Chez Gonzaï, on ne se réjouira jamais de la mort de quelqu’un. Pourtant, savoir que 2025 emporte avec elle un leader français d’extrême droite et Dick Cheney (pour ne citer qu’eux) procure un soulagement bienvenu. On espère que 2026 gardera ce rythme de croisière. Qui dit nouvelle rotation autour du Soleil dit nouvelle récolte de films. Et elle fut bonne ; y a qu’à se baisser ! Avant de trinquer au réveillon, revenons en détails sur le TOP 25 des oeuvres sorties ces 12 derniers mois.
En cadeaux sous ce sapin garni, 5 bangers encore inédits en salles et 5 flops. Flemme par contre de chroniquer les très mid L’Inconnu de la Grande Arche, KPop Demon Hunters et Sirāt. Idem, on a zappé des ratages comme Life of Chuck, The Lost Bus, Companion et Marche ou crève parce qu’on a de l’hygiène :
25- Babygirl de Halina Reijn
5,8/10 sur Imdb. 2,3/5 sur AlloCiné. 2,7/5 sur Letterboxd. Aucun film n’a autant divisé que Babygirl en 2025. Et c’est bien pour ça qu’il mérite une place dans ce top. Une CEO (Nicole Kidman) entame une liaison avec un stagiaire (Harris Dickinson). En plus de mettre en danger leur vie professionnelle et personnelle, les amants se livrent à des jeux de dominations pervers jusqu’au point de non-retour. Après le dispensable Bodies Bodies Bodies, Reijn réussit le rêve des provocateurs chevronnés : énerver la gauche comme la droite, irriter les progressistes comme les conservateurs. Avec ce 50 Shades of Grey dépressif, le public éprouve exactement la même frustration que la protagoniste. La vraie question : pourquoi tirons-nous de la jouissance du négatif ? Pourquoi aimons-nous ce qui nous blesse ? Le film survole un océan de noirceur humaine sur la haine de soi, la dégradation mentale/physique et comment, malgré tout, nous en redemandons. Cette obsession crée des tableaux S&M saisissants tels que Nicole Kidman punie debout dans un coin ou mangeant à quatre pattes dans la main de son stagiaire. On regrettera un épilogue en demi-molle qui douchent les ardeurs érotiques. Mais n’est-ce pas là le but de Babygirl ? Nous refuser l’orgasme ? Par cette prouesse métatextuelle, Babygirl mérite votre voyeurisme. Un edging dont les sommets auraient titillé Georges Bataille.
24- La Petite Dernière de Hafsia Herzi
Ça aurait du être un raz-de-marée mais ça a fait pschittt ! Après son César de la meilleure actrice pour Borgo, Hafsia Herzi nous revenait derrière la caméra avec son troisième long-métrage, La Petite Dernière, récit initiatique sur une adolescente franco-algérienne découvrant son homosexualité. Loin d’être un échec, il décrocha un prix d’interprétation pour Nadia Melliti et le prix Louis Delluc. Cependant, le film devait sacrer Herzi en tant que réalisatrice française majeure. Tu mérites l’amour et le touchant Bonne Mère promettaient beaucoup. Peut-être que l’ombre d’Abdellatif Kechiche, son mentor, pèse dans le résultat esthétique contrasté et son engouement en demi-teinte. La première partie du récit suggère une simple redite de La Vie d’Adèle. Cette faiblesse du métrage en reproduit les mêmes enjeux, les mêmes clashs et les mêmes questionnements identitaires. Que ce soit une bagarre après un outing ou les premiers dates maladroits. Dans sa deuxième moitié abordant les études supérieures, La Petite Dernière ouvre de nouvelles pistes : maintenant que je suis libre, qu’est-ce que je veux ? Maintenant que j’ai ce que je veux, en suis-je pour autant heureuse ? Le raisonnement va plus loin que le manège bipolaire éculé des passions adolescentes. Herzi a l’intelligence de laisser ces crises en suspend et dégage une conclusion pudique entre une mère et sa fille. C’est dans ce coming out qui n’en est pas vraiment un que La Petite Dernière trouve sa singularité. Inégal mais lumineux.
23- Deux sœurs de Mike Leigh
Nous vivons en 2025 et apparemment, un cinéaste britannique fondateur tel que Mike Leigh a du mal à financer ses films. Quelle tristesse ! Alors que les Osgood Perkins chient quatre bouses par an. Le public n’a-t-il plus l’œil pour les œuvres délicates ? Celles où les silences disent plus que les dialogues. Lors de la fête des mères, Patsy et Chantelle tentent de se comprendre. La première pue la misanthropie maladive, antagonisant ses proches et les autres. La seconde tient un modeste salon de coiffure et tempère autour d’elle. Deux forces opposées, une ouverte au monde et l’autre fermée. D’une engueulade en public aux sanglots en famille, Deux soeurs s’émaillent de situations tragi-comiques. En dépit de ce scénario simple, Leigh n’oriente pas l’émotion et offre des personnages retors. Ce n’est pas parce qu’un personnage est triste que le spectateur le suivra. Est-ce ce style d’écriture exigeante ou le bide de Peterloo qui refroidit les financiers ? Toujours est-il que son chef d’oeuvre, Naked, ressort en salles le 28 janvier 2026. Ne le ratez pas !
22- Résurrection de Bi Gan
Dans un futur post-apocalyptique, une femme tombe dans un coma et traverse les époques comme autant d’étapes à son réveil. Voici Résurrection, le dernier phénomène de Bi Gan. Le surdoué chinois n’a que 3 long-métrages à son actif du haut de ses 36 ans mais fait déjà couler beaucoup d’encre. Son oeuvre nourrit les fantasmes les plus délirants, lui prêtant des parentés avec Lynch et Hitchcock. Rien que ça. De quoi intriguer surtout à l’écoute des retours passionnés à Cannes. Certains crièrent au chef d’oeuvre alors que d’autres pointèrent l’exercice de style prétentieux. Son parti-pris du plan-séquence interminable peut agacer tant l’artifice est historiquement galvaudé. Un grand voyage vers la nuit en montrait la limite, confinant à l’ennui. Comment renouveler les attentes de cette prouesse alors que le numérique efface ses contraintes majeures ? Résurrection bénéficie d’envolées surréalistes brillantes et une intrigue assez lisible pour y déceler une cohérence émotionnelle. En témoigne l’introduction hommage au cinéma muet où la virtuosité des effets éblouit par sa science, une idée chaque minute. Kaléidoscope d’influences, le plan-séquence central formule la meilleure variation de son auteur. Romantique, violent, beau, il éclipse le reste du métrage rendant l’achèvement final boiteux. Très curieux d’observer l’évolution de Bi Gan dont l’appétit cinématographique grandit à chaque projet. Par sa nature hermétique, Résurrection invite à embrasser l’abstraction chez le spectateur quitte à cliver. Une métaphore emboitée dans une énigme elle-même déguisée en poème où chaque vers cacherait cinq sens. Vertigineux.
21- Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
Un père célibataire (Leonardo DiCaprio) vit avec sa fille sous couverture à Baktan Cross. Son passé révolutionnaire le rattrape lorsqu’elle est enlevée et que le gouvernement les traque. Commence alors une course poursuite de presque 3 heures drivée par la paranoïa et les liens du sang. Une bataille après l’autre sera pour beaucoup le film de l’année. D’un côté, tout cinéphile qui se respecte ne peut que se réjouir de l’enthousiasme bienvenu pour la sortie d’un Paul Thomas Anderson. De l’autre, il y a la constatation du produit fini duquel nous questionnerons l’engouement général. Est-ce en raison de sa charge frontale contre l’administration Trump et sa politique fasciste ? Est-ce pour son casting quatre étoiles où la jeune Chase Infiniti vole la vedette ? Plébiscite d’autant plus improbable qu’il s’agit d’une adaptation de Thomas Pynchon (la 2ème pour PTA), auteur culte certes mais qui ne déplace pas les foules. Avec un budget à 200 millions de dollars, l’entreprise prenait des allures de gouffre financier et artistique. Cet assemblage hétéroclite n’en gâche pas la magie, surtout dans les segments entre DiCaprio, sa fille et son Sensei (Benicio Del Toro, génie comique). Ces instants de fièvre parano manquent, en comparaison à ceux du bad guy joué par Sean Penn. Une fois que la satire chez lui a été comprise, son intrigue perd en intérêt car attendue et balisée. L’on préfèrera Phantom Thread et Licorice Pizza, les derniers chef d’oeuvres récents de PTA.
20- The Ugly Stepsister d’Emilie Blichfeldt
Il était une fois, au temps des châteaux-forts et des robes longues, Elvira et Agnes, deux belles-soeurs se disputant les faveurs du Prince Julian. Agnes est reconnue comme la plus belle par leur entourage mais Elvira ne l’entend pas de cette oreille. Cette dernière passera par une suite d’opérations moyenâgeuses où la frontière cosmétique entre amputation et correction se brouillera. Premier film de la réalisatrice norvégienne Emilie Blichfeldt, The Ugly Stepsister est une petite claque bien vénère. Faux film en costumes mais véritable charge contre les diktats de la beauté, il s’inspire du Cendrillon (déjà) hardcore des frères Grimm. Comment un être s’oublie à travers son image et sa propre perception ? Fable vieille comme le monde et qui trouve une triste résonance jusqu’à nos jours. Blichfeldt dessine avec minutie la détérioration d’un individu et de son corps. Dent après dent. Orteil après orteil. Cheveu après cheveu. Vomi après vomi. Et ensuite ? Ces sacrifices en valaient-ils la peine ? Non, évidemment. L’épilogue âpre offre pourtant une rédemption à sa martyr. Dans The Substance, Coralie Fargeat travaillait ce besoin de perfection impossible afin d’en dénoncer l’absurdité cannibale. The Ugly Stepsister reprend à son compte le bilan et lui offre une maigre alternative. Un conte bien méchant où l’on rit, souffre et applaudit. Que demande le peuple ?
19- Oui de Nadav Lapid
Un couple d’artistes, Y et Jasmine, enchaine les petits boulots à Tel Aviv alors qu’Israël continue de bombarder Gaza. Y se voit confié une commande d’hymne national pro-Tsahal qui légitimerait les crimes de guerre actuels. Vient une lourde introspection où il reverra une ex au service de l’armée et voyagera près de la frontière. Certaines oeuvres sont d’une telle tristesse qu’il faut plusieurs semaines pour en digérer l’affliction. Elles toisent nos contradictions, celles qui rendent les hommes modernes monstrueux. Sortir, boire, fumer, se droguer, draguer, rire, danser alors que des enfants meurent de faim à quelques kilomètres. Devenir père et payer le loyer ? À quoi bon vivre dans une société si laide… Oublier l’horreur, s’en souvenir avant la chasser et ainsi de suite. La ronde infinie. Chaque fête mute, contaminée par le génocide, plus esseulée et vulgaire que la précédente, la sueur mélangée aux larmes. L’Humanité n’apprend rien et reproduit les mêmes schémas d’endoctrinement et de xénophobie quel que soit le siècle, piégée dans son propre enfer. Son égoïsme, son confort. Y voit les barreaux de sa cellule et ne peut que les contempler. On ne changera pas le monde ; on se contentera de vivre dedans et c’est cet aveu d’échec que Lapid nous transmet. Toucher le dégoût puis le dépasser ? Equation impossible que le peuple israélien portera le restant de ses jours. À cette prise de conscience, le vertige. Nadav Lapid plante l’incertitude sur le sort de ses personnages et de son pays. L’angoisse existentielle faite pellicule.
18- Evanouis de Zach Cregger
Cet été fut celui du cinéma d’horreur. Comme Bring Her Back, Evanouis signe la confirmation d’un cinéaste brillant, Zach Cregger, dont le Barbarian avait marqué les esprits en 2022. À tel point qu’une surenchère secrète à Hollywood entourait le scénario de son deuxième long-métrage. Jordan Peele se montrait intéressé mais Warner signa le poulain sur la promesse du final cut. Dans une petite ville américaine, une classe entière d’enfants disparait en une nuit. L’enquête pour les retrouver suivra leur professeure, son amant flic, le père d’un gamin et un crackhead. Cregger ne cache pas ses influences. Il cite Magnolia en interview et à travers, ce sous-genre de « la banlieue étrange » (Les Banlieusards, Little Children, American Beauty) et cette mode des films choraux clichetons des années 2000 « destins croisés » (21 grammes, Crash, Babel). Cregger pousse à fond les potards du train fantôme, mixant les storylines et les genres jusque dans ses éclairs d’horreur traversés d’absurde désopilant. À se demander où retombera cette toile d’histoires. Bon signe qui prouve son suspense, ménageant ses révélations et brouillant les pistes avec ses multiples points de vue. Tel un carambolage au ralenti, Evanouis culmine vers un crescendo jouissif façon Le Village des damnés 2025. Film culte en devenir.
17- Arco d’Ugo Bienvenu
Dans la crème de la crème du film animé, Arco formule le Yang du Yin qu’est Mémoires d’un escargot. À savoir un déluge de beauté SF là où Adam Elliot nous met la tête dans la lie de l’humanité. Arco, un enfant venu de l’an 2932 et portant une cap arc-en-ciel, s’est écrasé dans le passé. Décidé à retrouver son chemin, il sera épaulé par Iris, une petite fille gardée par un robot alors que ses parents s’harassent au travail. À hauteur d’enfant, Arco tient autant de la fable écologique candide que du film d’alien stricto sensu avec ses chasseurs d’UFO/fous du bus traquant le perdu des étoiles. Les citations accompagnent le récit et ne l’enferment pas. Spielberg et La Planète sauvage de Laloux sont convoqués sans que leur poids écrase, notamment dans le climax de l’incendie, aussi impressionnant qu’haletant. Ou dans le regard de ces enfants sur le monde qui émule Hayao Miyazaki dans ses meilleurs jours. Un flex tenant du prodige et rappellant une nouvelle fois la brillance des rebuts des Gobelins. Et on ne parlera pas des multiples refs aux mangas, comics et bd européenne tant elles se conjuguent à merveille au futur. Ce pot-pourri aurait pu se perdre et condense pourtant une richesse émotionnelle asseyant sa beauté. L’innocence et son prix : pas mal pour un premier film. Et merci à Nathalie Portman dont le flair a sauvé ce projet d’Ugo Bienvenu et Félix De Givry de la corbeille à brouillons.
