Vent de liberté chez hippies ; les vieilles font de la résistance : un an après le très sec et très beau « Terre Neuve » de Brigitte Fontaine, c’est au tour d’une autre inclassable de refaire parler d’elle. Avec « Jours de grève », un disque free, trance et chamanique, la folkeuse de 71 ans Emmanuelle Parrenin devient, en duo avec Tolouse Low Trax, telle une formidable mémé qui dit non.

Difficile de résumer la carrière d’Emmanuelle Parrenin autrement qu’avec des pointillés. Reliés entre eux, ils forment une trajectoire sinusoïdale ; ça va, ça dévie, ça revient. Hormis Brigitte Fontaine peut-être, quoique sur un registre moins commercialisé, peu de femmes françaises peuvent se targuer d’avoir débuté en 1970 et d’être, cinquante ans plus tard, toujours là (pas dans un EHPAD pour vieilles gloires, donc).

Contrairement à la folkeuse anglais Vashti Bunyan, avec qui elle partage beaucoup de points communs, Parrenin n’a pas eu la chance d’être signée par Andrew Loog Oldham, le manager des Rolling Stones. Sa Mecque à elle (pour citer gratuitement Diams), ce sont la vielle à roue et le dulcimer (un instrument médiéval à cordes frappées). Alors, comment vous dire : dés le début, tout était écrit pour que l’histoire de cette Emmanuelle des seventies reste coincée dans la marge.

Tout avait pourtant bien commencé. Emmanuelle Parrenin a grandi dans la maison où vécut jadis Ravel. Son père est le fondateur du Quatuor Parrenin, un ensemble de musique de chambre français fondé à la Libération. Toute son enfance, la jeune fille sera bercée par une certaine idée de la rigueur musicale et comme on s’en doute, partira faire l’inverse, préférant les bachi-bouzouks à Bartók.

https://www.youtube.com/watch?v=bXsjQ11ok_g&ab_channel=TonyLymp

Draguée à l’adolescence par un certain Eric Clapton, Emmanuelle découvre la free revolution, les beatnicks de Montmartre et du quartier Latin, puis décide dans un enchainement d’événements de dessiner des slips pour la Redoute. Nous sommes en 1968. Quatre ans plus tard, elle achète sa première vielle à roue contribuera silencieusement au groupe Mélusine et inspirera massivement le groupe France et toute la scène néo-médiévale-auvergnate du collectif La Novia, apparu dans les années 2010.
Pour l’heure, la vie d’Emmanuelle est, pour le coup, vraiment souterraine. Au gré des pérégrinations libertaires, Emmanuelle sort finalement son album « Maison Rose » en pleine année du punk. Nous sommes en 1977. Puis elle disparait.

Tout au long des années 80, elle se perdra dans les contingences (travailler pour vivre) et rêves utopiques (vivre pour chanter). En 1993, à 44 ans, la fol’dingue devient sourde, temporairement, à la suite d’un accident. Elle retrouve pourtant ses deux oreilles en jouant de la harpe, puis décide de devenir art-thérapeute – ce qu’elle est encore, aujourd’hui. Milieu des années 2000, le directeur artistique Jan Ghazi (à qui l’on doit aussi Mustang, entre autre) la connecte à Flop et aux Disques Bien, où sortira finalement 4 ans plus tard son deuxième album, « Maison Cube ».

Entre temps, la poétesse plus barrée qu’un accord a fait connaissance avec un autre garçon de la bande, Etienne Jaumet, qui l’invite sur son premier album solo (« Night Music »), avant de carrément lui offrir un disque avec Jean-Fabien Dijoud, en 2017.
Après 30 ans de mise en sommeil, poussée par une génération plus jeune qu’elle, Parrenin met le turbo et publie, toujours en 2017, le très bel album « Pérélandra » chez Souffle Continu, où l’on peut entendre son vieux compère Didier Malherbe (ex Gong) aux sax et à la flute.

Le dernier des pointillés de cette carrière en forme de bande d’arrêt d’urgence, c’est « Jours de grève », un disque produit par Gilbert Cohen pendant les grèves parisiennes de 2019. Ce dernier explique : « Depuis longtemps me trottait dans la tête l’idée de faire un disque avec cette égérie folk française des 70’s qui n’a jamais arrêté de polir son âme. Une voix du fond des âges, des gazouillis qui n’appartiennent qu’à elle, et le don précieux de faire parler la roue à vielle, cet ancêtre moyenâgeux du drone. L’idée de l’associer au sorcier minimaliste de Düsseldorf, Detlef Weinrich (aka Tolouse LowTrax) s’imposait, tant leurs univers me semblaient étrangement converger ». Libre, sans début ni fin, conçu comme un dédale sans murs, « Jours de grève » renoue brillamment avec l’esprit d’insurrection mélodique des années 70, et cette envie de rêves utopistes et de vies communautaires loin du capital.

Sur ce disque où paradoxalement ça ne chôme pas, on retrouve également Ghédalia Tazartès et Quentin Rollet (au sax). La moyenne d’âge des musiciens présents en studio est certes plus élevée que celle d’un boys band de Corée du sud, mais ce disque délirium laisse entendre assez de folie sur ses 8 titres pour qu’on entende transpirer la joie de la musique pour la musique ; une sensation éminemment juvénile, voire enfantine, qui fait dire qu’à ce rythme là, Parrenin sera encore là sans dix ans, sans forcer.

« Il y a des années où l’on a envie de ne rien faire » disait feu Pierre Barouh, maitre du label Saravah où l’on trouvait aussi bien Fontaine que Jacques Higelin ou Areski Belkacem. Ce nouvelle album de la folkeuse aurait parfaitement eu sa place auprès de ces branleurs forcenés.

Emmanuelle Parrenin & Detflef Weinrich // Jours de grève // Versatile
https://shop.versatilerecords.com/album/emmanuelle-parrenin-detlef-weinrich-jours-de-gr-ve-lp-verlp41

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7 commentaires

  1. medodies massacrées, aux halles cé un peu trop cher et l’accueil de tres mauvais ton….. & theatre musical d’areski un brun poussif…..

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