Missionnés par un label de Minneapolis pour imaginer un album de Library Music qui ‘’ressuscite l’esprit de la fin des années 70’’, les zinzins de Leisure Birds ont décidé d’attacher leurs ceintures pour composer ‘’Zoom Lens’’, un retour vers le futur qui sent bon les cristaux liquides et les synthés du sous-sol d’entreprise. Ecoute en exclu avant de partir bosser avec votre sacoche en cuir à la COGIFRAP.

Ca y est, c’est officiel : 2016 devrait être l’année de la Library Music. Ou son retour plutôt. Après le succès du deuxième volume de ‘Cosmic Machine’ compilé par Uncle O et la renaissance du mythique label Tele Music, c’est maintenant au tour d’Américains bercés trop près du mur au son de KPM de se frotter aux sons d’époque quand, à la jointure entre fin des seventies et début des eighties, documentaires et films institutionnels étaient diffusés avec des bande-son composées par des geeks puceaux qui rêvaient dans leurs caves d’un futur où les seins seraient en trois dimensions et les groupies fans de groupes à synthé.

Si l’on s’en tient à la mort des catogans et à l’avènement de la réalité augmentée, cette heure semble bien arrivée. Sur la ligne de départ depuis la sortie de son disque ‘Tetrahedron’’ en 2014, Leisure Birds ne s’attendait pourtant pas à recevoir cet email en novembre dernier : « Ca venait d’un label de Minneapolis, Black Label Music confirme Jake Luck. L’objet du mail c’était Est-ce que vous êtes capable de faire ça ? J’ai ouvert l’email en question, et il y avait un lien vers cette vidéo »

Ladite vidéo n’a rien d’anodin. JC Pierric a fait ses classes dans les sous-sols jazz de Saint-Germain-des-Près et y a fait la connaissance, notamment, de Boris Vian. Fin des années 60, faute d’avoir rencontré le succès, il se tourne vers la musique d’illustration et devient l’un des pionniers de la Library Music à la française avec des jingles pour des pubs pour Le thon c’est bon, Cajoline, Yoplait. On lui doit également le générique de Sept sur Sept. Trente-six plus tard, des Américains nostalgiques de cette ère de grandeur synthétique décident de rendre indirectement hommage à Anne Sinclair en demandant à Leisure Birds de refaire un disque à la manière de. Et c’est ainsi que naît  ‘Zoom Lens’, un disque à triple focale, sorte de Hubble du chelou qui, en plus d’être un excellent exercice de (re)création, parvient à pasticher avec talent le programme imaginé par Nicolas et Bruno pour Canal + en 1998, Message à caractère informatif.

Aussi sûr qu’on n’emmène pas sa moutarde à Dijon, Leisure Birds a donc ressorti les claviers d’époque pour ce qui pourrait tout aussi bien illustrer un documentaire sur les oiseaux qu’un séminaire d’assureurs à Synthé-les-Mines. « C’est vraiment un projet étrange et atypique rajoute Jake. Je ne suis pas certain que le terme Library Music soit redevenu hype, mais c’est précisément ce que Black Label fait depuis des années ». Bon alors, à quoi ressemble précisément ‘Zoom Lens’ ? « Je suppose que c’est une vision idéalisée et un peu approximative de cette époque. Appelons ça un simulacre ». Si l’on s’en réfère à Wikipedia, un simulacre désigne « une apparence qui ne renvoie à aucune réalité sous-jacente, et prétend valoir pour cette réalité elle-même ». Dans le cas de ‘Zoom Lens’, parlons plutôt d’une loupe grossissante qui permet de remettre sous les yeux tout un pan de culture oubliée.

Souvent utilisé à tort et à travers, le terme « rétro-futuriste » trouve ici son plein emploi. Ce sont les années Minitel qui rejaillissent, et avec elles, une partie de ce monde pré-internet. A l’image de la page merchandising des Daft Punk détournant – brillamment, il faut bien le dire – les publicités des 70’s pour écouler leurs goodies fabriqués en Chine, Leisure Birds pioche dans la grande marmite du souvenir pour en inspirer d’autres. Dispensable pour certains, génial pour d’autres, un bel exercice de team building qui prouve surtout que les ponts existent entre les décennies : « Quand on a commencé à bosser sur ‘Zoom Lens’, on avait plein d’images qui nous sont passées par la tête, et notamment celles du catalogue Libary de Bruton, qui semble former un monde parallèle au notre, mais avec quelques différences notoires. Voici ma préférée ». Vivement recommandé à ceux qui ne connaissent pas encore Brian Bennett, Francis Monkman et ces cosmonautes coincés dans le labyrinthe du temps.

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