Quarante minutes après avoir chargé des lapins blancs dans mon iTunes, je tombe subitement amoureux de ce Bugs Bunny band. What’s up, doc ?

A force de déblatérer sur des trucs vendus à cent quarante-six exemplaires qui n’intéressent qu’une poignée d’intégristes prêts à occire le moindre truc mainstream sous prétexte que la qualité c’est la qualité, on devient snob. D’abord sans s’en apercevoir. Ensuite, pour peu qu’on l’assume, on en est fier. Enfin on se construit une tour d’ivoire d’où on jette de l’huile bouillante sur:

–  Coldplay et leurs BO des amours de cadres sup biberonnés aux bluettes de séries TV et de blockbusters matés le samedi soir après un dernier check sur le compte pour s’assurer que la traite de la maison est bien passée,

– ces bouffeurs de caribou d’Arcade Fire et leurs tracks pompiers avec des « lalalala » à tout bout de champ en guise d’étendard indie,

– la bouche à Lana Del Rey (du cul, bin ouais, c’est vulgaire mais j’en ai rien à foutre, j’écris dans Gonzaï, môssieur, je suis l’antéchrist de l’antihype)

– l’arnaque Chairlift, parce que ça permet au passage de dire du mal de Pitchfork. Bref on se sent tout puissant parce qu’on couche avec la reine du bon goût depuis si longtemps. On est bien con, quoi.

Alors le hasard, tel un substitut de Dieu qui a pris une RTT pour mettre son compte Spotify à jour, vient s’en mêler.

Le doigt ripe, on clique sur le mauvais dossier. Le nom White Rabbits apparaît à l’écran. Madame est en voyage d’affaire, on a la fièvre et on s’emmerde au point d’essayer de regarder les Victoires de la musique mais le hasard en a décidément décidé autrement : l’adaptateur TNT déconne, le direct sur France2.fr aussi, on va chercher bonheur sur le web. On croit charger The Experimental Tropical Blues Band, parce que ça c’est du rock, du vrai, du sans compromis et du défendable par l’élite. Et puis on se retrouve avec « Milk Famous » à la place. On vient encore de perdre à Mario Kart sur la 3DS qu’on a piqué  aux enfants;  ce samedi soir sent de plus en plus la lose alors on lance le disque, tandis que sur l’écran TV balbutiant, des footballeurs plein de boue se battent pour gagner la Jupiler league. Rester snob dans ces conditions, c’est une gageure, vraiment. Je crois que le moment est venu de rendre les armes.

Chronique sous Fervex©, la main sur le sopalin (nan mais arrêtez, c’est pour mon rhume, bande de moqueurs) et les oreilles dans la cage à lapins.

Les trente secondes wiki : les White Rabbits sont six, font apparemment de l’indie rock, habitent à Brooklyn, ce qui est mieux qu’à Deuxboul (prenez le temps de savourer cette blague pourrie, on a le temps), ont sorti leur premier disque, « Fort Nightly », en 2007 et « Milk Famous » est leur troisième galette. Ce qui permet de parler de celui du milieu comme de leur deuxième album, puisque maintenant qu’il y en a un troisième, le deuxième n’est plus second. Mais comment ça vous n’en avez rien à foutre de mes explications grammaticalo sémantiques ? Non mais attendez, la langue française, c’est pas d’la merde, comme m’a dit un jour le petit Robert. Et puis bavasser 3359 signes sur un groupe sans avoir encore vraiment parlé de leur musique, avouez que c’est bien gonzo. Kess qu’on est malins chez Gonzaï. Et puis érudits, aussi. Je vais me pignoler et je reviens vous causer musique.

Trois yargla plus tard, Heavy Metal me refile direct la banane : un truc sexy et vicieux, du glam rock de trottoir à s’en déboîter les hanches tout en claquant des doigts. Le petit gimmick de je-sais-pas-quoi en guise de fil rouge me rentre dans les oreilles sans avoir demandé l’autorisation, les guitares giclent en jets net et précis, la ligne de basse agite son 95-D sous mes yeux et je réintègre bien malgré moi le mot « mainstream » à mon vocabulaire. Il reste dix morceaux et j’ai déjà refait splouch.

J’en suis encore à me demander si ce truc n’est pas en train de me prendre pour un con qu’I’m Not Me déboule. Des coups de piano comme des coups de hache, une guitare-tronçonneuse mais rose, un refrain très Beatles décryogénisés de frais, avec les accords de basse et tout et tout.  Je tente un « sus à MTV » beuglé bien fort et mon fils passe la tête à la porte pour m’engueuler de l’avoir réveillé. Il ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Et retourne se coucher en se frottant les yeux. Les enfants ne comprennent rien aux choses sérieuses. Anyway, il ferme la porte  au moment où Hold It To The Fire m’ouvre la tronche : c’est décidé, je n’écouterais plus jamais Radiohead. Je jure woulah. Ces mecs sont IN-CROY-ABLES. Ils sont bons pour régner sur le monde. Je regarde mon snobisme agoniser sur l’oreiller et suis à deux doigts de décider d’acheter le CD. A la FNAC. Je reprends un fervex© pour tenter de reprendre mes esprits. Compréhensifs, les White Rabbits me balancent Everyone Can’t Be Confused. Merci les gars. Piano qui dégringole dans l’escalier, mélodies en escalator, refrains de climax de série TV, section rythmique bien serrée autour de la nuque : je vomis vingt ans de culture indie avec le sourire. Et me met à danser sur Temporary, en faisant du air guitar comme quand on a quatorze ans. Demain, c’est sûr, je suis viré. Adieu Gonzaï, je suis passé de l’autre côté, je mérite le bannissement, je n’ai aucune excuse. Je tente un « tiens, on dirait du Garbage » qui ne trompe personne et je commence à rédiger ma lettre de démission. En hochant la tête comme une adolescente sur Are You Free.

