Trois ans à attendre le successeur de « Congratulations ». A presque 70 ans, je peux assurer que ce sont les années les plus longues de ma vie… Jamais je n’avais autant attendu un disque depuis « Maurice Chevalier chante Paris ». Avant même d’avoir écouté« MGMT », troisième disque du groupe éponyme, je sais que je vais avoir plein de choses intéressantes à raconter.

Andrew VanWyngarden et Ben Goldwasser – les deux musiciens qui portent le groupe MGMT et dont personne ne connait les noms – ont toutes les cartes en main pour devenir les rois du monde après deux franches réussites. « Oracular Spectacular » paraît en 2007 et cartonne. C’est leur second ou troisième album : tout dépend si l’on tient compte du dispensable « Climbing to New Lows » paru lorsque le groupe s’appelait encore The Management et que je n’ai bien sûr jamais écouté. « Oracular Spectacular » regorge de tubes que l’on entendit partout, chez Franprix ou chez le coiffeur. Il est difficile d’écouter Kids aujourd’hui sans penser à Nadine Morano se trémoussant au milieu de militants UMP dans le cadre des universités d’été, ce morceau ayant été à l’époque utilisé sans l’autorisation du groupe par ce parti politique aujourd’hui disparu. Un album efficace et pas désagréable.

MGMT« Congratulations » – dont on n’attendait pas grand-chose – sort trois ans plus tard, et le miracle a enfin eu lieu : un album homogène et limpide composé de neufs chansons pop merveilleusement bien écrites et produites par « Sonic Boom », ancien membre du collectif junkie Spacemen 3. Prises séparément, les chansons ne valent pas autant qu’une écoute complète de l’album. Flash Delirium sonne comme le meilleur de Roxy Music sous MDMA. Et les douze minutes de Siberian Breaks laissent présager ce qu’aurait pu composer Brian Wilson s’il avait tenté d’égaler le medley de la seconde face d’« Abbey Road ». Hors ces sommets, rien à jeter. Deux hommages à Dan Treacy – allumé notoire et leader des Television Personalities – et à Brian Eno donnent une touche légère à l’ensemble. Bon, les petits malins de MGMT ne se sont pas gênés d’aller piquer des trucs par-ci par-là. La ligne de basse de Congratulations – chanson qui clôt l’album – a par exemple été barbotée à The Band (The Weight). Du beau boulot quand même.

La bonne surprise de 2010, c’est que d’autres très bons disques de rock sont parus cette même année : un événement qui ne s’était pas produit depuis un bail. En effet, ces quinze dernières années correspondent à la période la moins passionnante d’un genre né il y a 60 ans. Les ruptures musicales de notre époque ne sont plus aussi nettes et nombreuses qu’auparavant, les années 2000 étant un grand fourre-tout tout mou et tout flou dans lequel les styles se télescopent sans innovation majeure. Par exemple, sept ans se sont écoulés entre les sorties de « Revolver » (1966) et « The Dark Side of the Moon » (1973) : les techniques d’enregistrement, d’écriture et de production ont considérablement évolué entre les dates de parution de ces disques qui sont devenues des références dans leur genre. Sept ans, c’est ce qui sépare les parutions d’« Elephant » des White Stripes (2003) et l’un des meilleurs albums de Kanye West : « My Beautiful Dark Twisted Fantasy ». Or, ces derniers disques auraient pu sortir simultanément que tout le monde n’y aurait vu que du feu.

Après plusieurs années de disette musicale donc, la parution d’albums des Flaming Lips, Tame Impala, Metronomy, Hot Chip et Ariel Pink a ravi les amateurs de la chose rock, et moi le premier. Ces quelques mois m’ont réconcilié avec le rock du XXIème siècle, et m’ont permis d’écouter enfin de la musique contemporaine. Une aubaine pour le vieux con aigri et neurasthénique que j’étais devenu : j’avais de nouveau 55 balais dans ma tête.

mgmt-2013Vous comprendrez que « MGMT » était attendu. Le premier extrait du disque diffusé au printemps – Alien Days – laissait augurer du meilleur : VanWyngarden et Goldwasser reprirent les choses là où ils les avaient laissées avec « Congratulations ». Du MGMT pur jus : une chanson de facture pop assez classique, avec juste ce qu’il faut de fêlure pour en devenir totalement accro à la dixième écoute.

