.

« Globalement, je reste dans la prolongation de mes projets précédents, qui étaient surtout plus mauvais musicalement. »

Cosmic Crooner est-il une prolongation de toi, ou un personnage dont tu te dissocies ?

C.C : L’écriture ne fait pas de moi quelqu’un de différent. Les habits que je porte dans mes clips sont mes habits de tous les jours. C’est moi, tout simplement. Bien que je n’écrive pas sur toutes les choses qui me traversent l’esprit ou qui me hantent : c’est un tri dans les parties de mon existence qui me plaisent ou non, avec lesquelles j’ai envie de travailler ou non.

Toutes les inspirations que tu revendiques sont assez anciennes. Ce projet, c’est une machine à remonter le temps ?

C.C : Je serais content de retourner dans le passé pour ne pas avoir à m’occuper de mon téléphone ou d’Instagram, par exemple. En revanche, j’aime le fait de pouvoir écouter à peu près toute la musique du monde en seulement quelques secondes, nous vivons une émulation permanente. En fait, c’est une question qu’on me pose souvent et à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse. Je suis né en 1993 et je ne peux pas changer ça.

(C) Paul Labourie

 

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