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NLF3
Retour vers le futur

Pas besoin d’actu chaude pour causer d’NLF3 : le deuxième groupe des frères Laureau, c’est le futur tous les jours, hombre. D’où un retour sur leur passé, très composé.

Pas besoin d’actu chaude pour causer d’NLF3 : le deuxième groupe des frères Laureau, c’est le futur tous les jours, hombre. D’où un retour sur leur passé, très composé.

I hope I die before I get old (talkin’ ’bout my generation)
Pete Townshend

Quand on a l’âge d’avoir attendu fiévreusement le prochain RAGE [revue assourdissante de la génération électrique – NdA] au kiosque du coin, quelque part au milieu des années 90, la perspective de passer une heure en compagnie de Fabrice et Nicolas Laureau, c’est un peu comme appuyer sur « rewind » et « forward » en même temps. Une demi-heure de balance plus tard, exit la tentation de la nostalgie et direction les loges de la Condition Publique (Roubaix). Avec pour seule priorité le bouton « REC ».

Les frères Laureau, donc. Le blond, quarante ans, visage un peu poupon, extatique derrière sa basse, ses maracas et son sampler, c’est Fabrice. Le brun, slim bleu ciel et barbe noire d’au moins trois jours, guitare, claviers et samples au pied, c’est Nicolas, « Qui a à peu près le même âge que toi » me dit l’aîné. Moi, c’est 36 – comme le Front Populaire et ma future taille américaine de jeans si je continue à bouffer autant de welsh arrosés de bière. Nicolas a donc « à peu près » 36 ans. A eux deux, il forment les deux tiers du clan… NLF3. « N » pour Nicolas, « L » pour Ludovic Morillon, batteur de Prohibition (on y vient), puis de NLF3, cède sa place à Mitch Pires en 2006. « F » pour Fabrice donc, et « 3 » pour… trio ? Ben oui, tout simplement.

Cela fait bientôt onze ans que ça dure. Et avant ?

Avant. Nos deux fils de diplomate naissent à Montpellier, vivent à Paris, quand ils ne sillonnent pas la planète avec papa : Nigéria, URSS, USA, Mexique, entre autres. Pas de musicien dans la famille, mais un disque qui met tout le monde d’accord à la maison, le Ummagumma de Pink Floyd. L’adolescence arrivant, le skate et « les concerts bruyants » entrent dans leur vie ; ils se mettent à apprendre la musique, en autodidactes. « Elle nous a attrapé, je ne sais pas comment », dit Fabrice. Ce qui est sûr, c’est qu’à cette époque ils en écoutent beaucoup. Du hardcore, skate oblige. Mais pas que. De la folk, de la musique africaine, indienne : on ne traverse pas impunément une partie du monde sans en avoir les oreilles retournées.

En 89, ils montent leur premier groupe de hardcore, Prohibition. Ca durera dix ans, au cours desquels ils recevront le soutien de Fugazi, Guy Piccioto les emmenant en tournée avec eux (« on avait vécu à Washington »), idem avec les Thugs. Etape importante qui les voit se structurer : ces « prestigieux » grands frères leur ont donné l’envie de soutenir les autres ; chacun son tour. En 95, ils créent Prohibited Records. « Pour aider ceux qui galéraient, comme nous », se rappelle Fabrice. Ils évoquent l’esprit solidaire des années 90, l’émulation d’un réseau underground où les groupes français ont des noms étranges – Condense, Hint, Heliogabale, Bästard – et font un boucan d’enfer. Prohibition ne déroge donc pas à la règle. Mais la fin des nineties sonne le glas du groupe. « Je n’ai rien vu venir », confesse Fabrice. En tout cas, la décision de tirer le rideau est douloureuse. Mais comme le rappelle Nicolas, « On avait dit qu’on s’arrêtait sur l’album qu’on avait toujours voulu faire ». Ce sera 14 Ups and Downs, qui annonce déjà NLF3 et ses syncopes, sa musique répétitive, et cette légèreté même dans les morceaux les plus complexes. Ils avaient envie d’y « ciseler l’interprétation », ils se feront traiter d’intellos. Vive la France…

Avant encore. Maintenant. Pas question d’arrêter la musique.

