Chaque week-end, ils remplissent les clubs mais personne n’écoute leurs disques. Serait-ce une erreur ? Il semble pourtant que les Djs et producteurs de musique Techno soient les disciples sous ecstasy de Frank Zappa. Freak out !

Dans son ouvrage Kraurtock Sampler, le critique Julian Cope est catégorique : « le Mothers Of Invention de Frank Zappa est l’un des groupes qui a le plus inspiré l’underground allemand de la fin des années 60 ». Grâce à sa venue à l’un des tout premier rassemblement de contre-culture à Essener Sontag Festival en 1968, Zappa va influencer des dizaines de baba-cool et d’étudiants en art disciples de Stockhausen. Le résultat sera le mouvement Rock Choucroute : du choux fleur cérébral accompagné de saucisses de Frankfort en haute contenance de THC ! La folie, le côté freak sous acides, la dégaine de branleur cosmique, le cool de San Francisco, le goût de l’expérimentation tout en restant fun : l’attitude et l’esthétique de Frank Zappa se retrouve dans diverses branches de la pop culture.

Résultat de recherche d'images pour "frank zappa You Are What You Is "A l’heure des bilans et des commémorations – un focus sur Zappa à la Philharmonie de Paris en ce moment – force est de constater que si les 583 disques du moustachu-hippie atteignent des sommets de pénibilité et restent inécoutables, son esprit libertaire et enfumé des débuts, lui, reste très présent… chez les DJs et producteurs Techno. Alors que ces derniers passent leurs week-ends à mixer du poum-tchak dans les clubs, ils sortent des disques que absolument personne n’attend d’eux : des productions complètement ésotériques gorgées d’acid-rock, de Krautrock dément et de psychédélisme chamanique qui sont au final très pops et accessibles. A l’écoute de ces très nombreuses productions qui sortent sans arrêt sur des labels obscurs, on s’aperçoit pourtant de la forme olympienne des disques-jockeys du samedi soir. Zappesque dans l’attitude plus que dans le son : pas de triple disque d’opéra jazz-rock parodique, mais plutôt l’envie de lever son nez de la piste de danse, et d’aller voir là-haut vers les étoiles. Prise de risque, allez là où personne ne les attend et tout cela en toute décontraction et sans relents de naphtaline, les producteurs Techno sonnent plus rock que les rockers !

Rapide passage en revue de morceaux sortis très récemment des nouveaux dieux de l’Acid Rock.

Sascha Funke & Niklas Wandt – Die Säge 

Le Berlinois Sascha Funke est dans le game de la minimal allemande et remplit les clubs et festivals depuis presque 20 ans. Il a sorti un magnifique album « Lotos Land » l’année dernière qui lorgnait curieusement vers le post punk glacial. Il est de retour, plus freak que jamais, avec ce maxi étonnant rempli d’incantations très kraut. Des morceaux de 10 minutes, avec chant en allemand, tam-tam, oscillateur électronique qui font bleep-bleeeeep et gilet en peau de chèvre.

Creep Show – Mr Dynamite 

Sur la pochette de son album « You Are What You Is » de 81, Frank Zappa posait en toute décontraction en peignoir saumon et T-shirt jaune appuyé contre un mur lavande du plus bel effet. On pouvait s’attendre enfin à un album synth-funk californien ? Que nenni, c’est encore un album chiant de jazz-rock FM grandiloquent. Par contre le vrai funk-FM malsain et bizarre c’est peut-être ce projet Creep Show réunissant John Grant et le leader de Cabaret Voltaire. Qu’est-ce que l’on peut attendre de ce disque ? Du Sugarhill Gang en pleine descente d’acide un soir d’Halloween.

BEATFOOT – De Vibez ( Red Axes remix) 

Là, on rentre dans le coeur du sujet. S’il fallait citer les ultimes nouveaux Frank Zappa ultimes, ce serait ces gothiques des plages de Red Axes. Le duo israélien ne fait rien comme tout le monde : il sort des dizaines de disques et de remix chaque année complètement barrés sur la comète. Les mecs ne redescendent jamais. Le pire, c’est que plus ils creusent leur côté freak, plus ils trouvent leur public. Signé sur leur propre label, voici le premier maxi de leur batteur Udi Naor sous le nom de Beatfoot. En face B, le remix met en avant cette montée pop et ce refrain incroyable qui explose au bout de quatre minutes. Un grand drop, ça se mérite.

