Crédit photo : @Derin Demircioglu

Celui qu’on a rapidement comparé à Mac DeMarco est de retour avec « Tout ce temps passé là », un album chanté en français produit dans une période compliquée. Écoute en avant-première d’un disque qui veut s’extirper de la « bedroom pop » accompagnée d’une interview de Simon Dougé, aka Pasta Grows On Trees.

« J’en ai marre d’être blasé ». Cette phrase, extraite du titre L’impression d’y passer, résume  en quelque sorte l’atmosphère de l’album et l’état d’esprit de son créateur. Ce n’est pas la joie, ni la grosse ambiance. Sur « Tout ce temps passé là », le deuxième disque pour Simon Dougé, alias Pasta Grows On Trees, il n’y a pas de tubes. Pas de chansons pour t’ambiancer en soirée. On y trouve plutôt des ballades mélancoliques coincées entre un Phillipe Katerine grippé, un Hubert Lenoir en pleine déprime et un Flavien Berger en lendemain de cuite.

Sur « Tout ce temps passé là », les guitares du premier album (« Bohemian Songs » en 2019) ont été remplacées par des orgues et des synthétiseurs, histoire de « casser les automatismes », et l’anglais a été mis au placard pour le français. Deux choix (judicieux) qui font que l’album numéro 2 s’éloigne du premier tout en gardant une esthétique faussement naïve et enfantine. Des « expérimentations au fond du canapé » comme dirait Simon. Mais Pasta Grows On Trees, qui a poncé Mort Garson, Chris Cohen et Air durant la confection de l’album, a clairement voulu passer dans une nouvelle galaxie pour plonger tête première direction l’océan de la chanson française, ou du moins y tremper le bout du pied. Un saut dans l’inconnu pour lui, et une transition réussie malgré quelques lourdeurs (Tout seul dans la nuit, Coronade, Slow avec toi). Le premier qui le compare à nouveau à Mac DeMarco sera obligé d’aller voir Requin Chagrin en concert.

Bon, déjà, comment ça va ? On prend rarement le temps de poser la question…

C’est assez rare en ce moment : ça va bien. Mais c’était pas franchement la grande forme pendant la production de « Tout ce temps passé là », qui s’est étalée de septembre 2019 à janvier 2021. J’ai finalement été assez épargné – je croise les doigts – des retombées de la crise sanitaire. Sinon, ça fait deux mois que j’angoisse par rapport à la sortie du disque. L’auto-production a de très bons côtés sur le plan créatif. Mais outre la création, c’est aussi beaucoup de responsabilités et d’argent personnel investi. Une sortie de disque implique de la promo, du booking, de la direction artistique visuel (design disque, clips), etc. Rien à voir avec la musique, et il faut s’accrocher. En deux mois, j’ai arraché la quasi-totalité de ma moustache.

Les morceaux sont trop lents ou pas suffisamment chantés pour être des « tubes »

Par rapport à « Bohemian Songs », tu l’as abordé comment ce nouveau disque ?

« Bohemian Songs » était un album à guitares – seul instrument que je maitrise un minimum – et je me suis davantage plongé dans les orgues et synthétiseurs pour casser mes automatismes. J’ai également essayé de faire quelque chose de plus produit, de moins lo-fi ou « bedroom pop ». Si j’avais pour habitude de mixer mes morceaux, c’est Rémi Richarme (Satellite Jockey) qui s’est chargé de mixer et de masteriser l’album. Je voulais aussi un disque écrit entièrement en français. Et c’est le meilleur choix que j’ai pu faire. Aujourd’hui, ça me paraît tellement évident que je ne vois aucune raison de réécrire en anglais. L’autre tournant, c’est peut-être le fait de comprendre, et d’assumer, le fait que je fasse de la chanson française. Ça c’est récent, et ça ne s’entend pas forcément sur cet album, qui baigne davantage dans des sonorités anglo-saxonnes.

Le tube de l’album, c’est quel titre ?

J’aime beaucoup Tout ce temps passé là, mais je ne crois pas qu’il y ait de singles. Les morceaux sont trop lents ou pas suffisamment chantés pour être des « tubes ». Quand je fais écouter l’album à mon entourage, personne n’est d’accord sur le choix du morceau à mettre en avant. En général, c’est mauvais signe. Mais j’aime l’idée que tout est à peu près égal. De toute façon, j’ai l’impression qu’un single aurait desservi l’album.

Être et rester underground, je m’en tape. Je crois que c’est un anglicisme souvent utilisé pour romantiser la marginalité.

Pragmatique, c’est pour moi le morceau le plus abouti de ce disque…

Je suis un grand rêveur, un peu crédule : quand j’ai commencé à faire de la musique, j’étais jeune et je pensais que les sphères artistiques étaient des milieux qui pouvaient offrir une forme d’ascension sociale, quel que soit ton milieu social. C’est, en tout cas, ce que nous a vendu le récit de la starification des artistes : on va chercher des gamins de quartiers populaires parce qu’ils ont un talent, pas parce que papa est producteur.

Aujourd’hui, j’ai l’impression que la pop est devenue consanguine et élitiste. Il y a une forte reproduction sociale dans les milieux artistiques, et les moyens de production – au sens large, je ne parle pas des home-studio – sont détenus par une minorité malgré la démocratisation de la pratique artistique. Pour « réussir », le capital social a souvent l’air de primer. Mais ça, ce sont des problèmes de blancs ; le sexisme et le racisme sont aussi très présents, malheureusement même dans les milieux indés. Ça fait vieux con, mais tout ça ressemble à une vieille histoire de luttes des classes à la tonton Marx. Ou c’est peut-être juste une crise d’ado en retard.

Tu as des vraies ambitions avec la musique ou c’est juste une manière de t’exprimer sans vraiment chercher plus loin ?

La seule ambition artistique, c’est simplement de créer et composer des choses qui me semblent abouties. La création me donne, au fond, l’impression de savoir faire quelque chose. Et ça me fait du bien.  J’aimerais effectivement pouvoir payer quelques factures avec ma musique, mais j’en suis encore loin. Si je peux rembourser l’album, ce sera déjà pas mal. Mais c’est un sujet qui est assez tabou dans la sphère artistique, encore plus dans les milieux underground : on devrait faire ça seulement pour la beauté du geste. Et évidemment que le fric ne doit pas empiéter sur le processus créatif. Mais être et rester underground, je m’en tape. Je crois que c’est un anglicisme souvent utilisé pour romantiser la marginalité.

L’album « Tout ce temps passé là » sort le vendredi 29 octobre sur Another Records et Entre-Soi.

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7 commentaires

    1. Ouais il a raison, les mâles bêta hétérosexuels de moins de 40!ans ne devraient pas être autorisés à porter la moustache. Ça complique tout.

  1. A quand un article sur les noms de groupes les plus ridicules ? Mon préféré : Foxes in Fiction.
    Mais celui-ci tient également le haut du panier…
    On ne peut pas être crédible avec un nom pareil, désolé…

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