Des cowboys belges, deux ricains cinglés, un talentueux chanteur français et un projet solo plus intéressant que toute la discographie du groupe dont l’auteur s’est échappé : dans un monde globalisant et réducteur, un telex review international où seul le détail compte s’imposait.

Balthazar : Eloge de la lenteur

balthazar-thin-walls-albumDevenu fan sur la foi d’un seul titre – The Oldest of Sisters -, le fan transi de dEUS que je suis avait placé beaucoup d’espoir sur Balthazar. Espoirs déçus, disons-le tout de suite. Changer de dealer parce que le précédent a baissé en qualité fonctionne rarement, même s’ils sont voisins (coucou la Belgique). Déçu, donc, mais pas résigné. Car tout ça était affaire de deuil, soyons francs : il n’est pas facile d’enterrer sa jeunesse au son des mièvreries accouchées par ses héros d’hier. J’en étais là quand Balthazar a remis ça. Toujours pas de larsens fous, mais une singularité, une vraie. Et des chansons écrites pour le palpitant, plutôt que pour les trajets en auto où baisser la garde finit toujours pas arriver – la fatigue, le quotidien, les angles morts à surveiller, la baisse des taux d’intérêt et la montée du FN. “Thin Walls” est un bon disque. Avec quelques temps faibles et au moins trois raisons de se pignoler, l’autre main restant sur le volant : Decency, Wait Any Longer et True Love. La première est un tube chelou, la deuxième a la langueur d’un coucher de soleil qui ne viendra jamais, la troisième, la puissance d’une BO juste avant le duel final d’un western pas vraiment au soleil. Pour être tout à fait clair, si Balthazar était un joueur de foot, ce serait un 10 à l’ancienne. Lent mais créatif. Du genre à te faire gagner le match. Ou ne pas comprendre pourquoi tu as perdu.

Balthazar // Thin Walls // Pias

Alister : demain, c’est loin

200x200-000000-80-0-0Rappel des épisodes précédents : en 2008, un talentueux auteur-compositeur-interprète relève le niveau de la chanson française avec un disque quasi parfait. « Aucun mal ne vous sera fait » est un modèle d’écriture, en ce sens où, malgré les ressemblances, on n’avait jamais entendu ça ailleurs. Les guitares sonnent comme des guitares et pas comme le semblant de fil mélodique qui a fait les beaux jours de Renaud Letang, on s’y marre, on y enchaîne les tournées pour oublier que ça fume sous les cheveux longs, on y découvre des magazines touristiques qui ont pris la place de l’être aimé parti sous d’autres cieux, bref, les comparaisons avec Dutronc sont bien trop réductrices. Il aurait également fallu évoquer Pierre Vassiliu. Mais bon. Trois ans plus tard, Alister fout de l’électro dans son songwriting et c’est moins bien. La tournée qui doit suivre se transforme en pétard mouillé et Christophe Ernault, de son vrai nom, met tout ce qu’il a dans Schnock, qui marche beaucoup mieux que « Double Détente ». On ne peut pas gagner à tous les coups. Manquait tout de même la fin du triptyque : après la distance ironique fondatrice, et l’ambition accouchant d’un disque ayant raté son rendez-vous avec le public, il fallait une conclusion. Alister a fait les quatre premier pas, en attendant le LP, annoncé ce printemps. « Avant/Après » n’est plus aussi drôle qu’à ses débuts, mais vaut son pesant de cacahuètes, pour peu que vous soyez sensibles à l’étrange alchimie qui fait dire qu’on adore un morceau sans être tout à fait capable de dire pourquoi. A cet égard, Cathédrale est un modèle du genre. Suffisant pour rattraper le temps perdu et les rendez-vous manqués ? Demain, c’est – encore – loin. Mais Alister se rapproche.

Alister // Avant/Après (EP) // Autoproduction

Will Butler : dans la série des frères, je prends le plus doué

10_700_700_willbutler_policy_mini_2500pxArcade Fire, groupe surestimé qui a toujours sonné trop 80’s et surtout, trop creux, possédait un secret bien gardé : le frère du patron. Aussi mal coiffé que Win, Will met la fessée à son aîné en seul disque : les vingt-huit minutes de son « Policy » enfoncent toutes les boursouflures pondues par la maison mère (mention spéciale à « Reflektor », cette coquille vide surproduite vendue comme une corne d’abondance). Le garçon a le sens de la concision, sait composer du rock pied au plancher pas révolutionnaire mais foutrement efficace (Take My Side, What I Want) et lever la semelle pour mettre des coups de latte dans le palpitant avec trois notes de piano (Sing to Me et le renversant Finish What I Started). Gloire soit donc rendue à Arcade Fire, sans qui on n’aurait jamais entendu parler d’un LP qui a sa place dans toutes les discothèques, de l’auditeur feignant au mélomane exigeant. Si on m’avait dit un jour que je dirais du bien d’Arcade sourcilière en feu…

Will Butler // Policy // Merge Records

Lightning Bolt : Attachez vos ceintures

7fb6b99cPutain, vingt ans. Deux décennies à fourailler dans le cérumen des imprudents étant allés se frotter à Lightning Bolt en concert sans une paire de bouchons d’oreilles. Un batteur avec un masque, sous lequel se planque un micro dans lequel il passe son temps à hurler tout en fracassant ses futs sans jamais s’arrêter. Un bassiste né avec une pédale de distorsion à la place des pieds. Le tout joué au milieu du public. Arrivé là, inutile de dire que leur “Fantasy Empire” ne s’est pas mis à la folk. Une formule 1 chez Mad Max, ça vous parle ? J’avais aussi math metal. Z’ont de drôles de fantasmes, tout de même, ces deux zigues. Anyway, le dieu Tout-à-fond likes this.

Lightning Bolt // Fantasy Empire // Thrill Jockey

Follakzoid : le rock psyché Derrick

151840« C’est encore un de tes groupes post-apocalyptique, genre on va tous mourir ? » Depuis le temps, Priscilla sait bien se foutre de ma gueule, quand je lui fais écouter mon dernier coup de cœur beau bizarre. Celui-ci s’appelle Follakzoid et si j’en crois les têtes d’enterrement des trois stoné(r)s qui en sont responsables, ça ne rigole pas tous les jours, dans le studio d’enregistrement. En revanche, ça aurait engagé doc’ LSD à la prod que ça ne m’étonnerait pas. Le disque ne compte que quatre titres – le plus court dure neuf minutes -, ça ne chante pas, ça monte et ça descend, ça fait parfois peur et ça te remonte le plexus sous les oreilles sans prévenir, mais ça offre également une vue imprenable sur les étoiles. Noires, ça va de soi. Comptez BEAUCOUP plus cher pour le billet retour.

Follakzoid // III // Sacred Bones Records (sortie en mars)

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