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UNE SOIRÉE AVEC ELVIS
Par Pierre Mikaïloff

Après plusieurs années passées en cellule de dégrisement pour cause d’addiction à Pat Benatar, notre bien-aimé Pierre Mikaïloff revient enfin au bercail avec des nouvelles des étoiles. Un peu fripées les étoiles, puisque sur sa route il a croisé le King pour lui secouer le cocotier et, fin limier, en savoir plus sur sa vie depuis 77. Scoop, l’auteur de « Love me tender » prévoirait un nouveau come-back avec « des majorettes, des patineuses et un orchestre qui jouera à dos d’éléphants ».

Après plusieurs années passées en cellule de dégrisement pour cause d'addiction à Pat Benatar, notre bien-aimé Pierre Mikaïloff revient enfin au bercail avec des nouvelles des étoiles. Un peu fripées les étoiles, puisque sur sa route il a croisé le King pour lui secouer le cocotier et, fin limier, en savoir plus sur sa vie depuis 77. Scoop, l'auteur de "Love me tender" prévoirait un nouveau come-back avec "des majorettes, des patineuses et un orchestre qui jouera à dos d’éléphants".

Nous avons retrouvé Elvis dans le coquet mobile-home où il s’est installé pour couler une retraite paisible et méritée, en Corrèze. Après sa fausse mort, en 1977, orchestrée par sa maison de disque afin de relancer ses ventes d’albums, il avait d’abord tenu un petit magasin d’articles de pêche (sa grande passion, après les hamburgers au beurre de cacahouète), mais devant l’afflux de badauds qui prétendait reconnaître en lui la star du rock disparue, il avait dû se contenter d’un emploi plus modeste – et discret – de postier. Car oui, c’est aussi un fervent lecteur de Bukowski, comme l’attestent les œuvres complètes du célèbre écrivain qui encombrent les rayonnages de sa bibliothèque, à côté d’ouvrages de philosophes allemands du XIXe siècle, tous en version originale.

Fidèle à lui-même, Elvis nous a accueillis avec chaleur. Une poignée de main virile et, l’instant d’après, nous étions confortablement installés dans son salon. Son majordome a allumé un feu de bois et nous a servi de généreuses doses de bourbon avant de s’éclipser. Ensuite, les rails de coke ont commencé à tourner – et je dois dire que notre hôte n’était pas le dernier à jouer de la reniflette. Les politesses expédiées, nous nous mîmes au travail.

Elvis Presley merchandise is displayed at the official Viva ELVIS store at the Aria hotel-casino in Las Vegas

PM – Elvis, tout d’abord, merci de nous avoir ouvert ta porte. C’est, je crois ta première interview en près de quarante ans. Qu’est-ce qui t’a enfin décidé à parler ?

Elvis – Tout d’abord, l’envie de vous rencontrer. J’ai lu tous vos bouquins et aussi la plupart de vos articles pour Gonzaï. Objectivement, vous les niquez tous ! Haut la main.

PM – Inutile de faire de la lèche, bibendum ! J’espère que tu as deux ou trois bricoles plus intéressantes à raconter parce que sans quoi je débranche le magnéto, on finit ta coke et on rentre se coucher. Compris ?

Elvis – Oui, pardon, c’était maladroit. J’avoue que je suis un peu rouillé depuis tout ce temps… Mais je vais me ressaisir. Quelle était votre question ?

PM – Concentre-toi, merde ! SI tu nous racontais un truc marrant pour changer ?

Elvis – La fois où je suis rentré dans le bureau de Monsieur Sam Phillips pour enr…

PM – Mais, non, ça, on s’en branle ! Tu l’as déjà raconté un million de fois : la chanson que t’enregistres à tes frais pour l’anniversaire de ta maman, bla-bla-bla… Aucun intérêt. Il me faut du lourd, mec !

Elvis – Désolé, j’ai jamais été très bon en interview. Vous voulez pas m’aider ?

PM – Je sais pas moi : parle-nous de sexe. T’es branché sur quoi en ce moment ?

Elvis – Le porno asiatique. Je possède un bon millier de VHS. J’ai pas encore acheté de lecteur, mais il paraît que sur les rééditions Blu-Ray, ils ajoutent des bonus pas piqués des vers…

PM – C’est pas trop tôt ! Enfin, t’as un truc à dire ! Peux-tu préciser ce qui te fait triper là-dedans ?

