Ce vieux fou de Reverend Beatman revient avec un disque des plus étranges, le numéro 1 du projet « Tale Tailor » du label Casbah Records. Un objet d’art, de curiosité et de culte.

« Broken words with rythm and poetry » est une longue incantation, un prêche, un dialogue avec des extra-terrestres ou des morts-vivants. Un disque où tout n’est pas que musique. 10 pistes de narration sibylline et folle, comme Laurie Anderson l’avait fait avant lui. Reverend Beatman signe ce singulier projet sur Casbah Records, mais il est avant tout la figure emblématique du génial label suisse Voodoo Rythm. Pas étonnant, s’il y a bien une musique pour s’essayer au vaudou, c’est bien la sienne. Mais puisqu’on parle d’un “reverend”, il s’est bien sûr entouré de choristes gospel, qui frappent dans leurs mains et l’encouragent pendant qu’il scande « Rule number 6 : Always have a guitar around (…) and then, write and record songs. Rule number 8 : Say anything you wanna say (…) you are not a politician, you don’t have to lick some boots ! ». Il faut s’imaginer ces mots proférés avec une démence et une clairvoyance concomitantes, dignes des vrais fous. Inquiétants, envoûtants, les discours de Revenrend Beatman semblent puiser dans les scènes de prédication électrisantes de « La Nuit du Chasseur », film dans lequel Robert Mitchum s’est imposé comme l’acteur au regard le plus magnétique et à l’ombre la plus terrifiante de l’histoire du cinéma. L’artwork de la pochette lui-même évoque cette atmosphère d’obscurantisme païen et moyenâgeux.  L’hérésie est notre dernière chance de croire, nous suggère ce conteur blues par ses envolées mystico-trash.

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« I’m in your brain baby, I’m in your brain ! » annonce-t-il dès le début du disque. Le problème, c’est qu’au bout de quelques morceaux, on le croirait presque… Sa voix projette le cerveau dans une transe malsaine, et le corps se met à suivre, sans qu’on l’ait commandé. À la deuxième écoute, le sentiment ressenti n’est plus de la peur ou de l’excitation, mais de la vénération. Il est revenu parmi nous mais il est là depuis des siècles ! Il n’est pas d’ici, il est d’ailleurs et de partout à la fois. Il dénonce ce que nous avons fait de ce monde, nous lui avons crevé les yeux. « I saw people who raped each other, I saw people who eat each other as well ! And I said to myself, what did I do ? » N’ayant d’autres choix, Reverend Beatman regagna sa planète pour consulter ses amis extra-terrestres, les sommant d’agir. Ils revinrent ensemble sur cette « planet of hate » pour tenter de nous raisonner. Pleurez, criez, buvez et chantez ! Suivez ses conseils, Nom d’un Beat ! Le monde court à sa perte mais Reverend Beatman viendra nous sauver. En l’attendant lui, ou l’apocalypse, écoutez ses chansons et regardez « La Nuit du Chasseur » si ce n’est pas déjà fait. Enfin, créez un autel en son nom, composé, par exemple, de bouteilles de bourbon, de portraits du prêcheur Beatman et de partitions de Robert Johnson, du moins si vous espérez le moindre salut.

Reverend Beatman // Broken words with rythm and poetry // Casbah Records

http://casbah-records.com/

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