Au début des années 80, c’est par un concours de circonstances politiques, industrielles et surtout sociales des années de flambe comme c’est pas permis que va apparaître un nouveau pas de danse : le French Boogie, un mouvement né à 200 kilomètres-heure sur la bande FM et domicilié à Clichy-sous-Bois.

Après la soul et avant le rap (dans une division des tâches on s’en doute tout à fait artificielle puisque les courants finissent par se superposer et se mélanger au gré des années d’activités), c’est dans le funk américain que le French-Boogie cherche d’abord ses inspirations. Dans le détail, c’est un mélange à la vas-y-comme-je-te-pousse de funk et de disco, aux paroles apparemment légères et aux influences héritées de la diversité culturelle qui caractérise les bouleversements sociaux du premier mandat de Mitterrand. Mais si les stars s’appellent Alec Mansion, Micky Milan, François Feldman et JM Black, le French Boogie est d’abord un enfant de la radio.

C’est la loi du 9 novembre 1981 qui légalise l’activité des radio pirates, devenues pour l’occasion « radio-libres ». Évidemment et ironiquement, qui dit légalisation dit contrôle et ce sera chose faite par l’entremise de la création d’une nouvelle institution, la Haute Autorité de la Communication et de l’Audiovisuel (l’ancêtre du CSA, Ndr). Deux impératifs immanquables : pas de publicité et interdiction de s’organiser en réseau.

À cette époque, la référence de la musique funk sur les ondes françaises s’appelle Radio Show. L’émission est proposée par Claude Vivaldi, qui n’est pas marchand de tapis mais bien de chaussures, et propriétaire de l’enseigne éponyme. Destinée à la variété française (son pitch business sent bon Salut les copains et Podium : Radio Show est la « Radio du Show Business »), elle s’avère néanmoins destinée aux profonds amateurs de funk; la fréquence vivote au gré du sort qui sera fait aux radios libres tout au long de leur grande (et courte) époque. Recrutement de jeunes animateurs motivés (forcément, car bénévoles), mobilisation des auditeurs face aux menaces de saisies, émissions clandestines une fois la saisie portée à exécution.

Au palmarès des radios ayant contribué à la popularisation de la musique funk, on peut également évoquer Radio 7, rejeton de Radio France et qui émet donc de manière relativement confortable car légale (à noter tout de même qu’elle n’est pas dédiée au funk mais davantage au jeune public). Le projet est de proposer des contenus laissant une large place à la musique. Ce sera chose faite avec le début sur les antennes de deux animateurs cultes, RLP, premier animateur dj-funk et Sidney, voix de Rapper Snapper Dapper puis ambassadeur du Hip-hop sur TF1 dans l’émission du même nom (mais en six lettres, pas en deux mots).

L’époque des radios libres c’est aussi l’histoire d’une euphorie collective et associative qui saisit notamment la couronne périurbaine et qui voit naître nombre de fréquences stars et de personnalités iconoclastes. Exemple d’une écurie et de sa plus belle pouliche, Carbon 14 et son animateur phare Phil Barney. De son vrai nom Philippe Baranes le chanteur est tout d’abord connu pour le tube Un enfant de toi (vous pouvez relire ce titre gênant dans votre tête aussi longtemps qu’il le faudra pour envisager la stérilisation).

Malgré ses armes en variété, Phil Banrey est considéré comme l’un des premiers à avoir diffusé du rap en France. Membre fondateur de Carbone 14, il y programme exclusivement des musiques « noires » et principalement funk, sur la tranche horaire royale de 17 à 19 heures et il y rappe le générique intitulé Salut les Salauds. Il sera le premier à diffuser sur les ondes radiophoniques françaises le tube Rapper’s Delight de Sugarhill Gang.

En bref, la France des années 80 est donc un terrain musical fertile, à la fois sur le plan matériel des possibilités de diffusion et sur celui, créatif, d’un contexte social inspirant et d’une exposition culturelle riche.

Tout est politique

Si la naissance du French Boogie est politique car facilitée par la légalisation des radios indépendantes, elle l’est également parce qu’elle est tout bêtement le produit d’une époque. Sur fond de libéralisme économique débridé, motivé par les sirènes de la culture américaine, les années 80 offrent à certains la griserie d’une sorte de réussite qui fait office de miroir aux alouettes dans des années rythmées par une récession serre-visse (plans sociaux, le début de désindustrialisation). Tarte à la crème sociale côté droit de l’échiquier : c’est la croissante population immigrée qui va prendre, face à une extrême droite en montée de croissance, une carte à jouer. Certains tabous racistes sautent, on observe les premières divisions racistes au sein de la classe ouvrière (pourtant en première ligne face au rouleau compresseur récessionniste) lors des grèves de l’industrie automobiles des années 82 à 84, dont la cause est par ailleurs en partie renvoyée à l’agitation des « groupes religieux ». Les tentations racistes enfouies et mal digérées depuis la guerre d’Algérie refont ainsi florès.