16- Sorry, Baby d’Eva Victor
Eva Victor a débarqué dans ce top cinéma presque par effraction. Son Sorry, Baby ressemble à une pierre lancée dans une devanture bourgeoise, enorgueillie de sa bien-pensance. Un braquage surprise, un peu comme les Philippou, car Eva Victor s’est d’abord fait un nom grâce à ses sketchs sur Twitter. Son avenir lorgnait vers celui de Caitlin Reilly, jouant les seconds couteaux de luxe dans des films ou séries comiques à succès. Nous étions alors loin d’imaginer qu’elle écrirait, interpréterait et réaliserait un premier drame intimiste d’une justesse déconcertante. Celui où une professeure de littérature se remet doucement d’une agression sexuelle dans la campagne de la Nouvelle-Angleterre. Victor filme une bataille sans explosion ou pyrotechnie. La reconquête d’une intimité arrachée par petits bouts. Reconstruction passant par l’attention portée à plus faible comme le chaton sur l’affiche ou le nourrisson et sa déclaration poignante. Le traitement de l’agression est filmée avec une grande pudeur, en hors-champ et plan fixe. Victor actualise la brèche initiée par Claudia Weill avec Girlfriends. Le mal être post-hippie est ici remplacé par l’épuisement millenial et leur santé mentale godiche, référence à une des plus belles scènes de 2025 avec John Carroll Lynch. Des clés de compréhension d’Agnès resteront non dites. Au détour d’un regard, après un sourire, nous sentons que quelque chose restera changé malgré le chemin parcouru. Parfois, seuls la contemplation et l’arrêt pansent les plaies.
15- Bring Her Back de Michael et Danny Philippou
Suite au décès brutal de leur père, Andy et sa demie-soeur Piper sont placés en famille d’accueil chez Laura. Cette femme excentrique, fascinée par l’occulte, deviendra autant leur refuge que leur bourreau. Avec La main sorti il y a trois ans, les jumeaux Philippou se jetaient dans le grand bain du cinéma après une prolifique carrière de youtubeurs. De quoi faire peur sur le papier… Imaginez si Squeezie se rêvait John Carpenter. Merci mais non merci. Pourtant, ils réussirent leur pari. La transition n’était pas sans accroc car en dépit de sa propreté, La main restait anecdotique et déjà-vu dans ses apports au genre. Un galop d’essai. Essai auquel Bring Her Back répond de la plus cruelle des façons. Rares sont les films sortis cette année à abriter un tel degré de méchanceté viscérale. La faute sans doute à une Sally Hawkins à contre-emploi, prenant un plaisir sadique à maltraiter son image solaire. La faute surtout aux sorts des enfants entre ses griffes. Il y a quelque chose de sale à voir ces innocents subir les tortures des adultes. Au-delà de son cadre horrifique, Bring Her Back ajoute une couche mélodramatique réflexive sur la transmission des traumas. Un cercle vicieux ou plutôt une boucle symbolisée par le geste du rituel de possession. La conclusion assume son imagerie macabre d’une tristesse infinie où les jumeaux Philippou montent en gamme. Un romantisme noir dont la mélancolie hante les jours suivants.
14- Mémoires d’un escargot d’Adam Elliot
Le risque avec les films sortis en fin ou en début d’année est leur oubli des tops. Injuste au vu de la période des cérémonies où les distributeurs, petits et grands, gardent leurs meilleures pépites. Godland nous arrivait le 21 décembre et écrasait le reste des films parus en 2022. Pálmason mettait la concu en respect et semble réitérer l’exploit avec L’Amour qu’il nous reste le 17 décembre prochain. Pour la santé de cette liste, nous allons volontairement l’occulter et nous souvenir des Mémoires d’un escargot paru en janvier 2025. Quinze ans après le brillant Mary et Max, Adam Elliot nous renvoie à son Melbourne morne en stop-motion, la couleur en plus. Deux jumeaux séparés à la mort de leur père, Grace et Gilbert, survivent bon gré mal gré dans les années 70.
L’une retrouve goût à la vie avec Pinky, une vieille dame exubérante. L’autre est maltraité dans un camp religieux extrémiste où pleuvent les humiliations. Commence alors un périple où la paire se retrouvera à l’âge adulte, les abus et les épreuves derrière eux. Tel l’escargot, Elliot prit son temps pour pondre ce nouveau drame. Le choix de l’animation dénote par rapport à l’horreur des thèmes traités. Elliot ne se censure pas et n’épargne ni le frère et sa soeur ni les spectateurs, abordant la répression sexuelle et le fétichisme frontalement. Au point de dérouter les parents qui auront eu l’inconscience d’amener leurs enfants sans lire le synopsis. Les mioches sortiront avec de nouvelles questions et perspectives plein la caboche. Si ça peut leur éviter de devenir des homophobes misogynes, un moindre mal. Le meilleur film d’animation de 2025.
13- Un simple accident de Jafar Panahi
Vahid croit reconnaître son ancien tortionnaire des geôles iraniennes lors d’un dépanage. Le suspect avait une prothèse de jambe émettant le même bruit à chaque pas. Décidé à se venger, Vahid le kidnappe mais hésite à l’exécuter à l’instant T. Pour vérifier son identité, il va à Téhéran retrouver d’autres victimes du régime. Jafar Panahi est un champion des festivals, désormais possesseur d’un Lion d’or à Venise, d’un Ours d’or à Berlin et d’une Palme d’or à Cannes. Ses détracteurs lui reprochent un certain clientélisme, cochant les cases attendues du « film iranien » popularisé par Kiarostami à l’international dans les années 90. Panahi a cela de particulier qu’il reste un opposant historique au gouvernement iranien. D’après son avocat, il vient d’être condamné par contumace ce mois-ci à un an de prison. Le bras de fer avec Israël cristallise la tension que l’Iran entretient avec le monde occidental. Cette situation géopolitique dressée, les festivals récompensent-ils donc l’oeuvre de Panahi ou valident-ils par leur biais un agenda idéologique ? Par chance, la Palme est méritée ! S’il ne réinvente pas le sous-genre du thriller iranien, Un simple accident offre une variation efficace dont l’apparente simplicité de mise en scène doit autant aux conditions clandestines de production qu’à l’habilité de son instigateur. De la scène des flics sur le parking au plan-séquence fixe des aveux, Panahi distille des éléments savamment choisis, preuve de sa force intacte d’artiste tout terrain. Ne s’embarrassant d’aucun permis pour tourner ou de lisière de genre. Passant d’un artifice populaire à un expérimental sans que l’intrigue n’en soit dévoyée.
