Si vous n’avez pas écouté Scratch Massive, vous avez raté votre vie.  

La veille de ma rencontre avec le duo culte de techno-pop Français, de retour avec “Garden of love”, j’ai rêvé de François Fillon. Je lui disais que je trouvais que les années Sarkozy avaient été vulgaires. Dans mon rêve, Fillon avait amené un gâteau aux amandes délicieux. Point. Quelle interprétation donner à ce songe et quel rapport avec le duo techno-pop Scratch Massive ? J’en sais trop rien si ce n’est que, curieusement, le dernier album studio du duo composé de Sébastien Chénut et Maud Geffray datait de 2011 et que Nicolas Sarkozy officiait encore comme président. Il y a sept ans, déjà. Entre-temps que s’est-il passé pour Scratch Massive ? Peut-être que le quinquennat de François Hollande ne les a pas trop inspiré ? Sont-ils les seuls ?

Massive Attaque

C’est un fait, Scratch Massive ne boxe pas dans la même catégorie que la concurrence et affiche une discographie sans faute. Le duo présenté à ses débuts en 2002 comme un produit branché parisien, dark-wave et résident du Pulp, a su faire parler la poudre, imposer sa vision esthétique racée et, chose rare, s’inscrire sur la durée. Après des débuts hésitants avec le premier disque « Enemy & Lovers », Scratch Massive se transforme en version française de Fischerspooner en sortant un magnifique et inusable deuxième album « Time » en pleine période électroclash et cheap champagne.

Avec sa pochette empruntée au « Dog Man Star » de Suede, Scratch Massive y développait un mélange de post-punk et d’acid-house mâtiné de pop anglaise. La forme pop a toujours été une ligne directrice, même si le duo est resté fidèle au son dance underground. À quoi reconnait-on un grand groupe ? À sa capacité à capter l’époque et à sa faculté de passer les années sans honte. Jetez une oreille à « Time », vous ne serez pas déçus : par exemple l’héroïnomane-pop Shining In My Vein ou le sexuel Girls On Top avec sa basse électronic-Motorhead devenus des classiques de goth-wave, malins, habiles et meurtriers. Scratch Massive sonne comme un gang de voyous habillés de cuir amateurs de drogue dont on a envie de rejoindre l’équipée sauvage du côté de porte de la Chapelle.

En 2011, changement d’ambiance avec leur troisième album « Nuit De Rêve », Scratch Massive signe son disque le plus ambitieux – celui qui a le plus marché aussi. Cet album au format très pop, agrémenté de featuring luxueux – Jimmy Somerville, carrément – a installé Sébastien et Maud dans le cœur de jeunes punks urbains en devenant un groupe incontournable et talentueux. Comment trouver les ressources artistiques après un tel disque et près de dix années d’activité ?

Suite au succès de « Nuit de Rêve » et de la tournée qui a suivi, les projets solos se sont enchaînés pour le duo techno. En général, les projets solos des groupes – contrairement à ce qu’ils disent tous – sont souvent les signes qu’il y a peut-être de l’eau dans le gaz. Depuis les États-Unis, Sébastien a sorti l’album solo orienté techno-sombre « Motor Of love » en 2017. Maud Geffray, elle, s’est exilée en Laponie afin de sortir le très glacial « Polaar ». Autant dire que j’avais un peu peur que Scratch Massive nous fasse comme le groupe Air.

Et puis après des bandes originales purement contemplatives signées sous le nom de Scratch Massive, ils nous annoncent enfin un nouveau disque : le tant attendu « Garden Of Love ». Alors, ça sent vraiment l’amour ?

Résultat de recherche d'images pour "scratch massive 2018"

