18 décembre 2025

Urgence climatique et poésie folk en Bretagne : voici Ne Rangez Pas Les Jardins

(C) Tanguy Barot

Sorti de terre en 2023, Ne Rangez Pas Les Jardins prend le pari d’envoûter son public tout en le confrontant à l’urgence climatique dans laquelle notre fichue planète et ceux qui la peuplent se sont foutue. Pas simple ! Après avoir assuré de nombreux concerts en Bretagne et ailleurs, ce trio porté par Léa Digeois s’apprête à sortir son tout premier EP. Rencontre avec la créatrice du groupe pour une interview certifiée sans glyphosate !

Originaire du plus petit village des Côtes-d’Armor qu’est Loc-Envel, la chanteuse Léa Digeois sème sa poésie sur un rock folk psychédélique enivrant. En bonne prêtresse bretonne, elle mélange sa prose au talent de Louis Hamon, à la guitare, et à l’énergie inépuisable de Franck Richard, à la batterie, pour en venir à ses fins. À l’arrivée, la potion du trio breton fait mouche. Soucieux de prendre le temps, après deux ans de concerts un peu partout en France, Ne Rangez Pas Les Jardins s’apprête à sortir son tout premier EP en avril 2026. En attendant, j’ai pu parler nom de groupe, éco-anxiété et poésie avec Léa Digeois.

D’ordinaire, c’est LA question à éviter en interview mais là, je suis un peu obligé. Pourquoi ce nom ?

Léa Digeois : Ne rangez pas les jardins, c’est le premier morceau qu’on a composé avec Louis Hamon, le guitariste, en créant le projet. Au tout début, j’avais quelques compositions en solo à la guitare, mais je n’aimais pas l’idée de porter un projet avec mon simple nom. Ne rangez pas les jardins a été un tournant dans les premiers morceaux que nous avons travaillés à deux. Ça n’était plus seulement ma guitare sèche et ma voix. On a rajouté de la guitare électrique et de la batterie. Je trouvais ça cohérent de garder cette injonction qui résume bien l’univers porté par les textes qui font référence à l’écologie et à la nature.

Justement, pourquoi écrire sur l’écologie et la nature ?

Léa D. : J’ai grandi dans cet environnement rural entouré de champs et de tout ce que ça englobe. J’habite dans une vallée dans laquelle il y a désormais des éoliennes. Je ne sais plus de quand date la dernière fois où j’ai pu faire face à une nature non polluée visuellement par l’Homme. Le poème Ne rangez pas les jardins, je l’ai écrit dans un train traversant la Picardie. Cette région regroupe beaucoup de cultures. Mais la seule biodiversité que je voyais était contrôlée autour des hameaux. J’ai l’impression qu’elle est mise à mal dans ces conditions-là. C’est en faisant face à l’impact de l’Homme sur la nature dans mon quotidien, des éoliennes en passant par les centrales et les barrages, que je me suis mise à écrire sur ces sujets.

Quand tu assumes de dire aux gens que tu es musicienne et chanteuse, c’est une question de légitimité. Tu ne peux pas attendre la validation des autres sinon ça ne marche pas.

Quand est-ce que tu as démarré à écrire ?

Léa D. : Toute petite. Au tout début, je dictais mes poèmes pour que ma grand-mère les écrive. C’était des trucs sur les oiseaux, les fleurs et les feuilles. C’était déjà assez orienté. Puis, j’ai continué dès que j’ai su écrire. C’était des petits textes. Des idées d’histoires et de romans. Et, petit à petit, j’ai fait de la musique donc j’ai commencé à écrire des chansons que je déchirais de mon carnet parce que je les trouvais nulles. Et après, tu apprends à accepter. Tu récupères les mots et tu apprends à construire ton identité d’écriture. Vers 16 ans, j’ai assumé mes premières chansons.

À partir de quel moment ces textes ont fait la bascule pour devenir de la poésie ?

Léa D. : Ça se fait dès lors que tu l’acceptes. Quand tu assumes de dire aux gens que tu es musicienne et chanteuse. C’est une question de légitimité. Tu ne peux pas attendre la validation des autres sinon ça ne marche pas. J’ai fait ce travail là au conservatoire. Puis, dans la musique actuelle, c’est venu plus tard. Notamment grâce à des Girl Camp (formations en non-mixité).

Si la légitimité est venue plus tard et que tu déchirais tes premiers textes, en as-tu gardé quelques-uns malgré tout ?

Léa D. : Oui, ceux écrits par ma grand-mère justement.

Tu te verrais les chanter ?

Léa D. : Ah bah pourquoi pas. Justement je trouve ça intéressant de retrouver ce côté enfantin et très traditionnel dans la manière de passer de la poésie au chant. C’est quelque chose qui se faisait beaucoup dans la chanson bretonne avec des mélodies très simples. Il y a quelques mélodies de danse que l’on retrouve systématiquement. Les textes peuvent être différents mais tu garderas toujours des mots très simples et la même mélodie. Un hanter-dro reste un hanter-dro, tu ne peux pas le chanter autrement. J’aime bien l’idée de garder cette simplicité là même si j’amène parfois des images plus complexes. Il faut trouver un juste milieu.

Au-delà de l’importance de la nature, je retrouve dans tes morceaux l’importance de la contemplation. Le texte du premier titre a été écrit dans un train. Comment est-ce que tu cultives ça ?

Léa D. : Je ne sais pas trop. J’ai l’impression d’avoir grandi avec des parents qui m’ont poussé à beaucoup regarder pour apprendre le vocabulaire de la nature. J’ai appris à regarder. C’est davantage de l’observation que de la contemplation. Par exemple, je ne peux pas contempler la mer pendant des heures. Je n’ai pas cette patience. Par contre, savoir lire mon environnement m’est davantage déterminant. J’ai toujours été dans le jardin avec mes parents pour apprendre ce qui se mange ou pas. Toutes ces choses ont construit mon enfance.

Il est là le message que tu souhaites transmettre à ton public ?

Léa D. : La nature, ça n’est pas que moi, ça concerne tout le monde ! C’est ce que je veux mettre en exergue. Montrer que la nature est partout. Même dans les villes. La résilience de la nature est présente en permanence. Je veux amener les gens qui n’y prêtent pas attention à le remarquer.

Et cette importance de la nature, elle prend racine dans ton enfance ou il y a d’autres paramètres ?

Je pense que désormais c’est contemporain à tout le monde. Il y a quelques jours, j’ai écouté le titre d’Oscar Les Vacances dans lequel il parle des Neiges éternelles. Il dit qu’elles vont bientôt couler sous les ponts. Et je le comprends. Qu’on vive en Bretagne ou en Ardèche, il y a un rapport similaire à l’évolution climatique. Ça résonne aussi en moi quand j’écoute Blanc de MPL. Dans ce morceau, il essaye d’expliquer à un enfant ce qu’est la neige parce qu’il ne la verra plus jamais… Quand tu saisis le message, c’est terrible !

Pour toutes les infos sur le groupe, c’est par là.

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