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CIVIL CIVIC PAIE (BIENTÔT) SON DISQUE

Pour financer son deuxième album, les mecs derrière Civil Civic, Aaron et Ben, ont demandé des sous à leurs fans, sur Internet. Pendant longtemps, les contributeurs sont restés avec bien peu de nouvelles de ce qu'ils avaient investis. Alors il était temps de leur demander des comptes.

Il y a quelques moyens de trouver des sous pour un second album, surtout quand le premier recueille un bon succès d’estime et permet de jouer partout en Europe sans discontinuer pendant deux ans. Il y a surtout des voies plus ou moins rapides. Civil Civic, adepte de la difficulté et des règles éthiques, a opté pour une solution plus risquée : chercher des mecs prêts à filer de la thune sur Internet, alors que le disque n’en était qu’à l’état de projet, et même de vague idée pas encore aboutie. Seulement, le succès d’un financement participatif n’assure pas le succès de l’entreprise. Depuis, il a fallu attendre que le disque se concrétise, avec une impatience à peine contenue, qui s’accompagne de questions.

Heureusement, il est enfin temps pour Civil Civic de répondre aux attentes. Le groupe le fait avec une vidéo pour le titre The Mirror [à découvrir ci-dessous en exclu] et quelques explications sur ce qu’ils ont fait pendant ces deux années de pause, en attendant le vrai coup de grâce : la sortie de « The Test », un album sombre fait pour danser dans les clubs les moins recommandables et les plus excitants.

Il y a deux ans, vous avez lancé un crowdfunding à hauteur de 4000 livres pour financer votre second album. Vous avez réussi à réunir cette somme (7024 £ exactement) et depuis… et bien, il y a eu deux ans. Que s’est-il passé ?

Aaron : On a fait l’album ! Cela a pris beaucoup de temps. C’est difficile de savoir combien de temps des choses comme celles-ci vont prendre, avant de le faire véritablement.

Ben : Nous vivons aussi dans deux villes différentes et nous étions assez occupés sur ces deux années. Aaron a produit deux albums à cette époque, pour The Drones et Standish/Carlyon.

A : Il y a eu quelques petits bouts de progression, qui se sont faits… lentement, au cours de ces deux années.

C’était difficile de trouver le temps de se réunir pour composer ?

A : Cela peut ralentir les choses un petit peu. Mais le plus difficile était d’écrire des morceaux. Après le premier album, nous voulions vraiment agrandir le spectre de ce que nous faisons et notre univers, tout en restant strict au niveau des « règles » que nous nous sommes fixés au départ, à savoir : faire quelque chose de simple, avec une boîte à rythme, que nous pouvons reproduire en live et uniquement des morceaux instrumentaux, évidemment.

B : Cet album a d’ailleurs différents rythmes. Le premier était surtout l’affaire d’un rythme unique et soutenu, plus ou moins. Cette fois-ci, même au sein d’un morceau, il y a des phases différentes, qui accélèrent et ralentissent l’ensemble… Sur cet album, nous avons fait à la fois notre morceau le plus rapide et le plus lent. Ce qui nous a pris du temps, c’était d’étendre le truc. C’était beaucoup plus dur à faire. Le premier était de la création pure, on définissait le genre de groupe que nous sommes.

: La véritable différence pour le premier album, c’est que tous les morceaux étaient déjà écrits et enregistrés. Less Unless est le premier morceau qui a fonctionné. Il a tourné sur les blogs assez tôt. Nous avons simplement réenregistré la basse et la guitare pour le rendre plus énergique sur l’album. Une partie du matos était déjà là. C’est allé plus vite. Là : il n’y avait rien, si ce n’est beaucoup de questions et peu de réponses.

: L’objectif était de plier les règles sans les rompre.

Quand vous avez commencé le crowfunding, vous étiez donc loin d’être prêts ?

A : Travailler tous les deux ensemble, cela nous coûte cher. Il y a l’avion à prendre, le temps en studio, etc. Le financement participatif a aidé, mais l’idée n’était pas de demander de l’argent quand l’album était prêt, simplement pour le mastériser. Nous avions besoin d’argent pour amorcer le processus de création… Nous n’avions clairement pas pensé que ça durerait deux ans. Nous avions sûrement l’idée que six mois plus tard, ce serait prêt. Mais bon… c’est simplement arrivé. Ce n’est probablement pas inhabituel de prendre autant de temps.

Et ce financement vous a donc « offert » et autorisé à prendre le temps ?