12- La Tour de glace de Lucile Hadzihalilovic
Une orpheline s’incruste pendant le tournage d’une adaptation de La Reine des Neiges et va tisser un lien étrange avec l’actrice principale, Cristina. Nous le maintenons dans ces colonnes et dans la vie courante : Lucile Hadzihalilovic est une des plus grandes réalisatrices actuelles. Ses lauriers sont encore timides. Seuls des festivals à l’extérieur de l’Hexagone reconnaissent son talent : Evolution et son prix spécial du jury au Festival international du film de Saint-Sébastien en 2015 ou cette Tour de glace qui repart de la dernière Berlinade avec un Ours d’argent. À croire que la France maudit ses fleurons. Il faut dire qu’elle se fait discrète (4 films en vingt ans). Avec Marina de Van, elles représentaient les rares autrices à émerger de la New French Extremity. Du même souffle, elles déblayèrent le chemin pour que des Julia Ducournau et des Coralie Fargeat jouissent d’une reconnaissance arrachée au forceps. À la tête des Cinémas de la Zone, Lucile Hadzihalilovic et Gaspar Noé secouèrent le cinéma nineties avec La Bouche de Jean-Pierre et Carne. Mais si Seul contre tous, premier long-métrage de Noé, a su devenir culte, Innocence, chef d’oeuvre absolu d’Hadzihalilovic, peine encore aujourd’hui à trouver son public. À la différence de son comparse, son univers est plus abscons et onirique. Il n’est pas dans le spectaculaire ampoulé et opte pour une approche diamétralement opposée ; à infusion lente, allant chercher dans notre subconscient la forme, la senteur, l’image qui débloquera une connexion de neurones. Moins réussi qu’Earwig, La Tour de glace renoue néanmoins avec cette hypnose propre à Hadzihalilovic. Le simple noeud d’un chignon, sa mise en valeur dans le cadre, les courbes qui le forment, la lumière frappant ce bouquet, autant de détails qui appuient sa synesthésie. À rattraper.
11- Bugonia de Yórgos Lánthimos
Il faut être sacrément inconscient ou arrogant pour adapter le film coréen le plus fêlé du bulbe du XXIème siècle. Save the Green Planet ! de Jang Joon-hwan traitait du rapt d’un CEO de l’industrie pharmaceutique par un marginal, convaincu qu’il est un alien de lignée royale. Lánthimos reprend ce même pitch et met au coeur de son dispositif deux acteurs monstrueux : Emma Stone dans le rôle de la CEO et Jesse Plemons dans celui du kidnappeur. Duel épique justifiant à lui seul l’existence de ce remake. Le jeu de Stone tient presque du félin, prédateur à la patte cassée, chasseur devenant chassé, épuisant les ruses pour s’extraire du guêpier. Fidel à sa réputation, Plemons joue la bombe à retardement comme personne, le doigt sur la gachette au moindre faux pas. Côté mise en scène, on reproduit la formule Pauvres créatures en mieux. À savoir, un Lánthimos délaissant le scénario pour une attention absolue à la réalisation et la mise en valeur de son duo électrique. Il s’autorise des vignettes surréalistes sublimes. L’une en noir et blanc montre Plemons tenant au bout d’un fil sa mère dans le ciel alors qu’il parle à des costards-cravates. L’autre dans un vaisseau spatial où un travail minutieux sur les décors, les costumes et les couleurs rappelle Mœbius et les Humanoïdes associés. Certains cracheront sur le nihilisme connu de Lánthimos mais pour une fois, il a l’excuse de suivre la feuille de route d’une oeuvre préexistante. Saluons donc la radicalité noire avec laquelle Bugonia approche l’Apocalypse.
10 – Personne n’y comprend rien de Yannick Kergoat ex æquo avec Soundtrack to a Coup d’Etat de Johan Grimonprez
Pourquoi choisir entre deux grands documentaires lorsqu’on peut les couronner côte à côte ? Deux oeuvres engagées à l’objectif commun : révéler les entrailles d’une machination géopolitique au détriment des peuples africains. 2025 pour Nicolas Sarkozy restera… compliquée. Allions-nous occulter le film de sa chute ? Condamné à 5 ans de prison dans l’affaire libyenne, Louis Sarkozy, enfermé 3 semaines à la prison de la Santé et harcelé par la guitare de Carla Bruni, l’ex-président de la République a connu de meilleurs jours. Le même refrain de la part de ses soutiens à longueur de plateaux télé serviles : « le dossier est vide » ! « Il n’y a aucune preuve ! » « Qu’on le libère ! » Grâce à Personne n’y comprend rien, Mediapart détaille quatorze années d’enquête sur les liens troubles entre les sarkozystes et Kadhafi, appuyant là où ça fait mal. Cette affaire fut remise en cause de longues semaines cette année et a polarisé l’opinion. Une musique inquiétante montait : l’Etat de droit et le journalisme sont attaqués par les politiques et certains médias. Un comble pour ceux censés en être leurs gardiens. Dans sa pédagogie militante, Personne n’y comprend rien comble un vide moral. Un plaidoyer essentiel.
Pour Soundtrack to a Coup d’Etat, nous revenons à la guerre froide et l’assassinat de Patrice Lumumba. Grimonprez détaille l’annihilation d’une émancipation par les puissances coloniales. Crève-coeur : cette mise à mort se fera sous les oripeaux de la grâce, à savoir le jazz et un concert mythique réunissant des légendes telles que Louis Armstrong, Nina Simone et Duke Ellington. L’extrêmement laid et l’extrêmement beau réunit en une seule fête. Le montage dynamique, portée par une BO exceptionnelle, rend digeste ses enjeux politiques tentaculaires. Il capte l’urgence, les morts, les sacrifices et la danse stratégique qui s’opère pour contrôler le Congo et ses ressources. L’asservissement d’un peuple vient de son propre divertissement. La morale a de quoi déprimer mais sa lucidité donne de l’espoir. L’impression que l’on remonte les pêchés originels de notre civilisation, vice après vice.
9- Eddington d’Ari Aster
Comment les historiens décriront les années 2020 aux Etats-Unis, le pays du burger et de Charlie Kirk ? Si un film encapsule à merveille la folie de la Trump era, c’est bien le dernier Ari Aster. Depuis The Strange Thing About the Johnsons, le kamikaze monte en puissance à chaque itération de sa formule poil à gratter. Beau is afraid brisait déjà le moule, quitte à froisser les hypsters l’ayant adulé pour ses premiers films d’horreurs arty. Au lieu de les reconquérir, Aster persiste et signe avec ce Eddington dont le bide est à la hauteur de son outrage au bon goût. Il risque, attaque et se place dans la pire position pour un artiste en toisant le charnier du présent. Car cette satire n’attaque pas que l’Oncle Sam et son idéologie malade mais l’époque entière dans un bûcher des vanités aussi jouissif que punk. Au pic de l’épidémie de Covid, un shérif pleutre va se présenter aux élections municipales contre le maire libéral de la ville fictive d’Eddington. Aster ne fait pas dans la dentelle. Ces cibles sont entourées au marqueur rouge et dans sa misanthropie coutumière, personne n’est épargné. Des performatives males qui ne s’intéressent à BLM que pour coucher aux flics ripoux frustrés par leurs échecs en passant par les vautours complotistes, Eddington explore 50 nuances de médiocrité blanche. Avec ce postulat très Todd Solondz, Aster ajoute une couche de neo noir dans sa seconde moitié qui rappelle la maestria des frères Coen et de Billy Wilder. Son crescendo de violence finale appuie la caricature et glace par sa précision barbare. À se demander pourquoi il n’a pas remporté le prix de la mise en scène à Cannes… Le meilleur film de son auteur.
