Chose promise, chose due : on a enfin rencontré le NCY Milky Band. Un bon mois et demi après la sortie de leur album « Burn’IN », on s’est posé avec Louis Treffel dans le 18e arrondissement de Paris, pour faire le point avec l’unique membre du quatuor encore présent sur la capitale.

C’est lundi, et l’interview avec les quatre Milky est fixée au lendemain ; juste avant leur retour à Nancy. Le jour J, pas de nouvelle du Monsieur vieillissant en charge d’animer cette rencontre : la veille, l’auteur de ce papier se brisait son petit peton dans une partie de foot — victorieuse, quand même ! Alors, plutôt que de taper causette comme il était prévu avec Louis Treffel allias Le Serveur (claviers et synthés), Paul Lefèvre (batterie), Antoine Léonardon (basse), et Quentin Thomas (saxophone), il rencontrait Docteur M. Karoubi — qui sera sans doute ravi de voir son nom cité dans un article consacré à un groupe de jazz français. Mercredi, l’homme à béquille donne signe de vie. Malheureusement, ne reste plus à Paris que Louis et le Mister promo du groupe, Maël. Ils accepteront gentiment de venir jusque dans le 18e arrondissement vallonné, lieu de repos du pied cassé, pour enfin accorder cette interview. Les autres membres étant partis, Le Serveur se fera porte-parole du groupe, dont l’histoire à commencer chez eux, en plein cœur de la Lorraine.

À Nancy, niché dans le studio du label BMM Records que Louis Treffel a fondé, les musiciens de la ville viennent chaque semaine se tester lors de Jam Sessions que Le Serveur organise. Pendant l’une d’elles, alors qu’il joue avec Quentin qu’il connaissait déjà d’avant, Paul et Antoine se pointent. L’alchimie opère, et ensemble, ils remarquent qu’ils parlent un même langage. « On s’est bien entendu et la semaine d’après on a décidé d’enregistrer une reprise d’un morceau de Ramsey Lewis », commence Louis. Pour cette réadaptation, le NCY est encore un trio. Ce n’est qu’au fil des sessions suivantes qu’il évolue en un quatuor ; « avec un soliste en plus, c’est toujours cool ». La formation se fige et trouve son équilibre.

(C) Louis Perruchaud

Un premier disque inspiré par leurs gourous

Avec cette formule à quatre, ils commencent à réfléchir à un premier essai. Comme la reprise du claviériste américain cité plus haut emballe le band, ils imaginent un disque qui s’articulera autour des morceaux favoris de leurs « gourous », ribambelles d’influences issues des « sixties et seventies », auxquelles il faut rajouter des « artistes plus contemporains. » Créer une identité sonore propre à partir d’une base déjà existante, voilà le pari que prend le NCY Milky Band avec ce premier disque, « Our Gurus ». Cette ligne conductrice en tête, ne restait plus qu’à, primo, s’accorder sur le choix des titres, puis, deuxio, accoucher de compositions dignes de ce nom. Ils se lancent avec un premier extrait : une réinterprétation d’un morceau de la harpiste américaine Dorothy Ashby, qu’ils balancent tout de go sur leur chaîne YouTube. Le résultat est concluant et tape dans l’œil d’un de leurs confrères plus expérimenté.

À ce propos, Louis développe : « Forever Pavot avec qui je discutais déjà un peu, a vu le truc et m’a dit que c’était pas mal. Il m’a expliqué qu’il cherchait des groupes pour faire un show à la Petite Halle de la Villette début 2019. Il nous a proposé de l’accompagner et on a évidemment accepté. Comme le concert était dans un mois, on s’est mis au boulot pour travailler d’autres compos et être prêts. » Presque pressé, le squelette de ce disque se dessine et la sélection des morceaux s’affinent : Sixtyniner de Boards Of Canada, un classique de Madlib, fils spirituel de Sun Ra, ou encore Le canari est sur le balcon, une composition de Gainsbourg (dont on décrypte les paroles dans le nouveau Gonzaï) arrangée par Vannier. Plus qu’un pêle-mêle de titres fétiches, le NCY Milky Band trouve sa raison d’être et les principes que dorénavant ils défendront. Louis les résume ainsi : « mettre en avant cette idée de jouer en live dans la même pièce », « obtenir un groove particulier, sans clic » et « inclure dans le processus une partie post-prod, non pas pour gommer des petites erreurs, mais pour ajouter des sons électroniques. »

