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ROXY MUSIC
Overseas Telegram et Ferry boat…

Un nouvel album solo pour Bryan Ferry, « Olympia », et une reformation exclusive de Roxy Music, le plus grand groupe d’Angleterre après la reine Mère et ses valets, pour un Rock en Seine plus royal qu’à l’accoutumée… Would you believe?

Un nouvel album solo pour Bryan Ferry, "Olympia", et une reformation exclusive de Roxy Music, le plus grand groupe d'Angleterre après la reine Mère et ses valets, pour un Rock en Seine plus royal qu'à l'accoutumée... Would you believe?

Reformé pour les besoins de la postérité avide de sang caillé, Roxy Music sera à Paris le 29 aout pour un concert aussi exceptionnel que le partenariat qui unit Gonzaï à Rock en Seine. A l’occasion de cette date « glam, rides et paillettes », modeste contribution de l’auteur au mythe d’un groupe intemporel et sans phare à paupières. Roxy Music qui fait le voyage d’outre-Manche (le 29 aout à Rock en Seine), un nouvel album pour Ferry (Olympia) qui botte en touche… would you believe ?

Posez la paume de votre main sur la table. Un à un, murmurez le nom des groupes qui ont marqué votre vie et jalonneront encore longtemps vos dimanches matins, vos lundis soirs, les jeudis de pluie et les samedis d’emmerdes, lentement, faites tomber les doigts pour chacun d’entre eux. Reprenez votre souffle, faites un point. Vous êtes, dans le meilleur des cas, parvenu au chiffre exorbitant de trois, voire quatre groupes (et cinq, si vous êtes vraiment de mauvaise foi) dont vous êtes désormais certain qu’ils vous accompagneront dans la tombe. Pas la peine de compter plus, vous savez déjà que poser l’autre main serait un mensonge.

Dans cette shortlist de disques qui prendront – logiquement – un jour la dernière poussière, Roxy Music a encore de grandes chances d’arriver en tête de gondoles pour de multiples raisons que j’effleurerai ici comme un strip-tease. Un effeuillage d’arguments qui, à, l’image des pochettes du groupe de Bryan Ferry – jeune lad anglais sans le sou épris d’avant-garde, d’art moderne et de roucoulades à panthères mouchetées, ne peuvent à eux seuls résumer l’influence décadente de ce groupe sur la décennie 70’. De Laurent Blanc (véridique, cliquez ici) aux Scissor Sisters (Ferry les invite sur son prochain disque) en passant par la nouvelle génération mi-glam mi-bas résilles, tous s’accordent à dire qu’il est des matins plus gais que d’autres, quand on débute sa journée avec Casanova poussé au maximum. Pousser le vice jusqu’à trois écoutes successives, avec café et première cigarette de circonstance, équivaut à se retrouver poussé au milieu d’un flash delirium avec prostituées qui relèvent leur fa dièse et enceintes qui font le tapin dans votre salon. Relax.

Tout comme avec les femmes, il existe différentes raisons de rentrer à l’intérieur de Roxy Music. Différentes façons d’en sortir également, puis d’y revenir tel un homme blessé parti chercher ses cigarettes trop longtemps. Prise dans l’ordre, la discographie du art rock band (une appellation qui leur sied mieux que celle de glam leaders, finalement) possède une logique implacable où se croisent par ordre d’apparition King Crimson – Ferry y fait ses premières auditions, sans succès -, Brian Eno – recruté sur les conseils du saxophoniste Andy Mackay, Amanda Lear – in love with Ferry, elle pose sur la jaquette de For your pleasure et un groupe de musiciens égotiques aussi à l’aise dans leurs rôles respectifs que cinq grenouilles à paillettes dans un bocal.
Elève des Beaux Arts, le regard bleu des marins qu’on aurait bien traité de lopettes s’ils n’avaient déjà levé toutes les filles du bar, Bryan Ferry reste – quarante ans après les débuts – le chef d’orchestre d’un groupe qui n’a jamais vraiment cessé de siffler. Sorti en 1972, Roxy Music parvient rapidement à imposer sa pop transgenre, celle qui fait danser et pleurer instantanément, loin des caciques d’écriture sixties du Brill Building et autres Motown. En ouverture de ce premier disque, ce sera Re-make / Re-model, une chanson d’architectes qui déconstruit le rythme à sa manière, libérant les pulsions de Bryan Ferry, Brian Eno et Mackaye, tous trois passionnés d’Art au sens (très) large et de costumes étriqués à les faire passer pour autre chose que des suceurs de glaçons. Dans le même temps, Virginia Plain et Ladytron cimentent la culture populaire anglaise, des façades victoriennes aux harmonies rococo, sur fond de Mellotron et d’envolées modern fashioned et rose bonbon. Marylin in the sky with diamonds, c’est le début d’une apogée qui durera le temps de neuf albums ou presque ; le temps d’un déclin.