L’amour est dans le jardin

Pour en avoir le cœur net, je retrouve Sébastien et Maud dans un bar PMU du 19ème arrondissement. Il est midi, c’est l’heure de la pause et du ballon de blanc des agents communaux. Pour Sébastien ce sera un Coca-Cola ; pour Maud, un Perrier et je décide de commencer bille en tête : Alors, ces escapades en solitaires, c’était vraiment une envie ? « C’est aussi par nécessite, m’explique Maud en découvrant son Perrier, parce que Sébastien est parti vivre à Los Angeles depuis quatre ans maintenant. Du coup, on se trouve un peu désœuvrés et je n’allais pas rester à me tourner les pouces, non plus. Me concernant, cela s’est passé assez naturellement car c’est Arthur Peschaud – le boss du label Pan European – qui m’a poussé et mis le pied à l’étrier pour mon disque solo. Avant ça, je ne savais pas si je me sentais l’audace ou la capacité à me lancer toute seule. Au final cela s’est très bien passé ». Sébastien, lui, a vu cette pause d’un autre œil : « Être dans un groupe, c’est aussi faire des compromis quelques fois. On a chacun notre identité musicale ainsi qu’un spectre plus large sur des choses que l’on peut faire personnellement. Quelquefois, on ne peut pas injecter cela au sein de Scratch Massive parce que cela ne correspond pas à ce que l’on fait à deux. Quand on travaille ensemble, on se concentre sur un objectif et ce qui est autour est reste de côté. C’est bien aussi d’explorer des choses que l’on ne peut pas faire avec Scratch Massive, cela permet d’enrichir le groupe et de le faire grandir. Mais aussi d’enlever des frustrations quelques fois. Au final c’est tout bénef ‘». Ces éclaircissements posés, on va se concentrer sur ce fameux disque. Est-il le digne successeur de « Nuit De Rêve » ?

Goodbye nightclub, hello country

La grande nouveauté sur « Garden Of Love », c’est la lumière et le sentiment d’espace qui s’en dégage. À l’exception de quelques titres, l’album est beaucoup plus positif que le précédent. « ‘Nuit De Rêve’, se souvient Sébastien en fixant son Coca, on l’a composé à l’époque dans une cave à Paris que Agnès B nous avait prêté. Si on a des influences très cold et sombres, à la base on a quand même travaillé sur l’album dans ce cube noir, en sous-sol pendant des mois. En retour, sur « Garden Of Love » et son enregistrement à Los Angeles, c’est devenu automatiquement plus lumineux, avec une énorme vue sur les montagnes ! ».

Voilà un disque qui sent donc l’ouverture à la campagne, ce qui est curieux pour un groupe qui porte cette étiquette de parisiens-gothiques. D’ailleurs en fait, ils ne sont même pas parisiens : Maud vient de Saint-Nazaire et Sébastien, d’Angers. Si ce dernier est monté sur Paris « c’est parce que c’est là que la musique électronique se développait. Ce n’est pas par coup de cœur, c’est juste là que les choses se passaient ». D’où lui est venue l’envie de s’exiler dans la ville de Kim Kardashian ? « Après à la tournée « Nuit De Rêve », m’explique Sébastien, c’était la fin d’un cycle de tous nos petits projets que l’on avait à ce moment-là. Avant de retourner à d’autres projets, il y a toujours ce moment de vide. Je suis donc parti là-bas pour voir comment ça se passait; et aussi pour des raisons personnelles. J’aime bien les grands espaces, j’ai besoin de campagne : quand c’est super urbain cela devient assez oppressant pour moi. Donc c’était aussi le moment de voir autre chose: changer de studio, changer de machines, changer de méthode de composition aussi. Le fait d’aller vivre à L.A, cela a changé à peu près tout ».

Je leur fais remarquer que l’on sent l’inspiration américaine sur le disque. On pense même y déceler une esthétique EDM à la fois naïve, adolescente, moderne et un peu pute-FM. Cela se traduit aussi par un son très ample, marqué par l’usage massif d’effets. « Tu penses qu’on a trop forcé sur les effets d’échos ? me demande Maud, c’était déjà le cas pour « Nuit De Rêve » avec de l’écho à fond les ballons. C’était une réelle volonté. Personnellement, j’ai une grande passion pour l’écho. On a donc toujours tendance à pousser les effets de réverb’ ».