8- L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho
2025 a vu le retour du grand Kleber Mendonça Filho. Cet ancien critique s’est forgé un vrai culte depuis 2012, l’adoubant comme l’un des réalisateurs actuels les plus fascinants. Du chef d’oeuvre Aquarius au surréaliste Bacurau, son travail explore sans cesse de nouvelles contrées narratives. Il surprend et change de genre de film en film, voire de scène en scène. Le drame intimiste complète le film d’horreur qui répond lui-même à une charge politique. Un jeu de poupées russes ludique dont la source émane d’une cinéphilie plurielle. Pas de surprise dans ce nouveau bac à sables qu’est L’Agent secret où nous y trouvons de nouveaux jouets prêts à l’usage. D’abord, l’ambiance des thrillers paranos des seventies dont Pakula était le chantre, mixée par des fulgurances bis à la Lucio Fulci (la jambe tueuse, si si). Le film se déroule sur trois temporalités entremêlées : celle où un ancien professeur se cache sous une fausse identité en 1977 à Recife, celle de son origin story et celle de son fils de nos jours. Wagner Moura sépare donc son visage en trois personnalités distinctes. L’acteur est exceptionnel (nous le savons) mais sa performance impressionne par son mystère. Au générique de fin, nous ne savons pas grand chose sur la vie et l’assassinat de ce prof fugitif. La narration se calque sur la mémoire et ses absences. Ces connexions se présentent trouées, des gaps béants condamnés à le rester. L’Agent secret devient une grande réflexion sur ces ellipses qui nous forgent. Nos pièces de puzzle intérieur perdues à jamais.
7- Un poète de Simón Mesa Soto
Prenez la tension des frères Safdie, saupoudrez de néoréalisme brut à la Pasolini et mixer avec une pellicule 16mm crade et vous obtenez Un poète, la tragicomédie de l’année. Un quadragénaire se réveille ivre dans une ruelle. Il gémit, hurle des insultes, rentre chez sa mère, menace de se suicider et ronfle. Voilà notre introduction à Oscar Restrepo, poète et prof raté des bas-fonds de Medellin, décidé à convaincre une de ses élèves de son potentiel artistique. Ce Don Quichotte de l’Art s’accroche à ce radeau de fortune contre vents et marées. Malgré les avis de sa direction, ses proches, ses amis et la famille de l’adolescente. Mais par cet entêtement, dont Simon Mesa Soto n’atténue jamais le ridicule, Oscar transcende les coups qu’il prend. En Jésus du minable, il devient un poème de chair. Lorsque son entourage le frappe, il se frappe plus fort. Lorsqu’on l’insulte, il complimente. Délivrance inespérée pour ce bambin geignard dont la laideur renvoie à celles d’autrui. Un tour de force dont la puissance des rires (nerveux ou moqueurs) vaut le ticket.
6- Ce n’est qu’un au revoir de Guillaume Brac
Nous quittions Guillaume Brac avec le meilleur film de 2020, À l’abordage, enchainement de vignettes aussi naturalistes que mélancoliques sur la jeunesse d’aujourd’hui. Elle y était filmée avec bienveillance, retournant les attentes du coming-of-age movie. La rencontre improbable entre Judd Apatow et Eric Rohmer. Cinq ans plus tard, Brac s’intéresse de nouveau à la génération Z mais par le prisme de deux documentaires collés bout à bout. La raison de cette assemblage obéit plus à une logique de distribution qu’à un parti-pris formel mûrement réfléchi. Ce bricolage n’empêche pas Ce n’est qu’un au revoir d’être une grande réussite à l’émotion à fleur de peau. La première partie suit une classe de terminale de la Drôme se posant des questions sur leur avenir après le bac. La deuxième partie porte sur deux lycéennes et leurs rapports avec leur famille respective. Capter la fin d’une ère, cristalliser les premiers émois amoureux et politiques, du vu et revu. Ce que Brac nous propose c’est d’en être ni plus ni moins que les témoins discrets, polis, à la bonne distance. Nous n’aurons plus jamais cet âge. Nous ne serons plus jamais ces êtres avec une route à tracer, des idéaux à construire et des croyances à perdre. Ce n’est qu’un au revoir présente un cycle dont nous sommes exclu.e.s et se répète sans nous dans toute sa beauté.
5- Queer de Luca Guadagnino
Qu’il est bon de retrouver Luca Guadagnino au sommet de sa forme ! Cinéaste fascinant, sa carrière en dents de scie oscille entre le prestige et la purge. Si Challengers a su convaincre un public de zoomers prudes, il incarnait un renoncement inquiétant : avions-nous trop vite couronné cet auteur ? En adaptant William S. Burroughs, la montagne allait-elle accoucher d’une souris ? William Lee, un dandy perdu, écluse les shots de mezcal pour noyer son mal-être dans les clubs gays du Mexico des fifties. Sa route croise celle d’Eugène Allerton dont il tombe amoureux. Queer interroge la fabrique du désir et sa déliquescence. Devenir son spectateur ou son pantin : pas d’entre-deux. Point de vue radical renvoyant aux plus belles pages de Notre-Dame des Fleurs. Daniel Craig trouve dans cet abîme son meilleur rôle. En quelques tics économes, l’ex-007 bouleverse. Qu’il s’agisse de sa parade ivre pour séduire Allerton dans un bar ou ces derniers plans sublimes sur les jambes d’un vieil homme allongé seul sur un matelas d’hôtel. Les souvenirs s’entrechoquent, ceux où ses mollets enlaçaient son amant. Le montage, par l’enchaînement des plans, reproduit leur valse brisée. Une telle virtuosité laisse pantois en sortie de séance, sonné. À croire que Guadagnino s’est réveillé d’un sommeil artistique de huit ans. Queer filme le désir sans fioriture. En vérité : une malédiction, un poids. Le sexe est une urgence telle la dose plantée dans le creux du coude. Qu’est-ce que l’amour ? Deux corps, deux sexes. Une réaction chimique et rien d’autre. Une transaction dont nous ne serons jamais satisfaits, quel que soit notre expérience, notre orientation, le nombre de nos partenaires ou la nature de nos parties génitales. Aimer est un désespoir. Un piège où toute résistance est inutile.
4- Aimer perdre de Lenny et Harpo Guit
Le duo derrière le génial Fils de Plouc revient. Adieu les grillades de caca et la recherche de Jacques Janvier, place à Armande Pigeon ! Bruxelloise chômeuse, empêtrée dans sa montagne de combines et de mensonges, elle loge comme elle peut à droite à gauche. Squattant un bout de canapé, cachant un piaf blessé sous une baignoire, cumulant les dettes et les accidents, Armande est libre au sens chaotique du terme. Par extension, elle devient l’un des personnages marquants de 2025, écrin parfait permettant aux Guit d’étirer leur univers foutraque. Le trash a toujours son rond de serviette (la cup perdue dans un fond de chiotte du diable) mais il s’accompagne d’une galerie de personnages vivifiants. Melvil Poupaud se roule dans la fange avec une joie communicative, cassant son aura d’acteur propret. En miroir de cette fuite en avant, la mise en scène déroute, alterne les grands angles dégueux et les compositions aux couleurs dignes d’un Daniel Clowes. Une ambiance très mumblecore en somme, du temps où les Safdie shootaient Daddy Longlegs. Bref, on espère revoir la révélation Maria Cavalier-Bazan très vite tant elle crève l’écran.
