A 50 ans, Grant devient avec un autre John (Maus) l’incarnation de cette Amérique déviante regardant dans le rétro pour entamer sa thérapie : des synthés ras la gueule, des refrains avec beaucoup d’échos, le fantôme de Depeche Mode dans un Glory Hole où Freddie Mercury sucerait des tubes à la chaîne, tout est sur « Love is magic », nouvel album aussi déprimant qu’un tube de Valium placé sur la piste de danse.

La majorité des disques indie sortis ces derniers mois n’osent pas. Ils reprennent des formules existantes, s’arrêtent avant la ligne d’arrivée, celle après laquelle chacun pourrait pourtant sortir de sa confort zone. Ces disques, vous les connaissez parce que vous ne vous en souvenez pas, ce sont des « was been », des albums tellement codifiés qu’en plus d’être ringards, ils n’existeront jamais.

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Le syndrome de la « piste 3 », qui veut que l’auditeur n’aille jamais plus loin que la troisième piste de ces gentillesses enregistrées sans ambition, c’est précisément tout l’inverse du nouveau John Grant, libéré et délivré pour paraphraser la Reine des neiges, depuis l’annonce de sa séropositivité en 2012, lors d’un concert avec Hercules & Love Affair. Avant cela, John a grandi dans une famille méthodiste orthodoxe au fin fond du Colorado, dissimulant son homosexualité naissante jusqu’à l’âge de 25 ans. Puis viendront trois albums dont le premier enregistré avec Midlake, qui lui apporteront la reconnaissance dont il semblait avoir besoin pour, lui-même, se reconnaître. Fin de la musico-thérapie.

Si « Love is magic » est un grand album, c’est parce qu’il s’affranchit de tous les codes relatif au supposé bon goût ; les mêmes qui ont tant paralysé James Murphy sur le dernier né des LCD, à la fois bourgeois, trop centré sur les regards extérieurs, un peu comme lorsque nous dansons avec l’appréhension du regard des filles sur le bord de piste. John Grant, pour les raisons qu’on sait, se moque pleinement du jugement féminin, et c’est peut-être ce qui donne à son nouvel essai ce parfum de boogie électronique que les quadras aimèrent tant chez Depeche Mode quand ceux-ci ne s’entendaient pas encore dire qu’ils étaient devenus les garçons-coiffeurs-rois-du-monde.

En complet hors-piste, Grant déclenche donc une avalanche de synthés sur un album dans la droite lignée de Gary Numan, période Tubeway Army, et John Maus. Ces deux références rassureront certainement ceux qui croyaient avoir affaire à un disque chouinant à la Grizzly Bear sponsorisé par Kleenex ; « Love is magic », oui, sonne terriblement années 80, dans ce que la peut signifier de mieux ; les refrains sont « putes », la direction artistique absolument décomplexée, les lignes de basse, farouches. De l’autre côté du rayon funk, Chic a annoncé son grand retour alors que sa moitié, Bernard Edwards, est mort voilà plus de 20 ans. John Grant, lui, un demi-siècle de contradictions à son actif, livre le parfait album chic et freak à la fois. Accessoirement, c’est Paul Alexander de Midlake qui l’a produit, mais la logique voudrait que cette fois, tout le monde s’en foute.

John Grant // Love is Magic, sortie le 12 octobre chez Bella Union
En concert à la Gaité Lyrique le 22 novembre

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