The White Screens – Death To Techno (Red Axes Remix) 

Saviez-vous que Sébastien Tellier était le beau-frère de Philippe Manœuvre ? Je me demande de quoi ils parlent à Noël : peut-être de Frank Zappa, allez savoir… On continue avec la galaxie cosmique des Red Axes. Ici le groupe de rock garage-psyché The White Screens. Un titre de track très Zappa et peut être le meilleur titre de tous les temps depuis Rock’n’roll Is Dead de Lenny Kravitz: « MORT A LA TECHNO » ! Ça chante en hébreu (« mavéth la techno »), il y a des guitares, une boîte à rythmes, de la drogue et de l’orgue Farfisa comme dans « Their Satanic Majesties Request » des Stones. On n’est pas loin, en tout cas.

Aurum Miles – Easy Come Easy Go (Il Est Vilaine remix) 

Encore un très bon exemple : ici les pousseurs de disques de ta discothèque favorite veulent sonner comme une sorte de Nick Cave funk. Très belle construction, chaque élément est à sa place, tout sonne extraordinairement juste et la production est majestueuse : sorti dans l’indifférence générale, c’est un des tout meilleur remix d’Il Est Vilaine. Il faut savoir que ces mecs débarquent sur scène avec des vestes en jean sans manches siglées de leurs noms. Ce n’est pas anodin.

Dollkraut – Have I Told You (Borusiade remix) 

On s’éloigne du sujet ? On s’en tape du sujet, on s’en tape de Frank Zappa. On lui nique sa mère, le gars a passé sa vie à sortir des centaines de disques merdiques. Par contre Dollkraut – encore un magicien allemand – fait un début de carrière sans fautes, lui. A mi-chemin entre l’EBM cuir et le coupé-décalé futuriste. « La meilleure façon de prévoir le futur, c’est de l’inventer » : cette phrase n’est pas de moi mais de l’agent Mulder dans un épisode de X-Files.

Dollkraut – Lezdom 

Quelque chose me dit que parler de Frank Zappa en introduction n’était qu’un prétexte perfide pour vous vendre des disques de new wave sataniques gorgés du sang sacrificiel de George Michael. Tout à fait, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre.

Snapped Ankles – CIA Man (NSA Man Violation)

Le rock est votre vice ? La boucle est bouclée : ici une reprise des mythique The Fugs, ce groupe contestataire des 60’s qualifié par le FBI de « vulgaire et répugnant ». Les nouveaux punks anglais de Snapped Ankles adaptent ce morceau en NSA Man. C’est quand même plus drôle que les opéras parodiques de Frank Zappa, non ? Petit détail : les Snapped Ankles se produisent sur scène avec des costumes d’hommes des cavernes en peau de bêtes sauvages. Et bientôt à Paris, me dit-on.

Uncanny Valley – Chain Store 

Bizarrement, j’entends du Frank Zappa dans ce morceau. En fait j’entends du Frank Zappa partout, je pense, vu que c’est la thématique bancale de ce papier. C’est le premier maxi de ces jeunes Londoniens, l’album arrive bientôt et c’est assez foudroyant de maîtrise. J’aime comment ils arrivent à glisser une phrase du poète anglais Frank O’Hara : « Having a Coke with you ». Très classe et sans moustache.

Superpitcher – Golden Ravedays 12 

On finit en toute simplicité : Durant l’année 2017 et 2018, l’allemand Aksel Schaufler aka Superpitcher a sorti un projet de 12 putain de maxis remplis de morceaux de 14 minutes chacun. Ce qui fait – j’ai compté – environ 340 minutes, soit près de cinq heures et demie ! Ce n’est pas Frank Zappa comme attitude, ça ? Personne n’a apprécié ces volumes de ‘Golden Ravedays’ à leur juste valeur tout simplement car plus personne n’a le temps. Exactement comme plus personne n’a le temps de s’écouter du Frank Zappa en 2019. Mais chapeau bas à Superpitcher pour la performance et ces morceaux dingos de Kraut-dub hypnotiques hyper drogués comme ce Punky Reggae Party.

Sinon, vous n’avez pas eu l’impression de vous être fait arnaquer ?

14 commentaires

  1. a trois tu piles c nül, va a l’ecole du verbe! tiens une : un groupe de filles qui crient sur un 45t @ 11boules c bien, mais c quand même mieux deradiqué ben _belllllla llllla-

  2. Bon on va pas faire un débat sur la pertinence de l’article, vu qu’il n’y en a pas….

    Juste à rappeler que Zappa n’est pas qu’un musicien expérimental.
    Il y a une dimension critique de la société américaine qui circule dans tout son travail.
    Ainsi que de l’humour et de la dérision.
    Mais ça n’a pas l’air de concerner l’auteur de l’article.
    C’est n’est pas la première fois que ce demi stagiaire de la pige utilise le grand écart pour nous faire écouter ses découvertes à deux balles.
    Continue mon brave tu es sur la bonne voie.

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