3- Tardes de soledad d’Albert Serra
Une discipline controversée filmée par un cinéaste controversé. Sur le papier, l’entreprise pue déjà le souffre. Vieille question morale posée par le cinéma : filmer un « monstre » fait-il de vous un « monstre » ? A minima, est-ce une caution ? Nous serions tenter d’y répondre « non ». Témoigner d’une coutume ou la documenter ne fait pas de vous un exégète automatique. Mais placer son principal artisan au milieu de votre dispositif ne vous y engage-t-il pas d’office ? Les détracteurs de la corrida ne seront pas changés à la sortie de Tardes de soledad. Albert Serra ne cherche pas à les convaincre quoi qu’il arrive. Son seul objectif à travers ce portrait du matador péruvien Andres Roca Rey : capter un mouvement, une transe. En refusant une voix-off explicative, Serra impose ses plans, leur durée et leur assemblage en discours. D’aucun le jugerait immoral par ce geste devant la boucherie magnifiée de cette tradition. Si quelques longueurs se sentent par instants, Serra réussit le meilleur huis-clos de l’année. Roca Rey est de tous les plans, centré, isolé dans son rôle tel un prophète. Les scènes de corrida en longue focale sont quasiment cadrées sur lui et le taureau. Les gradins et l’arène gigantesques sont en hors-champ, dispensables. Seule la fièvre compte. Cette danse macabre.
2- Mektoub My Love : Canto Due d’Abdellatif Kechiche
Le 23 mai 2019, Abdellatif Kechiche choquait au Festival de Cannes avec Intermezzo, suite de Mektoub My Love : Canto Uno. Un uppercut si grand qu’il abima la confiance de ses interprètes et condamna l’oeuvre au cachot. Kechiche, l’homme par qui le scandale arrive, devant ou derrière la caméra. Au point d’éclipser, à regret, la beauté terrassante de ses films, voire les mettre en péril. Canto Uno formulait pourtant une belle promesse, s’imposant année après année comme l’un des films français les plus importants du XXIème siècle. Sept ans après sa sortie, Mektoub My Love : Canto Due atterrit par miracle dans nos salles. Finies les polémiques stériles. Finis les procès avec MK2 et France Télévisions. Les nuages se dissipent, l’orage passe et ce nouvel opus peut être jugé pour ce qu’il est : un grand film et la preuve que le cinéaste construit sous nos yeux son magnum opus. Nous retrouvons les personnages là où le précédent les laissait sur les plages de Sète. La même troupe, le même été 1994, les mêmes problèmes de coeur. À la différence qu’une rupture de ton bascule le récit dans son troisième acte et s’achève sur un cliffhanger dantesque. Mektoub My Love correspond à ce que Tarantino appelle les « hangout movies ». « On passe tellement de temps avec les personnages qu’ils finissent par devenir nos amis. » Les retrouvailles avec Amin, Ophélie, Tony et Camélia nous émeuvent car nous n’espérions plus les revoir. Rares sont les films où les héros pourraient sortir du DCP et marcher dans la salle avec nous. Cette prouesse revient entièrement à Kechiche dont la maîtrise des jeux de regards, des silences et des ambiances atteint ici des sommets. Du Cassavetes nitescent en bord de Méditerranée. À ne pas manquer.
1- Black Dog de Guan Hu
Un désert, un zig, un cabot, une moto. Il n’y a rien eu de plus beau cette année. L’homme est un chien pour l’homme ou quelque chose du style. Les grands films se mesurent parfois à l’économie de leurs éléments narratifs. Peu de dialogues, une BO minimaliste, une photo désaturée et une mise en scène si puissante dans son découpage et ses surcadrages qu’elle porte à elle seule l’ensemble. Dans Black Dog, nous plongeons dans la Chine rurale à l’orée des JO 2008. Alors qu’il capture les chiens errants de sa bourgade, un ex-détenu en sauve un du chenil. Le duo tissera un lien où les frontières entre le maître et la bête s’annulent pour révéler ce qu’ils sont vraiment : deux parias au ban de la société, trop libres pour y être apprivoisés. Un fatalisme qui confine à la tragédie grecque. Guan Hu traite cette terre en Far-West moderne où le lonesome cowboy arpente les plaines de Gobi en quête de rédemption. Marche funèbre, chemin de croix, chronique sociale, fable poétique, Black Dog brasse une complexité thématique hallucinante et dessine du même souffle un horizon métaphysique inattendu. Un vertige formel où l’extrêmement grand et l’extrêmement petit se voisinent en un plan, parfois sur un pied d’égalité. Le désert en devient un animal comme les autres avec ses tempêtes. Humeurs primaires reliant Lang et ses congénères dans un grand tout avec le vivant. Ce qui fait société, ses rituels et ses signes ne sont que des vestiges. Ces coutumes vaines ne s’incarnent plus dans cet univers post apocalyptique où les humains habitent les mêmes cages que leurs clebs. Les meutes se confondent, perdues dans le vaste rien. Immense.
BANGERS HORS SALLES
Grand Theft Hamlet de Sam Crane et Pinny Grylls
2021. L’Angleterre est confinée à cause de l’épidémie de COVID. Sam Crane et Mark Oosterveen, deux comédiens au chômage, jouent à GTA online pour tuer le temps. Frustrés par leur situation matérielle, ils montent une adaptation d’Hamlet à même le serveur. Non sans difficultés (morts multiples, accidents etc), une troupe se forme et finit par donner une représentation en live dans le jeu vidéo. Grand Theft Hamlet est, de loin, la comédie de l’année. Sa forme originale se base sur le machinima, technique vidéo montant des séquences à partir du mode online. Le documentaire n’inclut le monde réel que dans son épilogue, une fois l’exploit passé. La joie du film est communicative. On vibre avec Sam et Mark dans leurs castings hilarants où ils se font mitrailler, rouler dessus et exploser pour l’amour de Shakespeare. Chaque épreuve traversée renforce ces underdogs. On les soutient dans ce défi fantasque qui trouve un sens. L’Art réunira l’Humain, quel que soit la crise, la politique, le continent ou la technologie. L’instinct grégaire nous traverse en tant qu’espèce. Morale somme toute banale et pourtant, porteuse d’espoir. Jamais l’IA ne touchera ce degré de créativité fédératrice. Coup de coeur disponible sur MUBI.