For your pleasure

Plus noir, plus sombre, plus soul, version lessivée d’un Marvin Gaye affublé d’une plume dans le cul, For your pleasure est un deuxième disque aux sonorités épitaphes. Le dernier en date pour Brian Eno, qui partira ensuite fait blip-blam-blip d’abord en solo (Here come the warm jets, sous haute influence Roxy) puis avec d’autres amis souvent chiants (Robert Fripp) et parfois chauves (Cluster). En attendant, Brian Eno (crâne déjà dégarni et ailes d’ange noir dans le dos) et Bryan Ferry (crinière étincelante, torse glabre et rimmel de rigueur) s’étripent en studio sur ce qu’il est convenu d’appeler en jargon journalistique de « sérieux problèmes relationnels qui donneront lieu par la suite à un désaccord mutuel ainsi qu’une envie partagée de ne plus jamais travaillé ensemble ». A bien des égards, For your pleasure reste donc le zénith du Roxy Music première période, celui capable de faire danser les fans diplomés d’Oxford avec l’intégrale des reproductions d’Andy Warhol dans la main droite, un synthétiseur dans la main gauche et du Poppers au fond du rectum. Placée en cloture, For your pleasure sonne l’enterrement des vies de garçons avec une réverb’ en dépression à vous donner envie d’épouser le premier travelo venu pour oublier. La suite, bien évidemment, prouvera qu’il existe des lignes à ne pas franchir, d’autres à ne pas sniffer.
L’année 1973 débute bien pour Ferry, seul aux manettes d’un boat qu’il espère bien manœuvrer solo. En octobre, c’est justement son premier disque en solitaire qui fait des vagues, imposant déjà l’art du crooner à s’exercer au cover (et Dylan, qu’il surpasse sur A hard rain’s gonna fall). Le mois suivant, c’est le troisième album de Roxy Music qui voit le jour, plus hédoniste, plus pop, plus baiseur, à l’image de son commandant. Le rock riffé de Mother of pearl ou Amazona peinent à couvrir le manque de compositions, y’a comme un peu de trop de gloss sur ces lèvres rêches. Douze mois seulement après cette double sortie Ferry-Roxy, c’est Country life, déjà quatrième disque d’un groupe n’ayant même pas trois ans d’existence officielle. Boulimie, frénésie, surconsommation. Succès. Et redite, comme sur A really good time, pastiche crooner en descente de Just like you sorti l’année précédente. Au programme tout de même, du génie, avec l’envolée spatio-maritime pour corsaires interstellaires sur Out of the blue, ballade fuzz qui révèle pour la première fois Phil Manzanera en Georges Harrison du glam-rock, petit surdoué à lunettes de mouches strassées. Et puis qu’on le veuille ou non, The thrill of it all fait le boulot, portant Roxy Music au rang des groupes qu’on aime détester. Décrit par Lester Bangs comme « le triomphe de l’artifice », la bande à Ferry flotte.

1975, c’est le temps de l’amour et des ruptures. Love is the drug, placée en ouverture de Siren, ressemble presque au chant du cygne. Rythmique disco, lignes straight et voix de tête, Bryan Ferry ressemble désormais au mythe de Robert Johnson, jeune anglais ayant pacté avec le diable en échange d’un moule-burnes pour le fond et d’une grosse paire de bollocks pour la forme. Lumineux par intermittence, interminable par éclaircie, Siren s’écoute péniblement, du moins sans penser à l’absence d’Eno, parti tripoter ses boutons d’ambiance chez d’autres éclairagistes. Pendant ce temps, Ferry concocte son troisième disque en solo entre deux tournées en disco-club ; ce sera Let’s stick together, un excellent disque qui tient la longueur, les années qui passent avec, moustache naissante, une poignée de reprises bouleversantes du catalogue Roxy Music (Sea breezes, 2HB, Chance meeting). A compter d’ici, la discographie du plus grand groupe d’Angleterre (sans compter les Stones, dont Roxy représente le versant nightclubbing) se comptera désormais en singles assimilés par vos parents comme autant de souvenirs de jeunesse qui s’envolent.

Autant dire que l’histoire pourrait s’arrêter ici et nous avec. On en retiendrait l’incroyable talent d’un working class homo à mener ses troupes à la b(r)aguette, un batteur tellement bas du front qu’il ne fait plus la différence entre son propre groupe et celui de son leader (Paul Thompson joue sur quasi tous les disques de Ferry, quitte à reprendre les titres de Roxy, c’est à n’y plus rien comprendre) et la maestria d’un guitariste (Manzanera) qui joue contre vents, marées et vagues à la cyprine. Mais non. Pour le plaisir, parce qu’avec ses déhanchements le disco a tué le rock par derrière, Manifesto conserve une aura de sympathie qui résume bien l’année 1979 hésitant entre fêtes et gueule de bois. Sur sa pochette, les nymphes dansent encore, à l’intérieur, c’est un peu plus complexe. Ferry s’auto-plagie sur des titres sans relief (My little girl) mais parvient encore à alpaguer le génie lorsqu’il est à portée (le funk moite de Ain’t that so). Stoppée ici, la carrière de Roxy Music eut presque été un sans faute.