Les expérimentations de It’s Frightening me redonnent espoir. Ca ne durera que 2’51.

Pourquoi ? Because Danny Come Inside avec sa basse foreuse, sa prod paillettes et ses guitares plus sexy que jamais. Parce que ce truc prend feu mesure après mesure, parce qu’une chanson au galop sur des rails, ça permet de regarder le paysage, parce que la basse est so nineties et qu’à cette époque j’avais les cheveux longs et si je me doute bien que vous n’en avez rien à foutre, que si c’est un détail pour vous, pour moi ça veut dire beaucoup. Je me relis. Une métaphore France Gall. C’est le point Godwin de la chronique gonzo.

Des mièvreries de Back For More, je préfère encore rien dire.  J’ai ma dignité quand même.

De The Day You Won The War, je concèderai des compliments à : la mélodie, aux guitares pompiers, à la voix plus catchy tu meurs, aux refrains plus catchy tu meurs itou, à la batterie du feu de dieu, au tout de ressembler à une version dopée à l’hélium d’I’m Waiting For My Man. Je concède à peu près tout. Oui.

Le disque se ferme sur I Had It Coming. Ca me fait penser à Cure période Head On The Door et ça tombe bien parce qu’après un tel retournement de veste, des montées à 39°C et une telle fessée dans les oreilles, j’ai un peu la coupe à Robert Smith. Ou au chef de la tour de contrôle à la fin de Y a-t-il un pilote dans l’avion ?. Le chanteur me fait aussi penser à John Lennon,  t’imagine ?

Le disque terminé, je finis par m’endormir, vaincu et heureux. Sur l’écran de la télé restée allumé, des Belges n’en finissent plus de marquer des buts sous la pluie. Un peu partout dans le stade, des panneaux font la retape pour la Jupiler league.

White Rabbits // Milk Famous // Mute (Naïve)
http://www.myspace.com/whiterabbits 

20 commentaires

  1. Bon bah, je vais tenter de le réécouter sérieusement, j’ai pas accroché du tout à la première écoute, je dois franchement avoir mauvais goût.

    En tous cas, la chronique est top, je m’y recolle.

  2. Super chronique qui me donne envie de réécouter la chose, je n’ai pas forcément accroché à la première écoute (je n’avais pas de fièvre)

  3. Ca aide pour y succomber, je te l’accorde. A réécouter très fort. Sinon, musicalement, en trois mois, 2012 a fait mieux que 2011.

  4. Ah bon ? Curieux comme je ne ressens pas du tout la même chose, au contraire, enfin je ne compare pas forcément 2011 à 2012. Je trouve tout pauvre en ce moment. Faut que je fasse une pause certainement.

  5. Là j’écoute Temporary, c’est top, chui devant la glace avec ma vieille applause en bandoulière ! Putain je viens de monter à 39 de fièvre, faut que je me calme …

  6. Je n’ai pas compris la blague sur Deuxboule et Brooklyn ( je ne mérite plus d’aller sur Gonzai !)
    En tout cas supere chronique, et ces Whites Rabbits m’ont fait rentrer dans leur terrier en deux accords ! J’AIME CE SITE BORDEL !

  7. Théo : enfin voyons : « Ils Habitent à Brooklyn / « Habitent àDeuxboule. Avec une blague pareille, moi non plus je ne mérite plus de venir ici, ceci dit.

  8. Oh là, c’est super bien les White Rabbits ! aussi bien que ce papier m’a bien fait rire !
    (peut-être que si t’avais mis ‘Fleury’ ou ‘à 30kms de Tours’ la blague aurait été plus immédiate ,)

  9. Je viens d’écouter l’album, c’est vraiment pas mal! Peut-être un peu trop baroque avec un manque d’énergie propre aux productions électro-pop souvent françaises des early 2000’s, une profusion d’idées parfois vaine mais assez étonnante qui provoque une adhésion relative, mais en live ça doit bien fonctionner. Jolie découverte. 6.5/10.

  10. Y a quand même pas grand-chose d’électro là-dedans, je trouve. Et ça s’apprécie au fur et à mesure des écoutes, comme disait J. E. Hoover. Et puis quelle basse, nom de dieu !

  11. Honnêtement,je n’ai pas spécialement accroché à l’écoute de ce morceau mais je suis ensuite tombé sur des versions live de »Midnight and i »et de They Done Wrong/we Done Wrong (TenthRow Concerts) et j’ai changé d’avis:gros potentiel sur scène et section rythmique incroyable,si le leader encore jeune muscle un peu sa voix et que le groupe ose des morceaux plus longs 6/7 minutes (ils savent faire des breaks sans que ce soient des astuces à deux balles pour allonger artificiellement leurs morceaux,chose rare(comme les arrangements vocaux où trois types chantent juste),ils peuvent devenir un très bon groupe,de ceux que l’on peut réécouter dix ans plus tard sans se demander ce qui nous a pris à ce moment là

  12. Pour le p’tit plus, concernant le fait que 2012 soit nettement supérieur à 2011, on est totalement sur la même longueur d’ondes !

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