16 décembre 2025

Oreilles curieuses, misez sur le « Yenbett » !

Jusqu’à présent, inscrire « Mauritanie » dans la barre de recherche made in Gonzaï ne renvoyait qu’à deux articles. Nous voilà loin, très loin du soft power underground des USA, de la Belgique ou de l’Australie. Voilà donc la troisième occurrence, survenant avec du ping par millions – les geeks expliqueront aux autres – pour mettre ce qu’il faut, et davantage encore, de vert, de rouge et d’or en croissant de lune sur votre électrophone.

Veuillez prendre, pour partie, cet articulet comme un acte de contrition. Le 12 décembre dernier, Noura Mint Seymali est passé au Bozar, tout près de mes bruxelloises pénates à la crémaillère fraîchement pendue. Hélas, l’ubiquité n’émargeant pas parmi mes qualités, je n’y suis pas allé ; j’étais pris, le même soir, tickets déjà chargés dans le téléphone, non par un match des mauves d’Anderlecht ou une orgie sataniste à Mini-Europe, mais par le concert des toujours excellents Getdown Services au Botanique – sueur, frénésie rentre-dedans, électro-rock « from disco to Tesco », bref, une autre ambiance. Qu’à cela ne tienne, le lendemain à l’heure de la chicorée et des couques au beurre, ma décision était prise ; une commande expresse passée au disquaire Tropicall plus tard, me voilà en scribe obligeant, histoire de multiplier les aficionados de la chanteuse mauritanienne et de son groupe ad hoc. Car « Yenbett », le nouvel album de Noura Mint Seymali, coproduit par le batteur Matthew Tinari et Mike Coltun (le bassiste de Mdou Moctar), c’est de la balle, du genre qu’on ne dégote pas souvent dans les (mauri)tanières. Hourra pour Noura !

Yenbett - Modulor Records

Découverte, pour ma part, il y a quelques jours par l’entremise de la remarquable webradio parisienne Nelly (qui est, disons-le net et franc, tout ce que Nova n’est plus), Noura Mint Seymali descend d’une grande lignée d’iggawins. Comprenez : des bardes du désert ouest-africain, gardiens scrupuleux des mélopées ancestrales. Sa belle-mère, c’était Dimi Mint Abba, dont elle fut la choriste dès le sortir de l’enfance (et à qui elle a dédié son précédent opus, « Arbina », après qu’un cancer du sein l’ait emportée). D’où la voix, éclatante, toujours bien placée, capable de toutes les modulations, les hululements, les pleins chants et les psalmodies, pour inscrire les mots progressus ad futurum regressus ad originem en lettres ignées, sous toutes latitudes. Inspiration spiralée, allant vibrant, incoercible, où bras dessus bras dessous tournoient ardîn, tidinit et guitare électrique (tenue par son mari Jeich Ould Chighaly), l’azâwân traditionnelle des griots et un rock suret et lancinant, dont flangers et quarts de ton donnent la leçon à bien des cordistes électrifiés.

Ce psyché à la dune, tout en volutes, voltes et voltages, chanté en arabe hassanya, puise à ce même flux, exaltant et mystique, qui a pu faire dire à Martin Scorsese que Nass El Ghiwane (dont il avait utilisé le titre Ya Sah dans La Dernière Tentation du Christ, avant de restaurer, avec sa World Cinema Fondation, le film Transes, d’Ahmed El Maânouni, qui leur est consacré) était « les Rolling Stones de l’Afrique ».

Si on ne se piquera pas d’établir, à notre tour, de telles comparaisons occidento-centrées, pas toujours judicieuses, allons sur un autre terrain et décrétons tout de go que des morceaux comme Guéreh, Knou, le recueilli Lehjibb ou le fiévreuse réinterprétation du standard griot Ch’tib (Naha) – épatant single qui rappellera quelques souvenirs sahraouis à Cheveu – ont tout pour écarquiller votre troisième rétine. A fortiori s’il s’agit du Guelb er Richât, « l’œil de l’Afrique », oculus tellurique, psychédélique, né d’un ancien volcan érodé, au bord duquel on jurerait que joue, 4×4, sono et groupe électrogène en arrière-plan, Noura Mint Seymali, drapée dans sa melhfa ce voile immense qui enveloppe toutes entières les Sahraouies. Et pour celles et ceux qui auraient besoin d’un ultime motif pour jeter tympans puis dévolu sur cette galette microsillon à l’intitulé végétal (« Yenbett », c’est l’essor de l’arbre), sachez qu’il y a aussi, servies fumantes, quelques goulées de (syn)thé discoïde, dont la native de Nouakchott semble partager les ambrosiennes recettes avec ses collègues de label que sont Altin Gün – écoutez Hagala Geyeul, notamment, et comprenez. Question rock, les Maures vont bien – vive la magie Noura.

Noura Mint Seymali // Yenbett // Glitterbeat Records
Sortie le 7 novembre 2025.

https://noura-mint-seymali.bandcamp.com/album/yenbett

2 Comments Laisser un commentaire

  1. ouvrez les guillemets ? regarde la gueule du disquaire du 66 il se les gel & repete quil est fidele au poste! on s’en bat un peu le brakmard avec son disque de Mogol a chez + combien de pesos peruviens.

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