Blue Moon de Richard Linklater
Richard Linklater nous est venu deux fois cette année. La première avec Nouvelle Vague, sélectionné à Cannes. Complaisamment inclus dans le top 10 2025 des Cahiers, le film n’était pourtant qu’une baudruche oubliable. Un plaisir geek fétichiste mimant Godard et l’esthétique « à la » Nouvelle Vague. Se dégageait alors un « ton sur ton » paresseux de triste mémoire. Passé ce musée Grévin, quelle était sa raison d’être ? Le vide. C’est donc avec soulagement que nous apparait Blue Moon qui, si perfectible, est mille fois plus intéressant que son prédécesseur. Ne serait-ce qu’à travers son parti-pris d’un décor unique. Lorenz Hart, compositeur sur le déclin, se rend au restaurant Sardi’s à Broadway pour fêter le succès d’Oklahoma !, la nouvelle pièce de son ancien collaborateur. À l’opposé d’un biopic illustratif, Linklater resserre son intrigue sur une nuit où les contradictions, luttes intestines et autres egos froissés s’entrechoqueront. Dispositif minimaliste mais terriblement ambitieux dans son écriture. Les dialogues et les acteurs se condamnent à porter l’édifice entier sur leurs épaules. Par chance, ces derniers sont fantastiques. On retrouve cette force qui caractérise Linklater où les meilleures digressions verbales révèlent au détour d’un regard l’âme brisée d’un être. Les micro expressions d’Ethan Hawke dévastent. Une scène entre lui et Margaret Qualley (clé de voute de Blue Moon) serre le coeur et éclaire l’échec cruel d’une vie artistique et sentimentale. Point faible : une mise en scène effacée. Bémol bénin face à la richesse thématique et émotionnelle irriguant cette pépite.
Good Boy de Ben Leonberg
« Oh le bébééééééé ! » La phrase que vous réciterez souvent devant Good Boy. Petit film d’horreur indépendant, son originalité tient sur sa note d’intention : raconter la possession d’un homme par une entité maléfique mais du point de vue de son retriever de la Nouvelle-Écosse. Avons-nous trouvé le « gwer movie of all time » ? Peut-être mais le pari tient sa promesse. Impossible de rester de marbre devant les péripéties de ce toutou. À moins d’avoir un cœur en pierre. Leonberg assume son anthropomorphisme et construit une nouvelle icône du cinéma d’horreur. Par ses petits cris et son regard, Indy dégage un charisme à éclipser les nouveaux BG hollywoodiens (balle perdue à Paul Mescal, nullissime dans Gladiator II). Placer la pupille à hauteur de chien renouvelle l’origine de la peur à chaque apparition du fantôme. Nous ne frissonnons pas de la même manière à l’exorcisme d’un humain ou d’un animal. L’humain intellectualise ses apparitions et théorise une contre-offensive. L’animal, lui, subit. Son innocence nous angoisse car il ne fera que répondre à l’étrange sans le défier. Cette donnée justifie la durée courte de Good Boy et elle est à mettre au crédit de Leonberg qui n’étire pas son high concept pour rien. Aucune intrigue à tiroirs qui dévoieraient la profession de foi initiale. Comme tout bon duo (Scorsese/ De Niro, Herzog/Kinski, Coppola/Dunst), Leonberg croit en sa star et l’assume. Cet amour suffit à bâtir un bon film. C’est qui le bon film ? Oui, oui, c’est toi le bon film à son papa ! Oui, c’est toi !
In a violent nature de Chris Nash
Toujours dans le catalogue Shudder, toujours un film indé, toujours avec une idée originale sur le cinéma d’horreur, en l’occurrence ici le slasher. Prémisse : et si nous suivions le tueur zombie à la place des teenagers bébêtes du camping ? Le scénario suit sa trame habituelle avec sa pile de barbaques et ses clichés. Une mise à mort sort du lot par son exécution over-the-top comprenant une randonneuse, sa tête et un crochet. Là où l’exercice de style trouve sa pertinence réside dans les séquences solitaires du tueur. Libéré de ses prérogatives meurtrières, le zombie ressuscite, déambule en forêt, observe la faune, trouve un masque, se construit une identité et accepte sa place de prédateur au sein d’une nature en symbiose. La BO est absente pendant la plupart de ces gestes, même meurtriers, tel un documentaire sur la réalité matérielle d’un monstre muet. Sa désacralisation le rend par accident presque encore plus irréel. In a violent nature a souvent été décrit comme un mix entre des classiques tels que Just Before Dawn ou The Burning et Gerry voire Last Days de Gus Van Sant. Un sandwich pâté/Nutella où le cocktail antinomique entre le non-narratif et le cinéma bis le plus populaire peut dérouter. On regrettera au final que le réalisateur n’ait pas choisi un camp car à trop jouer sur les deux tableaux, il n’approfondit pas assez son point de vue. L’existence et sa contemplation comprend aussi l’ennui. L’éviter corrompt le cœur de cet iconoclasme. Dommage tant la solitude du zombie fascinait.
Aucun autre choix de Park Chan-wook
Plus le temps passe et plus Park Chan-wook confirme sa filiation avec Brian De Palma. Ces expérimentations visuelles antérieures touchaient certes au virtuose mais la consistance narrative pêchait un coup sur deux. Entre un JSA et un Old Boy, nous avions un Je suis un cyborg ou un Stoker bof. Depuis Mademoiselle, sa filmographie prend un tournant maniériste hors du commun, la beauté de sa mise en scène transcendée par ses scénarios. Decision to leave et son romantisme débordant représentait l’acmé de cette formule. Aucun autre choix traite d’un souvenir d’Eden et sa lutte désespérée pour le retrouver. Deuxième adaptation du Couperet (un des meilleurs Costa-Gavras), un costard-cravate au chômage élimine tous les candidats à son prochain entretien d’embauche. Park lorgne plus que jamais du côté de Claude Chabrol dans ce jeu de massacre bourgeois rappelant le ton acerbe de Que la bête meure. Les touches d’humour noir situationnelles y sont marquées. En apparence, Aucun autre choix se révèle attendu dans ses cibles et donc inférieur aux précédents Park Chan-wook. L’introduction de la famille parfaite autour du barbecue sent les ajouts numériques grossiers. Pour la première fois, nous voyons les coutures derrière le savoir-faire. Mais n’était-ce pas l’intention d’un esthète tel que Park de moquer le rêve factice de cet aliéné ? Car à côté, nous avons toujours des diopters shot de folie, des idées de cadres et de chorégraphies de l’espace aussi fun que savantes et une science totale du suspense. Grand thriller en salles le 11 février 2026.
FLOPS DE ZINZIN
28 ans plus tard de Danny Boyle
Bien longtemps avons-nous lâché Danny Boyle. Nous ne sommes plus des ados mal dégrossis avides de provoc gratis. Trainspotting, son meilleur, résiste encore aux revisionnages. Ne parlons pas de sa suite molle ou du sous Social Network qu’était Steve Jobs. Dans les semi-réussites, Sunshine et 28 jours plus tard se distinguent. Le premier pour son approche cérébral du slasher, le second pour avoir ressuscité le film de morts-vivants. Les deux ont la particularité d’avoir été pensé par Alex Garland, auteur talentueux mais faillible. À l’annonce d’une suite à 28 jours plus tard et la réunion Boyle/Garland, nous étions enthousiastes. Peut-être allaient-ils sortir de leur ornière respective (le tout pourri Yesterday pour Boyle, le tout naze Civil War pour Garland). Raté, raté, mille fois raté ! Situé sur une île au large de Lindisfarne, un enfant cherche un remède pour sa mère malade. Les deux se rendent sur le continent et traversent les obstacles : des militaires, un alpha zombie à gros chibre et une infectée enceinte. L’histoire n’a rien d’extraordinaire à la base et le traitement de Boyle achève de le rendre insupportable. Il accouche de la réalisation la plus laide de l’année. Le british a toujours eu un faible pour le mauvais goût mais par éclairs, disparates. Pour ça qu’on lui pardonnait un angle moche s’il se suivait d’un mouvement de grue prométhéen. 28 ans plus tard ne garde que le laid et rien d’autre : ralentis dégeux, fond vert à vomir (spéciale dédicace à la course poursuite illisible avec l’alpha sur l’eau au clair de Lune), plans flous, shaky cam ringarde, jeux d’acteur parfois à la ramasse. Heureusement que Boyle cède sa caméra pour la suite, y a de l’espoir !
