Un blaze à finir en digipack deluxe collector dans la vitrine de Colette, un son vintage à traîner ses talons aiguilles sur les podiums des fashion weeks, coké de frais, un producteur mi cool mi hype (Pilooski), des débuts prometteurs parce qu’identité sonore forte, une suite dans le fog, parce que branchitude attendant à la porte, une release party en grande pompe au Nouveau Casino à la fin du mois et une question collée au bouton loop : et si Tristesse Contemporaine, c’était juste the XX avec quelques années de plus ?

Mise en situation

Bret Easton Ellis n’a jamais fait mieux que Moins que zéro.

Pour bien comprendre la bascule fin de siècle/début de XXIe, en matière de création, merci de vous pencher sur le cas Frédéric Beigbeder. Ne vous penchez pas trop quand même, vous risqueriez de vous faire enculer. Mais avec le sourire, hein. C’est sa marque de fabrique, à Fredo.

La basse Fender Precision est le premier modèle de basse électrique, créée en 1951 par Leo Fender. Tristesse Contemporaine utilise la série-L de 1965.

The XX c’était bien parce que ses membres sont jeunes.

Le retour des synthés c’était bien parce que ça sonnait vieux. Pour bien saisir le poids des eighties sur les décennies qui ont suivi, merci de relire la première ligne de cette mise en situation.

Depuis les années quatre-vingt-dix, tout le monde tente de fabriquer un pont entre club et rock. Rien de tel qu’un terrain balisé pour étaler sa tristesse sous les yeux de ses contemporains.

Plus personne ne croit en rien. Ouin ouin.

Tout le monde a envie d’émotions fortes. Enfin pas trop non plus, hein. No shirts no shoes, c’est plus douloureux que de se faire pointer au Baron. Une histoire de clubs, en somme.

Aujourd’hui, les publicités sont plus émouvantes que n’importe quel climax de n’importe quel film français.

Demain n’a jamais été aussi loin. Ouin ouin again.

Parlons peu, parlons de moi

J’ai découvert Tristesse Contemporaine avant vous, c’est tout, voilà, on va pas en faire un fromage. Parce qu’avant que Pilooski ne s’installe derrière la console de son et produise leur premier LP, un autre frenchy avait eu le nez creux : Danton Eeprom avait signé leur premier EP sur Fondation, son label. C’était il y a deux ans – uneeeeee éterrrrrrrnité – et même que j’avais failli assister aux sessions d’enregistrement de 51 Ways To Leave Your Lover, à Londres. Et puis non. Et puis ils ont quitté Fondation. Et puis je m’étais quand même dit qu’on tenait là un truc ayant du chien, que c’était – enfin – le pont idéal entre club et rock, parce que James Murphy m’avait toujours un peu gonflé et que cette ligne de basse, c’était quand même pas de la merde ; parce que leur façon d’habiller la nuit avait la classe, quoi. Je m’étais promis de suivre tout ça avec attention. Et puis le temps a passé, comme on dit dans les livres, je n’ai plus vécu qu’exclusivement le jour et j’ai commencé à compter mes cheveux blancs. Tu parles d’une vie en rock.

Chronique disque

Craquements du cuir des banquettes, verre brisé et glaçons tombant sur la moquette au ralenti avec des lumières rouges en fond, mini torrent de rimmel sur les joues, cheveux laqués en bataille, stroboscope branché sur un ampli Marshall, talons aiguilles résonnant fort et vite sur le trottoir, portière qui claque, solo de smartphone, tweets customisés, craquements du cuir des banquettes de taxi, larmes calibrées, larmes au compte-goutte, larmes alarme et incendie de poche, pantalon coupe droite, taille 42, boots en cuir noir à boucles, pochon vide et mémoire pleine, néons de la ville en tachycardie, suffocation calibrée, souffle coupé à l’hydroxyzine, malaise de fin de soirée et beat en rouleaux compressés, rétroviseur, feux rouges, feux verts, feux rouges, feux verts, les règles de ce jeu se modifient au fur et à mesure qu’on y joue.

Adieu Tristesse

Jouir ici et maintenant, avec ce rictus au milieu de la figure que les miroirs, tôt ou tard, déformeront. Décliner l’inclinaison au cynisme, être triste ici et maintenant, sous les néons rouges, faire mine d’oublier que le bout du tunnel n’a pas de bout. Danser au milieu de ses contemporains, du TNT plein les poches, la mémoire froissée, le détonateur resté au vestiaire et Priscilla qui commande sa douzième vodka pomme. Les larmes enfin séchées, ne plus avoir peur de sourire : le temps en fera des grimaces. Ou pas.

Tristesse Contemporaine // Tristesse Contemporaine // Pschent
Release party au Nouveau Casino, le 22 mars. Gratuit. Ne prends pas de drogues, c’est mal.

 http://www.myspace.com/tristessecontemporaine


Tristesse Contemporaine – I Didn’t Know par TristesseContemporaine

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8 commentaires

  1. @ Madonna Summer : ah ! ah !. Quouahh, kess kya, l’est pas claire, ma kronik ? N’empêche, j’avais vu juste : TC en BO du défilé Chanel, hein. Et vive les fashion party dépressives.

  2. Non non non. Bret à fait beaucoup mieux que moins que zéro, il a écrit American Psycho, Glamorama et Lunar Park qui sont tous, de différentes manières, supérieur à moins que zéro.
    Moins que zero c’est un putain d’Attrape coeur certes, mais bon et alors… Un écrivain ce n’est pas quelqu’un qui fait un buzz sur la préemption d’un segment de marché littéraire, un écrivain, et à fortiori un écrivain américain, c’est de l’écriture, du style, de la construction, de la destruction.
    Bordel !

  3. @ William : American Psycho, c’est mortel (wouarf !) mais à choisir, je préfère le vide intersidéral de son premier roman. Quant à Glamorama, ça ne manque pas d’ambition, les scènes de cul sont terribles mais bon, moins de surprises. Quant à Lunar Park, je le trouve raté. Un script de cinoche, du sous Stephen King, on frissonne moyen, quouahhh. Et puisqu’on y est, le dernier est un vrai foutage de gueule où B. E. Ellis respecte paresseusement son cahier des charges : triste.
    @ Ana : muchas gracias.

  4. J’ai trouvé Lunar Park très drôle, BEE dans un pavillon avec des enfants, enfin le sujet me touchait plus que Moins que Zero ou American Psycho. C’est une oeuvre, il écrit une comédie humaine mine de rien le garçon ; l’adolescence (moins que zero), les études (les lois de l’attraction) puis le monde professionnel, le monde de la nuit et donc enfin le pavillon. J’aime bien sa trajectoire.

  5. @ Vernon : Je suis assez d’accord sur l’échec total de son dernier truc, et je comprend que tu sois plus ou moins sensible à certains sujets plutôt qu’à d’autres, mais quand même, me dis pas que tu lis Lunar Park en fonction de son intrigue? Parce que ma remarque c’est justement cela, qu’un écrivain ce n’est pas un scénariste. La supériorité des romans suivant c’est justement la montée d’une puissance de style, de construction, les confettis dans Glamorama, les premières pages de Lunar Park qui, par ailleurs, je rejoins, SB est vraiment très drôle. Et putain la moquette pousse dans sa maison, en quarante ans de carrière je ne suis pas certain que Stephen King ai eu une aussi bonne idée. Dans Shining des buissons en formes d’animaux prennent vie… Relis, relis, tu verras.

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