J.C. Satàn aura mis huit ans à devenir cette machine de guerre où explorations de studio riment avec explosion scénique. Non pas que les disques qui précèdent « Centaur Desire » soient à jeter, au contraire : ils dessinent, sinon une carrière, du moins une vie dédiée au rock’n’roll. En France, ça n’est pas donné à tout le monde.

Il existe deux genres de fans : ceux des débuts, et ceux qui prennent le train en marche. L’auteur de ces lignes appartient à la seconde catégorie. Jamais écouté les Bordelais avant leur quatrième album (« J.C. Satàn », 2015) qui a instantanément dévasté mes oreilles. Beau boucan, disto alambiquée, chant parfois en italien brouillant l’écoute, tube surprise planqué sous les kilowatts, du Queens of the Stone Age d’autoroutes Sanef défouraillé par des Frenchies tatoués de partout : il n’en fallait pas plus pour que je prenne ma carte au fan club. Grand classique des épiphanies électriques à rebours : je pensais rejoindre la foule. J’avais encore oublié que je vivais en France.

Satané pays de cons

J.C. Satàn se débrouille, mais c’est pas la folie, comme j’allais l’apprendre en passant quarante-cinq minutes au téléphone avec Arthur, l’homme-studio du crew Satàn. Même signé chez LE label indé français, Born Bad Records, il arrive encore aux J.C. Satànistes d’être fauchés. Satané pays de cons. De toute façon, depuis leurs débuts, l’enjeu n’est pas là : « L’idée de gagner sa vie avec sa musique, c’est une erreur. On n’est pas intermittents, on est complètement fauchés. Quand t’es musicien, tu fais de la musique, quoi qu’il arrive. » Ce serait même une bénédiction, pour les Satàn : « Ne pas voir les moyens, ça oblige à se bouger le cul, ça nourrit. La frustration qui va avec, je trouve ça presque sain. On s’est jamais posé la question de si on allait gagner de l’argent. » Arthur le concède bien volontiers : « Là, c’est un peu la merde. Mais ça dépend de la manière dont on voit les choses. On aurait pu faire des concessions, on serait encore intermittents. » La tournée qui s’annonce devrait changer les choses, mais peu importe. « C’est très bien, l’intermittence, mais c’est un monde de merde. Ça te force à prendre un rythme qui n’est pas forcément le tien. C’est important de prendre le temps dont tu as besoin. »

« Ça fait cinq, six ans qu’on se fout de la gueule des gens avec des bruits d’ordi. »

Résultat, huit ans après leurs débuts, et trois ans après leur dernier LP, ils ouvrent leur nouveau disque avec LE top départ de tout bon disque de rock : quatre coups de baguettes de batterie l’une contre l’autre. Arthur rigole, et savoure le changement : « Ça fait cinq, six ans qu’on se fout de la gueule des gens avec des bruits d’ordi. » Un temps à présent révolu. Sur « Centaur Desire », ils ont sorti la grosse prod, mue déjà entamée sur le précédent disque. « Ça fait trop du bien de plus avoir une boîte à rythmes. On pensait pas les laisser, mais ça me faisait trop plaisir, ce truc. » L’enthousiasme n’est pas feint. Et on le partage. Cette introduction donne le ton à ce qui va suivre : des chansons rock avec un son ÉNORME. Au revoir l’étiquette garage, bonjour les arrangements chelous au service de – attention gros mot – mélodies. Tordues, psyché, bruyantes, tout ce que vous voulez, mais des mélodies. Ne jamais oublier le rêve de tout fan de binaire : siffloter des riffs de guitares en se tapant la tête contre les murs.