Bitters end

A quoi reconnaît-on la qualité d’un bon groupe ? Il enregistre généralement l’album de trop, celui pour la maison de disques. A quoi reconnaît-on un groupe culte ? Il enregistre d’affilée trois disques monumentaux puis plusieurs albums dispensables, faisant varier les motifs selon le temps qu’il fait, des fans qu’il faut combler à l’égo qu’il faut assoupir. Dans le cas présent, ce sera Flesh + Blood (1980) et Avalon (1982), deux disques durs à avaler autrement qu’en intraveineuse sous coma. Deux disques pour les fans inconditionnels portés par deux singles (Over you, More than this) qui s’entendent encore aujourd’hui ma foi fort bien sur toutes les radios qu’on n’écoute plus. Clôture du rideau qu’en tant que fan on espérait définitive, avec son lot de souvenirs, de mélodies inclassables et proxénètes.

Chance meeting

Le temps reste, lui aussi, une pute à qui l’auditeur doit bien rendre la monnaie. Trente ans après la fin, sûrement harassé d’avoir à répondre différemment aux nombreux journalistes fantasmant leur come-back, les membres de Roxy Music commencèrent à y penser. S’y essayant même, et tentant avec Eno de se remettre au turbin, courant 2006, pour décrasser une machine de guerre aux canons en dentelle. Rencontré en 2008, Manzanera confirmait encore ce que tout le monde espérait en craquant ses dix doigts : « Nous avons enregistré une vingtaine de chansons, certaines ont déjà des paroles, d’autres non… Tout cela avec les gens de l’époque, et Chris Thomas (le producteur historique, NDR).  Mais envisager l’idée de sortir un nouvel album avec Roxy, c’est une sacrée exigence. Il faut que l’album soit bon, qu’il tienne la route. Nous avons besoin de 4 ou 5 bonnes chansons supplémentaires. Pour tout te dire, là, je crois que nous avons un bon demi-album, pas plus.  J’ai tout fait pour réunir tout le monde, resserrer les liens, je suis même à l’origine de la reformation pour tout dire. J’essaie d’organiser les choses, nous n’avons même pas de manager! Peut être que l’album ne sortira jamais, je n’en sais rien; ce n’est pas stressant. Le fait de revenir avec Roxy Music ne vient pas d’une basse intention mercantile ». Un an plus tard, passé maitre dans l’art du contre-point, Ferry déclarera finalement qu’il n’y aurait sûrement pas de dixième album pour Roxy Music, plutôt un nouvel album solo (prévu pour octobre 2010, chez EMI) avec pléthore d’invités conviés comme au banquet. Listons ensemble et fermons les yeux en levant les pouces: David Gilmour, Flea, Johnny Greenwood, Mani des Stones Roses et tiens tiens, les Scissor Sisters. Le tout produit par Ferry lui-même, avec tiens tiens, la participation de Manzanera, Mackaye et… Brian Eno, sur deux titres. Dans le même raz de marée, on apprenait voilà quelques mois que Roxy Music jouerait – même sans album officiellement prévu – à Rock en Seine, avec les membres de Roxy Music au presque grand complet – seul Brian Eno manquant à l’appel, sûrement trop occupé à permanenter Coldplay et autres nouveaux poulains dégarnis. Plus beau qu’à l’opéra, plus spectaculaire qu’un résultat du Tiercé, bien avisé celui qui pourrait prédire le grand Final du groupe anglais.

Tassés par le temps, courbés par le poids des attentes, Roxy Music échappe donc encore aux clichés du rock contemporain (le batteur mort + l’album de la reformation), et le groupe d’encore être cette bête curieuse qu’on serait capable de suivre de stade en stade, acceptant presque tous les sacrifices pour une minute d’audience auprès de dieu Ferry, presque capable de siffler sur leur immonde reprise de Jealous Guy pour la beauté du geste. Du premier album au dernier, l’histoire aura précisément duré dix ans[1]. Et more than this, serais-je maladroitement tenté d’écrire en réfléchissant à d’éventuels concurrents. A la réflexion, plus besoin de tirer sur ses doigts, compter jusqu’à deux serait déjà une erreur.

http://www.roxymusic.co.uk/
En concert à Rock en Seine, le dimanche 29 aout 2010

Bryan Ferry // Olympia // EMI
(Sortie le 25 octobre 2010)

ROCK EN SEINE, LA SET-LIST IDÉALE :

1. Virginia Plain
2. Love is the drug
3. If there is something
4. Ain’t that so
5. Do the strand
6. The Bogus man
7. Ladytron
8. Casanova
9. Manifesto
10. Editions of you
11. 2 H.B.
12. Re-make/Re-Model (Rappel)


[1] Roxy Music est publié en juillet 1972, Avalon sort en juin 1982

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