Pour ça, Prohibited Records se recentre sur leur travail : à force de s’occuper des autres (les deux premiers Herman Düne sont signés sur leur label, avec Fabrice à la console, « à une époque où personne n’en avait rien à  foutre de la folk » rigole ce dernier), ils composent moins. L’idée ? Utilisation des samples, forte envie de musique expérimentale, répétitive, sans paroles, pour accoucher d’une musique tournée vers le travail studio plutôt que le live. Même si c’est ce dernier qui les fait vivre. Car, en bons défricheurs des marges, ces Prohibiteurs prêchent forcément dans un quasi-désert français : l’argent du label retourne au label. Et il faudra attendre le tournant 2000 pour commencer à gagner sa croûte correctement. « On s’est toujours contenté de peu : on n’a pas besoin que ça cartonne pour que ça fonctionne », explique un Fabrice aussi pragmatique qu’inventif. Car après avoir claqué pas mal de thunes dans des studios d’enregistrement au cours des dix années précédentes, le bonhomme a décidé d’investir. Et une fois encore, d’apprendre tout seul à pousser des potards, orienter un ampli, etc. Une compétence acquise sur le tas (de jacks) qui va lui permettre aussi de bosser en studio. Notamment pour Shannon Wright, Dominique A, Yann Tiersen, Dirty Three. Et d’enregistrer NLF3, sans ingé-son ni producteur. De toute façon, « je pense qu’on serait infernaux pour un producteur, nous ça fait 20 ans qu’on fait de la musique ensemble, on est frères…», se marre Nicolas. Au rayon nouvelles têtes, il y aura quand même Mitch Pires : Ludovic Morillon, batteur de Prohibition, avait un temps poursuivi l’aventure avec eux, avant de céder sa place à celui qui « apporte une assise ; il a un jeu assez épuré, mais en même temps il n’a pas peur du bruit », dixit Fabrice. Et effectivement, tandis que les deux frères explorent le champ des possibles à grands coups de samples, de boucles de basse groovy-cold où suintent encore des restes de leur passé hardcore, de claviers psychés, de guitares aussi aériennes que borderline, et de chants « comme des incantations, la présence d’une humanité dans ce foutoir », le batteur tient la baraque. Résultat, depuis cinq albums, NLF3 envoie Terry Riley dans la moiteur de la jungle taper le bœuf avec Fela et Tortoise. Et l’auditeur de se faire un travelling without moving du tonnerre, les oreilles portées par cette triplette d’explorateurs 100 % made in France.

Chutes de rushes. Où il a été question :

– de ciné-concerts (depuis 2004, l’un d’entre eux a donné lieu au disque Que viva Mexico !), de musiques qu’ils ont composées pour des films sur ARTE et des dessins animés « chelous ».

– de cette deuxième vie musicale passionnante qu’ils ont la chance de partager entre frères, des nombreux clashs que ce lien fraternel occasionne, sans pour autant nuire à l’osmose musicale qui les guide.

– de leur mère qui écoute leurs disques (ils ont perdu leur père), et de leurs enfants qui donnent leur avis sur les disques de papa et tonton, et vice-versa.

– de Radiohead également, au détour d’une conversation sur l’économie du disque.  Nicolas : « J’ai été hyper choqué par Radiohead qui rompt son contrat avec EMI et qui dit : ‘maintenant on est des grands indépendants’. S’ils sont connus, c’est parce qu’EMI a dépensé des millions sur eux ! » Fabrice : « C’est juste des bâtards ! T’as vu le prix de vente du disque physique ! Nous on est pour le modèle de Dischord [label de Fugazi – NdA], les disques sont vendus 10 dollars maxi. »

– de l’importance de se structurer pour durer : « Si on est encore là, c’est parce qu’on a su le faire », répète modestement et lucidement Fabrice. Enfin de « faire ce qu’on aime, de tracer sa route ».  Car comme le dit le titre de leur dernier album, Beautiful Is The Way To The World Beyond.

Live report rapido. A la fin du concert, je me suis aperçu qu’ils avaient les mêmes chaussures. Cette remarque peut paraître tout à fait stupide, mais en tant que frère de beaucoup d’autres frères et sœurs, ce détail m’a touché.
Pendant le concert, je ne me suis aperçu de rien, trop occupé à repousser les feuilles de palmier et à chercher mon chemin dans la jungle, attaqués par mille moustiques et déboussolés par les cris des perroquets. Ah si, à un moment donné, j’ai reconnu le son d’une maracas.

Après le concert, je suis allé les féliciter. Avec l’enthousiasme et la maladresse de quand on a vingt ans. L’occasion de me rendre compte que mes souvenirs n’avaient pas pris une ride.

http://www.myspace.com/nlf3

2 Comments

  1. Ben Casbah

    29 mars 2011 at 17 h 33 min

    super papier, et bonne découverte qui en résulte, du coup. Merci.

  2. Pingback: SUMMER TELEX REVIEW ::: F/LOR, Deerhunter, Girls in Hawaii, Hook & the Twin | Gonzai

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