La mue évoquée plus haut a son importance. Les fans de la première heure le savent mieux que moi : J.C. Satàn a fait du chemin. « Les premières tournées, on était nuls à chier. On sait ce qu’on ne vaut pas. C’est un groupe où Romain a appris à jouer du clavier, Paula, à chanter. C’est aussi pour ça qu’on est très bien dans ce groupe : on s’est développé ensemble. On sait aussi que ça pourrait s’arrêter. » Arrivé là, on n’aimerait autant pas. Là, c’est une capacité à sonner aussi bien que n’importe quelle pointure américaine, tout en ne singeant personne. Le néo fan, fainéant et impatient se demande pourquoi ils n’ont pas pris ce virage plus vite ? « C’est une histoire de patience, et de moyens. Jamais je n’aurais voulu perdre le peu d’argent qu’on a gagné pour aller en studio, raconte Arthur. Il y a beaucoup de groupes qui font l’erreur d’aller en studio tout de suite. Là, quand on a eu les moyens d’enregistrer correctement, on avait l’expérience. Je trouve que ça crédibilise la musique, en termes de chansons, auprès de ton auditoire… Un groupe dont on sent qu’il a forgé un son. »

QOTSA & CO

Un son que ne renierait pas un Josh Homme et ses Queens of the Stone Age. Arthur acquiesce bien volontiers. « J’ai adoré les trois premiers albums, et les “Desert sessions”, surtout. » Une influence remontée à la surface après presque dix ans à se faire un nom dans le rock indé français. « T’es tellement fasciné par ça, tu fais que ça, je m’étais éloigné de trucs plus mainstream, notamment des 90’s, des trucs beaucoup moins garage. Ça m’est revenu. » Au point d’écrire un tube comme Drink Dope & Debauchery ? « Il est super pop, oui, très mélodique. On a fait exprès d’aller plus loin dans les arrangements pop, on s’est amusé un peu dessus. » Le guitariste laisse passer quelques secondes. « Oui, j’aimerais que ce soit un tube, il a un côté très doux. On verra… Faudrait faire un clip dessus (sourire). »

“Je déteste les groupes qui reproduisent leur disque sur scène à l’identique, c’est chiant.”

Que les fans de la première heure se rassurent : J.C. Satàn a beau avoir des ambitions de studio, en concert, ce sera toujours la guerre : « Sur scène, on va dépouiller la musique pour la faire exploser. Le disque, c’est là où on amène nos idées, mais après, on n’a pas les moyens de les mettre sur scène. » Lucide, Arthur va même plus loin. « Je déteste les groupes qui reproduisent leur disque sur scène à l’identique, c’est chiant. Parfois, on va complètement changer des parties pour que ça marche pour le live. » Du coup, certains titres ne sont pas joués sur scène. Là où ça compte. Et tant pis pour les pains, les ratés, le chant à côté, arrivés face au public : « C’est là où les groupes comptent : ils doivent être meilleurs dans le sens où les défauts deviennent des qualités. » Le seul but ? « Comment tu fais pour rendre tout ça dément, que les gens se disent “Oh, mais c’est quoi cette avalanche ?”  » Un poncif ? Non, une profession de foi. Celle de J.C. Satàn mérite bien plus qu’un respect poli : une adhésion corps et âme. Enfin, si le rock veut encore dire quelque chose pour vous. Nous, on dit thank you J.C. Satàn.

J.C. Satàn // Centaur Desire // Born Bad Records
Release party le 11 avril, à la Maroquinerie

https://www.jcsatan.com/

6 commentaires

  1. punaise le baron de romainville insiste avec cette bouse de vache de JC satan,vu en live il y a deux ans ce groupe est épouvantable,en live ce soir la sa sonné plus comme du mauvais grunge que du garage rock,,et puis le mec de jc satan dans le docu sur les 10 ans de born bad avec sa bouteille de jack daniels en backstage ,punaise au secours que des clichets de rock n roll enfilé comme des perles dans l’anus d’une petasse de chaturbate ,JC satan C’EST POUR LE COUP VRAIMENT DE LA MERDE EN BARRE 78 CARATS

  2. n’importe quoi ! c’est le meilleur truc qu’un groupe de rock français ait sorti depuis… toujours en fait ! puis les remarques sur le look c’est pas très constructif on est pas à la star académy là ! c quoi le problème? qu’un groupe qui vienne du garage ait des ambitions pop ? c’est un gros mot c’est ça ? c’est triste le sectarisme français en matière de musique.

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