Un tremplin pour mieux sauter

« Our Gurus » voit le jour à l’orée de l’année 2020, et après Forever Pavot, vient le tour de l’équipe du festival Nancy Jazz Up – son directeur et programmateur Thibaud Rolland en tête – de s’éprendre du phénomène local. « On est rentré en contact avec Thibaud ; reprend Louis Treffel. On s’est inscrit au tremplin et on leur a envoyé trois de nos morceaux. Comme trois autres groupes, on a été retenu parmi une sélection de 30. L’étape d’après consistait à se produire en live devant un jury et un peu de public. On n’a vraiment pas bien joué, c’était scandaleux ; s’amuse le claviériste. Mais au final, c’est nous qui avons gagné ! » S’ils lisent ces lignes, on espère que les autres finalistes de l’édition 2020, à savoir, Haqibatt, Student Kay et Vix Trio sont adeptes de la maxime « l’important c’est de participer ». Sinon, ils pourront tout de même se targuer d’avoir été cités dans ce papier. Boosté par leur victoire, le NCY Milky Band embraye et plutôt que de se reposer sur ses lauriers, transforme la faille spatio-temporelle COVID en une période de création pour composer leur vrai premier album, “Burn’IN”.

En parallèle des reprises qui les ont fait sortir de l’anonymat, Louis avait « des pistes qui traînaient depuis un bail » sur son ordinateur. À la base réservée pour un hypothétique « album solo », les choses ont changé quand Le Serveur a « rencontré les gars ». Puis il faut dire que « faire du son tout seul, de A à Z », ce n’est pas trop son truc. Toujours flanqué dans le studio de BMM Records, ses morceaux ressurgissent et le quatuor s’attellent à les emmener plus loin, jusqu’à finalement obtenir 11 compositions qu’ils décident de bloquer. De là, et pour garder ce côté « musique live jouée ensemble » ultra important pour le groupe, Louis, Paul, Antoine et Quentin s’imposent un enregistrement en deux sessions, étalées chacune sur 4 jours.

Pas de burn-out ici

Les prises s’enchaînent et ne subsistent que les meilleures. Au goût de Louis, pour cette partie, « tout est allé assez vite. » À l’inverse, la post-prod a été plus fastidieuse. Grand bien leur fasse, puisque c’est de cet aspect que naît l’une des spécificités du groupe. Mêler au groove qui s’échappe de leurs instruments des sonorités plus électroniques est effectivement un de leur trait de caractère. Cette technique déjà explorée par quelques pontes du jazz anglais (Yussef Kamaal pour ne citer que lui), le NCY l’a lui aussi embrassé. Si ces « différentes lignes de lectures » sont diluées dans l’ensemble des morceaux de “Burn’IN”, elles deviennent évidentes sur “Young Fiasco” ; un titre où les improvisations au saxophone viennent rompre une base mélodique quasi mécanique.

Alors que les Britanniques s’enferment souvent dans un tunnel de performance qui leur donne un air m’as-tu-vu parfois pédant, les Nancéiens, eux, s’affichent — jusque dans la pochette de leur disque — avec plus de fraîcheur et autant de rigueur. Ils incorporent à certaines de leurs chansons de petits effets rigolos (“Politricks”), jonglant ainsi avec des morceaux plus instinctifs (“Magic Polo” ; “L’ombre d’un homme”), et d’autres, plus écrits (“Burn’IN” ; “Plus profond”). Si la situation sanitaire n’a pas réellement permis au groupe de se produire sur scène depuis un moment, ils rattraperont le coup le 26 juin prochain à la Boule Noire de Paris, le temps d’un concert avec La Récré — side-project de Forever Pavot, en duo avec Cédric Laban, batteur d’Isaac Delusion.

Burn’IN” (BMM Records) est disponible depuis 4 mai
Toutes les infos pour leur date à la Boule Noire (Paris) du 26 juin sur la page Facebook du groupe

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