Elvis – Eh bien, je pense qu’il s’agit pour moi d’une manière d’exorciser l’éducation puritaine que j’ai reçue, spécifique au Sud des États-Unis, notamment dans la période reculée où j’ai grandi, mais je doute que les mentalités aient beaucoup évolué depuis. Par ce geste transgressif, je règle en quelque sorte un vieux complexe œdipien. Comme l’avance Schopenhauer dans son ouvrage, De la quadruple racine du principe de raison suffisante, et dont le titre original est, je ne vous apprends rien, Über die vierfache Wurzel des Satzes vom zureichenden Grunde, l’affirmation de l’identité sexuelle repose sur…

PM – Ça va, ça va, ça va… Finalement, c’était pas une bonne idée de t’amener sur ce terrain, t’est toujours aussi gonflant. Bon, t’écoutes quoi en ce moment ?

Elvis – À part le dernier Daft Punk, j’avoue : pas grand-chose… Un peu Rihanna aussi.

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PM – Mouais… Je vais te laisser encore une chance, sinon, on se casse. Est-ce que t’as prévu un come-back prochainement ?

Elvis – Je comptais en réserver l’exclusivité à Jean-Claude Bourret, sur La 5, mais puisque…

PM – T’es vraiment un blaireau ! T’es même pas au courant que La 5 n’existe plus ! Vas-y, continue…

Elvis – La vache ! Ils ont arrêté ? C’est dommage, ils avaient une putain d’équipe : Amanda Lear, Christian Morin…

PM – Bon, ton come-back, ça s’annonce comment ?

Elvis – J’ai prévu un grand show, avec des majorettes, des patineuses et un orchestre qui jouera à dos d’éléphants. En fait, les musiciens seront en play-back, ça leur laissera plus de liberté pour la chorégraphie. L’idée est de réunir dans un même spectacle mes trois passions : le patinage artistique, les éléphants, et les rythmes endiablés du disco.

PM – C’est pas con. Je dois dire que, là, tu me bluffes !

Elvis – Merci, mais vous savez, je n’ai aucun mérite, j’y travaille depuis dix ans. Ce n’est pourtant qu’une étape, mon but étant de redevenir suffisamment célèbre pour participer au jury de la Nouvelle Star. Si Bertignac et Sinclair l’ont fait, je vois pas pourquoi on me prendrait pas, bordel !

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PM – T’as toutes tes chances. J’y repense, c’était quoi ces rumeurs à propos des Sex Pistols ?

Elvis – J’avais presque oublié cette histoire. Voilà comment ça s’est passé : début 1977, je reçois le coup de fil d’un type qui s’exprime avec un fort accent anglais, genre londonien snob, un peu pédé sur les bords. Tout ce que j’aime ! Le rosbif se présente, il s’avère qu’il s’agit de Malcolm McLaren, manager des Sex Pistols. Et savez-vous ce qu’il me propose ?

PM – Je suppose que tu vas nous le dire…

Elvis – Il me raconte que l’ambiance est catastrophique au sein du groupe. Johnny Rotten fait chier tout le monde, il a une haleine de cheval et écoute de la musique de hippie.

PM – C’est pas un scoop, ça.

Elvis – Et là, il y va franco, le Malcolm, il me propose tout bonnement de remplacer Rotten au sein des Pistols ! Son idée, c’est qu’en réunissant le roi du rock et les rois du punk, il tient LE super groupe de la fin des seventies. Il pense qu’on peut devenir plus gros que les Bee Gees et Abba réunis.

PM – Mazette !

Elvis – Ouais, mais déjà, à ce moment-là, j’en ai ras la casquette du showbiz. Je m’apprête à changer de vie. Et j’ai refusé.

PM – T’es con, y avait du grisby à se faire…

Elvis – Je sais bien, et puis leur répertoire était plutôt dansant. Qu’est-ce que j’ai pu pogoter en soirée sur Pretty Vacant

PM – Bon, c’était une belle histoire, mais on a de la route à faire, nous. Allez, on finit la coke et on met les bouts. Je t’en refais une, bouffi ?

Elvis – Ça, c’est parlé ! Je suis votre homme !

Et après les salutations d’usage, nous avons pris congé. En réécrivant un peu les réponses de cette grosse baleine, ça allait donner un putain d’article. D’un pas léger, nous nous sommes dirigés vers mon vieux break Chevrolet. J’ai mis le contact et écouté pendant quelques secondes le doux ronronnement du V8. Le plein d’essence allait engloutir ma maigre pige, mais d’un autre côté, la coke et la booze étaient fournies par le journal. Pas à dire, ils sont réglos chez Gonzaï.

2 Comments

  1. luc

    19 mai 2014 at 15 h 29 min

    Lester Bangs est mort et grisbi s’orthographie grisbi.
    De rien.

  2. Pingback: UNE SOIRÉE AVEC JIM MORRISON ::: Par Pierre Mikaïloff | Gonzai

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