Il se libère aussi de ce disque une production très ample, très riche, comme si nous étions en face d’un groupe new wave produit par Trent Reznor en personne : « Ça c’est aussi l’effet Los Angeles, s’amuse Sébastien, techniquement, plus tu pousses les effets, plus tu rajoutes du son sur le spectre. Donc ça a pour conséquence de réduire le nombre de pistes originales d’une track et de travailler un matériau minimal. Du coup on se disperse moins. Cela a donné une couleur au disque, une marque. Une fois qu’on trouve le bon effet de réverb il ne manque plus grand-chose au son final ». Une face peut-être plus lumineuse, mais le côté obscur de la force, leur soleil noir, reprend le dessus comme sur le bien nommé Dancer In The Dark, une de leurs tracks favorite : « Je pense qu’avec ce morceau, juge Sébastien, on est vraiment arrivés au plus profond du glauque. En termes d’ambiance, c’est gluant, ça racle le sol. C’est la suite de Closer sur « Nuit De Rêve », on y trouve les mêmes instruments, notamment les nappes de synthé : ce son qui bave incroyable ». Scratch Massive c’est une esthétique sonore mais aussi une griffe visuelle qui passe par les vidéos mais aussi les pochettes. Et celle de « Garden of love » est plutôt énigmatique : image du bonheur factice tiré d’Instagram ? « En fait, m’explique Maud en se rassasiant de Perrier, la pochette est belle, moche, étrange ou dérangeante : c’est au choix. On avait le titre du disque puis j’ai travaillé avec le graphiste Dan Amza qui m’a proposé des choses sur lesquelles nous n’étions pas sûrs. Puis il nous a sorti ça, un côté chic avec plusieurs lectures possibles. Il y a des ongles longs : un couple lesbien ? Un mec qui joue de la gratte ? Il y a un côté kitch avec la Rolex dorée aussi. C’est quoi l’amour au juste ? C’est cette image représentée par la société ? Cette pochette est intrigante au fond ».

Résultat de recherche d'images pour "scratch massive garden of love"

George Moustaki

Si le disque « Nuit De Rêve » avait rencontré un certain succès – au point d’arriver au statut de disque de chevet pour certain (moi, nldr) – c’est en partie grâce à des featuring, mais aussi à l’amorce d’un virage assumé qui éloignerait Scratch Massive de ses débuts purement club underground « pour initiés ». « Oui, enfin on a toujours eu des structures pop, rappelle Sébastien. Le truc, c’est que l’on s’est approprié le côté pop sur « Garden of love ». On a pris possession de la voix plus que sur les autres disques ». Comment s’est opéré le casting cette fois-ci ? « On voulait resserrer les voix, m’apprend Maud. C’est super bien, sur « Nuit De Rêve », de pouvoir travailler avec Jimmy Somerville et d’avoir des featuring de cette trempe-là. En même temps, on se retrouve au final avec des choses très abouties qu’on ne peut pas retravailler. Je veux dire, quand Jimmy Somerville t’envoie des pistes vocales, c’est super mais tu ne peux pas lui demander de changer ou d’essayer des choses : tu prends la piste et tu fais avec, même si au final on n’est très content. Sur « Garden Of Love » on avait envie de maitriser d’avantage tout le processus. Du coup on a fait le choix de travailler avec des artistes de notre entourage comme Léonie Pernet ou Romain Thominot».

Mais l’autre grand changement, c’est surtout le fait d’entendre Maud s’emparer du micro. « J’ai pris plus de confiance grâce à mon album solo. Sur « Garden Of Love » c’est venu assez naturellement. Et puis c’est très bien d’avoir une idée et de l’explorer tout de suite au lieu de demander à quelqu’un d’autre de chanter. Là aussi, c’est pour mettre au service des chansons ». Cette façon artisanale de penser et de réaliser des disques électroniques résolument modernes et ambitieux est au cœur du processus de Scratch Massive. Sur le créneau archi-concurrentiel de musique électronique mâtiné new wave 80, qu’est-ce qui fait la différence entre Scratch Massive et la horde des sans dents ? La classe, tout simplement. Un son et une attitude racée alliée à une ouverture vers l’autre. Ne pas se reposer sur ses acquis et ne pas craindre d’être accessible. Scratch Massive est plus proche dans l’attitude du groupe Japan de David Sylvian quand beaucoup d’autres groupes sonnent comme des mauvaises Face B de Samantha Fox, et qui au final sonnent très province (Carpenter Brut). « Si tu prends l’exemple de « Nuit De Rêve », observe Maud, quand on l’a sorti ce n’était pas encore la mode des années 80 et des rythmiques assez lentes. C’est venu après, notamment par le biais du cinéma ou des séries. Au final, on est hyper contents que ça marche sur la durée. Il faut savoir que quand on crée quelque chose on ne sait pas comment ça va s’inscrire dans le temps. « Nuit De Rêve », j’ai l’impression que les gens continuent de l’aimer et de l’écouter. Ça, c’est magique » !

La surprise ! La surprise !

