Leur premier EP ? Il n’a été édité qu’à 50 exemplaires. Le look du leader ? Complètement baba. Et la musique alors ? D’un autre âge, sous le soleil de 1967 exactement. Avec ces maigres informations, on aura vite fait de comprendre que Forever Pavot n’est pas un groupe de rock débarqué de Mercure avec un synthé qui fait couin couin, pas plus qu’une bande d’activistes militant pour la légalisation du thé vert et des semelles orthopédiques dans les salles polyvalentes.

Comme les drogues douces et le rock ne sont aujourd’hui plus subversifs, il y a de quoi s’étonner qu’un groupe ayant commencé sa carrière en 2013 puisse avoir pour idoles une bande de grabataires s’étant défoncé les sinus et tous les orifices voilà déjà cinquante ans. Une seule raison peut-être : Pour les mélodies pardi !
A l’inverse des chansons, le premier EP de Forever Pavot n’en manquent pas. Des chansons, il y en a quatre. Des mélodies, beaucoup plus. Des chœurs, des riffs, de la fuzz, des chuintements angéliques, des petites lignes de synthés décrivant l’Inde de 2050, du roulement de tambours à t’en décoller les mirettes et plus de raisons encore de croire davantage en ces petits bricolages qu’en tout ce qu’ont pu produire les Black Angels depuis que leurs barbes sont plus longues que leur talent. Bref, on s’égare. A l’instar des Wall Of Death, le groupe fondé par Emile des Arun Tazzieff prouve qu’il n’est plus nécessaire d’être signé chez Pan European pour s’imaginer un destin de freak à la française. Christophe Colomb, premier titre de l’EP, est un hit psyché tel qu’on pourrait en rêver au Vatican si les hosties avaient été remplacées par des buvards.

Derrière la folie douce de ce groupe pas porté sur les drogues dures, un certain étonnement donc. Comment ces quatre zozos sont-ils parvenus à retrouver le son d’époque quand tant d’autres portent une sainte dévotion au vintage sans jamais parvenir à faire tourner la montre à l’envers ? On n’aura pas vraiment le temps de résoudre ce mystère anachronique ; l’EP est déjà terminé qu’il faut déjà rembobiner la bande, tenter de comprendre encore comment un seul morceau – Le pénitent le passé, sublime instrumental – parvient à marier les délires électriques d’Ennio Morricone période « Citta’ Violenta » avec La Horse de Gainsbourg et Jean-Claude Vannier. Il faut tout de même un certain toupet, voire un talent certain, pour évoquer sans pasticher, pour coller sans copier. Et le pire de tout, c’est que ces jeunes gens sont Français, qu’ils ont grandi dans un pays où Sacha Distel bassina toute une génération avec sa bise aux hippies, et que malgré tous ces handicaps, Forever Pavot dilate les oreilles sans effort avec force romantisme, folle légèreté et fière allure. Cowboys d’un western en papier mâché, ces pistoleros déviants font la chasse aux grises mines. Sous les graines de pavots, quatre plages fantastiques.

Forever Pavot // EP // Frantic City
http://foreverpavot.bandcamp.com/

foreverpavot

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2 commentaires

  1. « un hit psyché tel qu’on pourrait en rêver au Vatican si les hosties avaient été remplacées par des buvards. »

    Joli !

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