Evidemment comme c’est bien clair jusque-là, s’il est bien une époque où les innovations culturelles ne peuvent être décorrélées des changements politiques, c’est bien les années 80. La circulaire Gaston Defferre, à l’époque premier flic de France datée de 1981 permet un assouplissement des conditions de l’accès au titre de séjour et à l’asile politique (circulaire qui se fera tout de même bien sabrer les pattes arrière par la Loi Pasqua 5 ans plus tard). En ces années de surconsommation glorieuse où on s’offre également une cinquième semaine de congés payés, les cultures du sud deviennent un objet de désir consommable comme un autre. À côté de ça, le funk new-yorkais fait toujours rêver (libéralisme endiablé et fantasmagorique oblige). À la croisée des deux, le French Boogie trouve donc sa place.
Du son pour s’en rendre compte : Dansez le Raksi de Nordine Staïfi.

Porte-étendard du disco algérien des années 80, Nordine Staïfi est l’artisan d’un son qui mêle tradition de l’est algérien (le chanteur est originaire de Aïn Azel, dans la wilaya de Sétif) et rythme disco. Dansez le Raksi ouvre le second volume de “France Chébran” paru chez Born Bad Records (en couverture, Bernard Tapie en pose Napoléon en plein Barbès). Les influences staifi (musique traditionnellement festive algérienne) balaient le morceau sur fond de batterie disco. Les paroles sont scandées en français, en arabe, en anglais et en yaourt 0% et surtout, la dédicace aux premières heures du hip-hop ricain s’illustre d’une citation discrète mais immanquable puisque le chanteur cale discrétos quelques lignes de l’incontournable Rapper’s Delight.

En parlant de Gang, le French Boogie se pratique à plusieurs, notamment en club. Dans les années 60 de nombreux clubs spécialisés dans les musiques du dites du monde ouvrent. On y danse sur du raï, du zouk et tout ces morceaux transitent joyeusement à travers l’hexagone par cassette audio (tiens donc, encore une innovation incontournable qui a bien facilité les évolutions et recherches musicales de l’époque). C’est l’Échappatoire, à Clichy-sous-Bois qui se fera Terre Sainte du genre dans les années 70 à 80. Le fondateur et disque-jockey historique Micky Milan y fait jouer un Gilbert Montagné encore inconnu mais déjà virtuose et les petits et grands ambitieux du Top 50 (genre Kid Créole and The Coconuts ou les mannequins du groupe au line-up interchangeable New Paradise).

Milan y organise des défilés Paco Rabanne (un grand habitué) parce que c’est comme ça, c’est années 80. Et surtout, il suscite la curiosité de stars internationales, de Prince à Jimmy Somerville (des gens de goût en somme). Également producteur, on lui devra quelques morceaux phares du French Boogie, toujours voués au culte de la danse et de la fête. Les titres font rêver : Quand tu danses (y’a tout qui bouge qui balance), hymne funk hédoniste et chanté en multilingue, C’est Une Bombe, disco sexy (pas d’autre mots parce que ça parle tout simplement de faire l’amour avec une super fille) ou encore Vacances On s’Éclate, (qui n’est pas Vacances j’oublie tout).

L’héritage mélodique et les paroles visiblement festives sont parfois conscientes en filigrane (Les Vacances j’oublie tout d’Elégance parle-t-il de la consommation hédoniste des congés payés du jeune cadre dynamique et flambeur ? Serge Delisle fustige-t-il les bourgeoises qui s’encanaillent dans Germaine ?).

Tout ça nous fait nous demander si le French Boogie ne constitue pas les balbutiements de la musique urbaine contemporaine en France, avec la destinée qu’on lui connaît (explosion, renouvellement et règne absolu aujourd’hui, désolée les réac). La filiation French Boogie/rap français n’est évidemment pas reconnue de tous. Philippe Bourgoin, producteur d’une des pièces maîtresses du French Boogie, Chacun fait (c’qui lui plaît) pour ne pas la nommer, jette un pavé dans la marre dans le troisième numéro de la revue Audimat en affirmant : « Je ne pense pas que Chagrin d’Amour ait créé une quelconque scène rap en France. Qui peut considérer Vacances j’oublie tout comme un rap ? »

C’est pourtant vraisemblablement l’avènement du rap aux Etats-Unis puis outre-Atlantique (et particulièrement sa branche consciente) qui a gentiment poussé le French Boogie vers sa belle mort à la fin des années 80, en s’imposant comme l’exutoire le plus pertinent aux joies, envies et peines de la jeunesse. Ou peut-être est-ce simplement que les gens ont utilisé l’argent de la bulle internet pour s’acheter du bon goût. Quoi qu’il en soit le mouvement perdure aujourd’hui dans l’esprit des puristes et nostalgiques, mais aussi des contributeurs des sites internet bide-et-musique ou encore horreursmusicales (si si ). Il se refait une petite jeunesse dans les compilations de Vidal Benjamin sur Versatile Records  et celles de Serendip-Lab sur Born Bad Records (France Chébran Volume 1 et 2). Preuve qu’il y a toujours de la place dans le cœur de ceux qui en ont un pour le French Boogie.

5 commentaires

  1. y’a plein mais PLEIN de connards sur votre facebook en reponse qu’ils zizi comprennent RIEN çà NOOEUDS regardent QUEUES! SCHEINDER un poste a galéne! CREVE facebook! j’hate les Intellos & les Prolos quest ce qui restent les CONS!

  2. Le nivellement par le bas.
    Tous les Rubyn Stuesder, ceux qui n’ont ni le talent ni le goût du travail bien fait, doivent A-DO-RER.
    Bruncher si vous voulez mais fermer vos gueules.

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