A : Cela nous a acheté du temps, littéralement. Surtout, avoir un tel soutien de la part de nos fans… C’est un énorme poids…

B : C’est à double-tranchant. D’un côté, nous avons pu prendre le temps. De l’autre, cela voulait dire que beaucoup de personnes disaient « OUI ! Faîtes-le ! » C’est autant de pression que de liberté.

Et vous craignez les réactions de ces fans maintenant ?

B : Non. Vraiment pas. C’est un bon album ! Il nous représente très bien.

A : Au final, c’est une des raisons qui expliquent le temps qu’il nous a fallu. ll fallait que nous pensions que cet album est bon. Si tu crois en ce que tu fais, tu t’en fous si quelqu’un te chie dessus. Tu ne comprends pas la critique. Si on pense que c’est bien : c’est bien.

B : Dans le même temps, nous avons tout fait pour que cela sonne comme du Civil Civic. Si tu aimes le premier album et que tu t’es dit « oh cet album est terrible, je vais participer au crowdfunding pour le deuxième », on pense que tu vas l’aimer car il sonne comme nous.

« Il y a plus de libertés sans label, c’est certain. »

Et pour avoir ce son qui vous représente, c’est plus simple en étant indépendant, sans label ni personne derrière pour dire quoi faire ?

B : Il y a plus de libertés sans label, c’est certain. Il n’y a pas d’agent pour chercher à influencer la direction que nous prenons.

A : En fait, nous avons notre propre label. On collabore désormais avec un distributeur, Believe, c’est pour qu’ils fassent les choses chiantes.

B : Tout ce pour quoi on était nuls.

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La première fois que vous êtes venus en Europe, vous aviez booké toutes les dates par vous-mêmes. Comment aviez-vous procédé ?

B : C’était principalement via Myspace et par email. Myspace existait encore à l’époque ! Mais c’était un cauchemar. Cela n’a jamais été fun à faire. On a rapidement délaissé l’idée pour laisser une agence, la Route du Rock booking, s’occuper de nous trouver des dates. Depuis, ils ont toujours été au top.

A : La Route du Rock a été très cool avec nous. Ils nous ont aidé également pour le premier album… et donc pour le deuxième. Pour faire du financement participatif, il faut que les gens soient au courant. Ils doivent vous connaître. La seule manière de le faire, c’est en tournant. Tu ne peux pas faire une demande de financement venue de nulle part, comme ça, sans connexion préalable.

Pour financer le premier album, vous aviez choisi une autre démarche en vendant des singles en édition limitée, c’est bien cela ?

A : Nous avons sorti un EP en cassette, et ensuite deux « singles » numérotés en 7′. Côté création, la tournée a aidé à plusieurs niveaux. Cela aide à travailler ce que l’on veut dire avec notre musique et à se rapprocher de son public, ainsi qu’à améliorer les morceaux… Parfois, en répétition, on pense avoir quelque chose de génial. En le jouant devant des gens, on ressent de suite ce qui ne va pas. C’est essentiel pour savoir.

B : Un public ne ment pas. Ca fonctionne ou ça ne fonctionne pas. Il ne va pas devenir enthousiaste pour vous faire plaisir. Cela permet de comprendre ce qui va et ce qui ne va pas.

Votre nom est Civil Civic. Au-delà du jeu de mot, il y a l’évocation de la citoyenneté qui transparaît. La démarche de financement participatif vous allait donc bien ?

B : Je suppose qu’il y a quelque chose de cet ordre-là. L’idée de la citoyenneté, ce n’est pas spécialement quelque chose à laquelle nous pensons, mais c’est une atmosphère que nous apprécions. On aime que les gens soient impliqués et qu’ils contribuent. Plus encore, nous voulons qu’ils contribuent. Et puis nous sommes des gens polis, civil, et nous croyons en la société, nous sommes civic.

A : La box [leur boîte à rythme, ndlr] est l’exception. Elle est très grossière.

B : La box est anarchiste.

A : C’est pourquoi elle n’est jamais invitée aux interviews.

B : C’est une alcoolique misanthrope.

Elle a posé quelques problèmes dernièrement ?

B : Il se passe toujours quelque chose avec elle pendant les tournées. Elle détruit les chambres d’hôtel et drague toutes les filles. C’est gênant.

A : Les mecs aussi.

B : Ouais ouais. Elle s’en fiche. Tu vois le genre.

Impliquer les gens, c’est quelque chose que vous aviez déjà fait en Australie ?