Hurry Up Tomorrow de Trey Edward Shults
Hurry Up Tomorrow, l’album, est un des meilleurs projets mainstream de 2025. D’après Abel Tesfaye, il symbolise le chant du cygne de son alter ego, The Weeknd. Une lettre d’adieu multi-support qui a droit à sa version cinéma. On y voit le chanteur au bord du burn out en tournée échappant à sa sécurité le temps d’une escapade nocturne avec une fan. Sauf qu’il s’agit en réalité d’une sociopathe en puissance qui le séquestre dans sa chambre d’hôtel. Elle souhaite l’aider à affronter ses peurs et ses doutes. Sorte d’ego trip à la Purple Rain sans la classe de Prince, Hurry Up Tomorrow accumule les poncifs creux. Jenna Ortega peine à convaincre dans ce premier rôle féminin à peine esquissé. La palme de la gêne revient à Abel Tesfaye lui-même. Son surjeu torturé frôle l’autoparodie. À croire qu’une malédiction le suit à chaque essai vers l’actorat. The Idol représentait un krach artistique cinglant, risée sur les réseaux sociaux et réservoir à memes. Four au box-office, Hurry Up Tomorrow a droit à une ignorance polie. Aussitôt vu, aussitôt oublié. Pas subversif, mal incarné et mal écrit, cette crotte sèche tente la subversion en comptant sur ses poses et son ésotérisme en toc pour faire sens. Peut-être The Weeknd voulait-il tuer son double superstar par sa nullité ? Revoyez plutôt dans le même style Der Fan d’Eckhart Schmidt, bijou culte des eighties. Du vrai stalker movie comme on fait plus à la conclusion immorale savoureuse.
Highest 2 Lowest de Spike Lee
Au Royaume des grands cinéastes rincés, Spike Lee et Ridley Scott se posent là. Leur déchéance intellectuelle et artistique a cela de commun qu’elle indiffère. Pire : des critiques à la cinéphilie limitée hypent leurs futures bouses et s’étonnent du résultat une fois l’étron lâché. Les bonhommes n’ont pas fait un film potable depuis l’administration Bush fils pour l’un (Inside Man) et Bush père pour l’autre (Thelma & Louise). Summum de l’hubris pour Spike Lee : remaker Entre le ciel et l’enfer. Trente ans plus tôt, le même réalisateur nous aurait offert une réinterprétation clivante mais virtuose sur les affres du capitalisme de l’ère Rudy Giuliani. Ici, Spike Lee corrompt le message du chef d’oeuvre d’Akira Kurosawa et impose une morale réac. Le riche père de famille menacé d’extorsion y devient un John Wayne 2.0, redresseur de torts tête brûlée prêt à tout pour retrouver son fils et son argent. Un portrait sans nuance, vide, à mille lieux de la finesse de Toshiro Mifune tiraillé par son statut social et la cruauté du destin. Et que dire d’ASAP Rocky (mauvais) qui passe après l’intense Tsutomu Yamazaki dont les lunettes de soleil hantaient longtemps après la séance. Ci et là gisent un travelling propre et une idée de composition ciselée comme autant de ruines d’un talent perdu. Passez votre chemin et faites le deuil de Spike.
Alpha de Julia Ducournau
Nous n’aimons pas annoncer les mauvaises nouvelles. Force est de constater que plus son cinéma avance et moins Julia Ducournau nous intéresse. Grave, son meilleur, présentait une rage et une brutalité peut-être un peu trop intellectualisées pour son propre bien. Titane, Palme d’Or 2021, offrait le lâcher prise attendu mais couplé à une cohérence émotionnelle bancale. Alpha parachève la lourdeur d’écriture de son autrice qui ferait mieux de partager sa plume au prochain métrage. Dans les années 80 au Havre, Alpha, une adolescente, se tatoue à l’arrache lors d’une soirée. Sa mère médecin l’engueule car une nouvelle maladie circule autour d’eux qui transforme les patients en marbre. Entre temps, Amin, l’oncle d’Alpha héroïnomane, revient habiter chez elles. Un procédé scénaristique pachydermique le peindra en réalité en projection mentale d’Alpha. On souffle fort devant la métaphore du marbre, magnifiant au sens littéral une maladie grave. C’est très joli mais tel un filon mal exploité, la pierre rend l’hommage figé et pompeux. Une maladie c’est moche, dégueulasse. Ça pourrit les gens et affronter ce constat est nécessaire. Sinon, ce n’est que prétexte. Le sida n’est pas chic. Le cancer n’est pas un gadget sorti du chapeau. Dans le même domaine du deuil-horreur, regardez plutôt le court-métrage Genesis de Nacho Cerdà, plus viscéral que ces pénibles deux heures.
La Guerre des mondes de Rich Lee
Le grand accident industriel de l’été devenu le grand accident industriel de l’année. Comment pouvait-il en être autrement ? Les indices sont légion. Un high-concept éclaté : le classique de H.G. Wells raconté à travers des lives Zoom et discussions Discord. Un mauvais acteur : Ice Cube en expert du DHS et sa fille enceinte au milieu d’une invasion alien. Des placements de produits grossiers : le gendre n’est autre qu’un livreur Amazon qui livre des clés USB par Prime Air. Merci Jeff Bezos d’avoir sauvé le monde ! Vive les corporates ! Gloire à la multinationale protectrice de la planète ! Evidemment que ce n’est pas vrai. Amazon tue la biodiversité, l’économie et exploite une main d’oeuvre en minant chaque tentative de syndicat. La Guerre des mondes s’impose en boîte à rires involontaire. Si on était taquins, nous dirions que ce n’est pas la première fois que le roman de SF a droit à son adaptation OVNI. Cette itération tisse un lien avec la mythique pièce radio d’Orson Welles qui faisait vivre aussi par procuration une attaque extraterrestre. Bien sûr la comparaison s’arrête là, le rayonnement du wonder boy hypnotiseur de foule aux abonnés absents. Ice Cube est nuuuuul. Lorsque sa fille est injoignable après un raid, son expression constipée ne varie pas. On pourrait lui annoncer que sa commande Uber Eats a du retard que ce serait pareil. Le pire, la cerise sur le gâteau de m*rde : sa tentative de rejouer le rebelle du système dans son troisième acte en aidant son fils hacker. À croire qu’AmeriKKKa’s Most Wanted vient de sortir et qu’il évite les projets de studios inoffensifs depuis trente ans. Foutage de gueule puissance 1000.
« TUE NE MANGERA . 2 VIANDE! »
M A D S
je me recouche prend une douche vais aux courses
honey don’t / submerssion
N U R E M B E R G