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LE TURC MECANIQUE
Démos et merveilles

Parvenir à compiler sur cassette sept groupes anonymes dont la musique rivalise sans peine avec le rock tout confort des pontes de studio, c’est l’incroyable exploit réalisé par une bande de jeunes Parisiens à qui le CD industriel fait « le même effet qu’un calendrier de la Banque Postale ». Alors que le pays tarde à rentrer de plain-pied dans le nouveau siècle, eux proposent une première compilation belle et moderne comme un tableau de Ingres, rebelle comme aux plus belles heures de Creation Records. Vous avez dit têtes de Turcs ?

Parvenir à compiler sur cassette sept groupes anonymes dont la musique rivalise sans peine avec le rock tout confort des pontes de studio, c’est l’incroyable exploit réalisé par une bande de jeunes Parisiens à qui le CD industriel fait « le même effet qu’un calendrier de la Banque Postale ». Alors que le pays tarde à rentrer de plain-pied dans le nouveau siècle, eux proposent une première compilation belle et moderne comme un tableau de Ingres, rebelle comme aux plus belles heures de Creation Records. Vous avez dit têtes de Turcs ?

Avant d’en arriver à l’écoute de cette compilation disponible en exclusivité mondiale sur Gonzaï, peut-être faudrait-il expliquer ce que fut, historiquement, ce fameux Turc Mécanique. Pour la faire courte, un canular DIY du XVIIIe siècle construit par un Slovaque qui eut la brillante idée de faire croire à ses copains qu’il venait de créer une machine capable de jouer aux échecs contre de vrais humains. Presque 200 ans avant l’apparition des premiers ordinateurs aptes à tenir tête à des pointures comme Kasparov, une petite révolution qui dura cinquante ans avant qu’un moins con que les autres comprenne que le meuble d’érable cachait en réalité un humain qui tirait les ficelles du mannequin à turban. Voilà pour la légende, passons à l’action.

Cette première compile concoctée par ces amateurs de sonorités romantiques en a dans le coffre. Pas de trucage, aucun mensonge, ici tout est authentique. Chaque pièce est véritable et d’époque, parce que chacun des groupes qui la composent parvient à lâcher un morceau d’envergure qui se suffit à lui-même.
Pas de grand charabia chez ces artisans de la belle finition, tout au plus une croyance : « La musique matérialisée perdant son sens à l’heure du numérique, elle doit être conçue comme un bien artistique, revendicatif, qui doit pouvoir se placer en tant qu’empreinte esthétique. » Voilà pour le manifeste. Et pour le totem, une cassette enregistrée et packagée à la main, puis designée par une plasticienne du nom de Lucie Jacquemart. Amoureux du pop art sérialisé par des robots d’usine, passe ton chemin ; les sept titres qui suivent sont aussi inédits qu’ils sont instantanés. Dans le jargon des échecs, on appelle ça le mat à l’étouffée : l’auditeur devient fou et le roi noir a les guiboles qui flanchent.

Conçue comme un « doudou pour adultes qui n’aurait pas le côté vintage du vinyle », cette compilation a ceci d’extraordinaire qu’elle présente des musiciens dont on n’a jamais entendu parler et qui, pour la plupart, n’ont encore jamais rien sorti d’officiel. Il y a le Liquid Form du groupe Arc Light qui fait penser à de la sunshine pop revisitée par Koudlam, l’électro stridente d’Ajeeb qui fait l’effet d’un ongle crissant sur le tableau d’école, le groove mécanique de Punk Are Fags qui ramène aux eighties d’Alan McGee puis ce Bobby Beausoleil par Seventeen at this Time – avec à la guitare Paul du groupe psyché Dead Mantra – qui rappelle qu’un tube indie c’est quand même pas compliqué à écrire dès lors qu’on visse correctement les boulons du songwriting. Tout ce beau monde se balade sur la cassette comme une armée de touristes défoncés au LSD dans la basilique Saint-Pierre ; c’est à la fois pop, low-fi, bricolé et néanmoins effrayant de professionnalisme.
Avant de profiter d’ici quelques semaines d’une série de singles digitaux gratuits sobrement baptisés « Cheap Recordings [1] », il faudra encore plusieurs dizaines d’écoutes pour parvenir à trouver le chemin de cette mystérieuse cité d’orfèvre. Le mieux étant souvent l’ennemi du bien, et l’autoproduction souvent un supplice pour le curieux qui veut entendre, on se contentera de religieusement plier les genoux pour rendre hommage à ces démos précaires qui contrastent avec l’idée qu’on se faisait jusque-là de l’amateurisme.

Compilation LTM #1 // Disponible en cassette
http://www.leturcmecanique.org/  

LTM#1 Release Party à l’Espace B, le 5 juillet. Toutes les infos ici.


[1] Le premier est déjà sorti et disponible sur YouTube. Le titre, Jimmy, composé par Smiling Clown et enregistré sur un iPad avec une guitare folk, est absolument superbe. Rien à jeter, tout à prendre : http://www.youtube.com/watch?v=QyeZN8eM5mg

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