Que les jeunes gens de Moodoïd me pardonnent cette entrée en matière disgracieuse, mais ici comme dans plusieurs disques récents, il est souvent question du leader de Tame Impala lorsqu’on a pour mission de faire l’inventaire des disques où mélodies et production n’ont pas été terminées à l’arrière du camion à la manière d’un veau qu’on achèverait à coups de bottin. Qu’il s’agisse du « Lonerism » de Tame Impala, du groupe récréatif Pond et plus récemment encore du premier album de sa petite copine de Melody’s Echo Chamber, Kevin turbine sec pour raviver la philosophie des sixties – un disque par an ou presque, un physique à la Kevin Ayers, un certain goût pour les productions stratosphériques – et, pour ainsi dire, ne perd jamais.
La chronique ci-jointe étant dédiée à ce mystérieux groupe à i tréma, on est bien en droit de se demander ce que vient foutre l’ami Parker dans le mini-film. C’est que Kevin a mixé le premier EP à paraître sur le label Entreprise ; et qu’au-delà de l’effet tête de gondole qui convaincrait sans peine votre gros con de voisin de bureau (vous savez, le graphiste trentenaire qui a acheté « Lonerism » parce qu’il a entendu la musique dans une pub) cela s’entend. Et plus que ça même, cela s’écoute.
De Moodoïd, on ne sait pas grand-chose hormis le fait que son leader se nomme Pablo Padovani et qu’il est aussi – tiens tiens – guitariste chez Melody Echo Chamber. Partant de là, on comprend bien comment Kevin s’est retrouvé à pousser les boutons sur la console de mixage pour cet étonnant résultat qui, en quatre pistes, donne l’impression d’être à cheval entre le cirque Pinder et le Rock and Roll Circus, avec d’un côté le tintouin des instruments qui font office de fanfare et de l’autre le psychédélisme nouveau siècle qu’on avait déjà aimé quand Connan Mockasin batifolait avec ses dauphins bariolés.
Je suis la montagne, titre grand s’il en est, ne tient que sur un riff légèrement désaccordé étiré comme une corde à linge ; il possède la mystérieuse force des titres qui restent en tête des jours durant au point qu’on est en droit de se demander si la relativité d’Einstein ne pourrait pas s’appliquer à certains groupes psyché. Le temps et l’espace ici se combinent, l’auditeur a l’impression que le morceau a duré dix minutes, il n’en est rien. 4.55 au compteur, vision sous acides de quatre clowns incas fabriquant du marshmallow rose dans une bétonneuse. A la manière de ces autres gamins nommés Forever Pavot, Moodoïd pratique une musique pas vraiment moderne mais qui refuse néanmoins d’arborer le passéisme en étendard. Suffit pour cela d’écouter Je sais ce que tu es, version francophone d’un délire polyphonique tiré du « Innerspeaker » de Tame Impala. C’est à la fois ample, ambitieux et raisonnablement fou ; un peu comme si vous aviez décidé de remettre les codes de la valise nucléaire à Syd Barrett.
En évoquant Kevin Parker et ses petits protégés, on repense à Gong et son leader, Daevid Allen, coincé en France en 1967 pour de sombres raisons de visa périmé et qui, pour passer le temps au pays de Johnny, donna naissance à Gong. Dans le cas de Parker, les raisons de son exil à Paris sont plus incertaines ; une certaine idée du romantisme et des jardins du Luxembourg, une nostalgie des beaux châteaux, la charcuterie peut-être. Grâce à lui et quoi qu’il en soit, Moodoïd se hisse à un niveau étonnant pour un si jeune groupe. Avec Dorian Pimpernel, Aquaserge et quelques autres, une bonne raison pour croire en un « printemps français » où les disques de Jean-Louis Aubert seraient tous écrasés par des tanks.
Moodoïd // EP // Disques Entreprise
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2 commentaires
OUAIS écrasons les disques de Jean-Louis Aubert avec des tanks, il serait temps.
Sinon Pablo, il est sympa (il donne les setlists de MEC avec un sourire).
La meilleure c’est la chanson du ciel de diamant, vraiment folle cette chanson, surtout la fin.