Quarante écoutes plus tard, qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose à vrai dire, si ce n’est que cet album est une vraie déception. J’ai failli écrire « ratage total », mais me suis ravisé étant donné que Daft Punk et Stromae – le Richard Anthony belge – ont eux aussi sorti un album chacun en 2013. « MGMT » mérite meilleur traitement, certes. Mais cela n’excuse rien. Je suis fumasse, moi qui espérais leur tresser des couronnes de lauriers à ces deux cancres !

Quel est le problème, au juste ? Des idées à peine explorées, des chansons inachevées et un album plat qui ne décolle jamais, sauvés tout juste par la production de Dave Friedmann, alchimiste qui a failli dans sa mission de changer la bouse en or. On touche le fond avec la chanson Cool Song N°2 : une rengaine interminable inspirée de ce que faisaient les Talking Heads au début des années 80. En mille fois moins bien. J’espère ne jamais réécouter ce truc une quarante-et-unième fois, je n’y survivrais pas. Une scie horripilante qui s’appelle Plenty of Girls in the Sea se cache vers la fin du disque. Le morceau Yellow Submarine ressemble au meilleur de Tim Buckley en comparaison et même les nanas de Cocorosie n’en auraient pas voulu pour une face B.
Bon, tout n’est pas aussi nul. Soyons honnêtes : quelques morceaux comme Mystery Disease, A Good Sadness ou I Love you to Death tiennent la route. Ambiances intéressantes, légèrement anxiogènes, juste ce qu’il faut. Production aérée, chiadée, carrée : merci Friedmann. Mais le charme est rompu, un disque ne peut être réussi s’il ne tient qu’à sa production. L’album est trop haché pour être écouté d’une traite. Trop de temps morts, de chansons tournant à vide. Quant aux influences, elles ne sont pas aussi bien assimilées et digérées que sur les albums précédents : Introspection et le nouveau single Your Life is a Lie sont des pastiches lourdingues de ce que composait Syd Barrett il y a 45 ans. J’ai d’ailleurs toujours trouvé Barrett assez chiant et, même si toute son œuvre n’est pas à jeter, des morceaux comme The Gnome et Scarecrow gâchent l’écoute du surestimé « The Piper at the Gates of Dawn ». Trop datés, trop laborieux, pas assez spontanés. Pour quelles raisons nos deux zozos sont-ils tombés dans cet écueil en dépit d’une culture musicale riche et variée, de Love aux Sparks ? Au point où ils en sont, pourquoi ne prendraient-ils pas Louis Prima ou Dick Dale comme inspirations principales de leur prochain disque ?

mgmttourIl y a quelques années, les membres de MGMT confessaient leur penchant pour les substances psychoactives dans plusieurs interviews. A force, je suis convaincu que nos deux gonzes se sont drogués à mort pendant l’enregistrement du dernier album et ont couru les filles au lieu de bosser. Folle et impétueuse jeunesse… La schnouf leur aura grillé quelques neurones dans l’affaire, et retiré toute clairvoyance quant à la qualité de leur travail. « On a fumé des douze feuilles pendant l’enregistrement pour atténuer les effets de la coke qu’on s’enfilait à qui mieux mieux, on était chiredé, on a trop trippé… » J’extrapole totalement, mais je suis sûr qu’il y a de ça. N’est pas Bowie et les Beatles qui veut. Sachant que Bob Dylan a pondu ses albums les plus chiants quand il s’est converti au catholicisme, on peut que conseiller à VanWyngarden et Goldwasser de devenir mormons : des disques médiocres mais une meilleure santé. Les mecs, il serait temps de grandir un peu…

Si vous lisez des critiques dans la presse indiquant que cet album est « celui de la maturité » ou que les « délicates chansons foutraques et psyché du nouvel opus de MGMT sont épatantes », c’est soit du foutage de gueule, soit un complot ourdi par la maison de disque pour vous soutirer votre pognon. Très franchement, je vous conseille de vous taper l’intégrale de Salvatore Adamo plutôt que cette purge. Vous aurez plus de choses à dire lors de vos prochains apéros. Suggestion de vieux con.

MGMT // MGMT // Sony
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8 commentaires

  1. Curieux, j’ai entendu que le single « Your Life is a Lie », mais le dernier reproche que je lui ferais est de ne pas ressembler à Sparks.
    Le « ça ressemble trop à Syd Barrett », je le garde pour Jacco Gardner

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