B : J’ai grandi dans une ville qui s’appelle Canberra, où il y a une communauté métal importante. C’est le seul truc underground qu’on y trouve. J’ai alors joué dans quelques groupes de métal, jusqu’à ce que je parte pour Melbourne, où la scène musicale est beaucoup plus grande. J’ai pu y faire d’autres choses. Mais cette époque, c’est celle avant l’Internet. Les mecs de la scène metal étaient très sérieux. Ils faisaient des échanges de cassettes ou de vinyles avec des gars du Japon, d’Europe ou des États-Unis. Ils écrivaient des lettres à une trentaine de personnes dans le monde entier pour avoir des nouveautés underground. Ils agissaient un peu comme des historiens, des archivistes. Cela m’a beaucoup appris sur la manière dont une scène fonctionne. Il n’y avait pas d’argent là-dedans. C’était un véritable engagement.

Et vous essayez de reproduire cet échange, cette implication dans votre manière d’approcher le monde de la musique ?

B : Je suppose qu’on apprécie… Mais ce genre de choses n’existe plus vraiment.

A : On est inspiré par cette approche. Disons que nous essayons d’avoir un lien direct avec les personnes qui le veulent. Plus il y a de personnes impliquées, plus le message est dilué et le rend faux.

B : Nous voulons aussi donner le sentiment que nous sommes accessibles. Sur scène, on se veut impressionnants, comme des acteurs pratiquement, mais pas distants. On est avec vous.

A : Nous sommes là pour la fête, nous aussi. On veut du bon temps.

Le but est de faire la fête ? Vous faîtes de la musique pour la fête ?

A : (en même temps) Une fête cool, ahah ! Un mélange des deux, mais pas un truc qui se veut cool, c’est ça le truc.

B : C’est une fête étrange où tu passes du bon temps, mais tu t’engueules avec ton meilleur ami. C’est un peu chelou, nul, tout en étant suffisamment dingue pour être mémorable. En fait, le truc et en tournant notamment, c’est qu’on se fait des amis avec nos concerts. Par exemple, la Route du Rock, c’est à la fois notre agence de booking et nos potes. Partout, on rencontre des gens sympas. C’est un bon sentiment d’avoir partout des gens qu’on apprécie. Alors quand on va plusieurs fois dans une ville, comme à Lille, on revoit du monde. Ce n’est qu’accolades et cris de joies. C’est une communauté.

A : On veut aimer notre public.

B : Et c’est important cette idée de groupe d’amis.

« C’est plus facile à créer en Europe qu’en Australie : il y a tellement plus de gens. »

Il est plus facile à créer en Europe qu’en Australie ?

A : Il y a tellement plus de gens.

B : Nous venons de Melbourne. La scène musicale y est fantastique. Mais ensuite… Tu joues partout dans Melbourne, tu fais un concert par mois, peut-être toutes les six semaines. Les gens en ont marre de toi. Alors tu roules vers Sidney : douze heures de route, pour un concert. Puis tu pars vers Brisbane : encore quatorze heures de route, un concert. Et tu rentres chez toi.

A : Tu as joué trois concerts en roulant 4000 kilomètres !

B : En 4000 kilomètres en Europe, tu peux jouer plein de concerts. Tu peux faire… 20 concerts.

A : Dans 20 pays.

B : Les conditions sont aussi meilleures. Il y a plus d’attentions, de la nourriture. En Australie, c’est impossible. Le modèle est plutôt américain : on te donne un pack de bières tièdes en te disant ‘Lève-toi et fais ton putain de truc‘.

La réaction à votre musique est la même partout ? Que ce soit en Italie, en France ou en Grande-Bretagne…

A : C’est un peu différent dans chaque pays. Par exemple, les Italiens comprennent vraiment bien ce que nous faisons.

B : Il y a surtout une différence entre les villes. Nous avons toujours eu un bon moment à Göteborg, moins à Stockholm. En Allemagne, on a notre ville préférée : Bamberg (en Bavière, ndlr). Nous avons joué cinq fois là-bas alors que c’est une petite ville. À chaque fois c’est un super concert. Par contre, à Munich, c’était nul. C’est étrange les endroits où ça fonctionne.

A : On trouve « nos » gens dans les endroits les plus bizarres.

http://civilcivic.com/

En tournée française à l’automne : 

22.10 Rouen – Le 106 – TICKETS
05.11 Besançon – Passagers du Zinc
15.11 Lyon – Le Sonic
18.11 Metz – Musiques Volantes
19.11 La Roche sur Yon – Fuzz Yon
22.11 Bordeaux – Iboat
23.11 Paris – Point Ephémère
24.11 Rennes – 1988 Club / Condominium

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