Je ne suis pas venu les mains vides et je leur montre un vieux vinyle : il s’agit de leur tout premier maxi (« Première Pression » sur le label Euterpe, date inconnue) et pas même répertorié sur leur page Discogs. Le lettrage est très techno 90’s à la Metroplex, le son y est typé purement breakbeat-techno. Plus de dix ans se sont écoulés dans le game de la techno, ils viennent défendre aujourd’hui un disque plus pop : Que pensent-ils de cette mise en perspective, observant le parcours accompli depuis ce vieux vinyle ? « Oh putain, c’est génial. C’est touchant, en fait, s’émeut Sébastien, à cette époque, on avait travaillé tout un été à bricoler des trucs puis on est allé voir Olivier Le Castor et son label. On avait tablé sur cinq morceaux que l’on adorait mais qui partaient un peu dans toutes les directions. Il y avait juste deux morceaux à la fin dont on ne pensait pas grand-chose, et le gars du label n’a rien calculé sauf ces deux morceaux qui se sont retrouvés sur ce maxi. C’est important je trouve, car sur le reste de nos morceaux il y avait de la house, des trucs plus Big Beat comme ça se faisait à l’époque, mais c’était impersonnel. Mais les deux morceaux de ce maxi, ont dessiné peut-être sans le savoir un cadre dans lequel on a pu se développer encore aujourd’hui. Donc ce disque est hyper important, c’est le tout premier disque en plus ! ».

Je leur fais part de mon impression de nouveau souffle lié à la création de leur label-laboratoire bORDEL Records. Ils y signent des projets solos mais aussi de nombreux projets pour des films, des installations ou encore des séries. On y trouve aussi du hip-Hop orienté trap ainsi que des maxi de techno-pop comme le splendide It’s Always The Same par l’intrigant Turbotito. « Pour Bordel, raconte Sébastien en arrivant à la fin de son verre, on avait en tête un exemple de label dans les 90’s-00’s comme Warp. On pouvait retrouver dessus Boards Of Canada, Aphex Twin, Squarepusher mais d’un autre côté on pouvait trouver aussi des trucs complètement pop comme Vincent Gallo ou Broadcast. J’aime bien cette idée de label assez ouvert avec de la bonne musique mais sans prisme précis. Si demain un mec arrive avec un disque de flamenco ou de hardcore et que cela me fait vibrer : on pourra le sortir. C’est l’idée d’un label sans frontières, si ce n’est celle de l’exigence musicale».

Je pose la question de la dichotomie que l’on retrouve uniquement dans la culture techno. Voir Scratch Massive en configuration DJ-set, c’est l’assurance de ne pas entendre leurs morceaux pop. Il faudra alors guetter les quelques dates en formation live. Souvent le public qui vient voir des DJs ne connaît pas leurs productions plus personnelles. « Oui tout à fait, s’interroge Maud, on ne crée pas la musique que l’on fait en studio en club. C’est pareil pour mon projet solo où je fais des choses plutôt calmes, et quand on me voit en dj je passe de la grosse techno. Ce n’est pas notre envie. On n’a pas envie de réduire nos compositions à des dance-tracks pour les clubs. On essaie de ne pas jouer sur des tendances, d’ailleurs je ne sais pas faire ».
Sébastien résume cela très bien en regardant son verre, inexorablement vide. « Les albums de techno pure, doivent être vraiment bons pour être écoutables sur le plan domestique : et c’est rare. Et puis c’est un truc de DJ : certains font des morceaux pour le dancefloor et partent ensuite mixer partout. C’est du consommable et ce ne sont pas des albums qui vont s’inscrire dans la durée. Nous avons une démarche pop consistant à fabriquer des chansons qui fonctionnent toujours avec le temps. Enfin on espère ! ». Nous aussi. À bientôt dans ce jardin de l’amour : celui que Jésus Christ, fils de Dieu, nous a promis suite au combat de l’Archange Saint Michel contre François Fillon et ses chaussette rouges (*1). Amen.

Scratch Massive // Garden Of Love // bORDEL Records/2018

*1 : Live de L’Apocalypse, les visions de St Jean, chapitre 12, verset 7 : « Il y eut alors un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges. Rock’n’roll ».

3 commentaires

  1. crottes d’avant crottes Ojouitdit, crottes de demains des deux mains/4pieds!, crottespourtoujouirs, crottes de l’avenir sans crottes car lio-philisées………………..;

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.