Pourquoi les Français de Last Train ont-ils attendu neuf ans pour sortir un vrai disque fiévreux ? Si III fait souvent penser à Nine Inch Nails, il vaut en tout cas mieux qu’une comparaison.
Cerveau gauche : Ce nouvel opus de Last Train et sa batterie tellurique, ses guitares ciselés et son chant habité font voyager l’auditeur dans un univers sombre et puissant. Ils sont prêts à enflammer les foules sur scène.
Cerveau droit : Tu viens juste d’installer ChatGPT ? Va falloir revoir tes prompts.
Cerveau gauche : Je lui ai demandé de s’inspirer d’une partie de la presse française.
Cerveau droit : C’est réussi. C’est horrible.
Cerveau gauche : Bon… Ce nouveau disque de Last Train et ses ba… Putain ! C’est compliqué de faire autrement.
Cerveau droit : Je reconnais qu’on a perdu l’habitude.
Cerveau gauche : A nous deux, on pèse encore un peu plus que celui d’un poisson rouge, non ?
Cerveau droit : Faut pas qu’on force trop non plus, hein, on pourrait se taper un AVC. Quand est-ce qu’on devenu si fainéants ?
Cerveau gauche : Je me rappelle pas…
Cerveau droit : Poisson pané. 2000. L’année du lancement du haut débit.
Cerveau gauche : Tu crois ?
Cerveau droit : J’en suis sûr.
Cerveau gauche : On parlait de quoi ?
Cerveau droit : De Last Train. Ils ont sorti un nouveau disque. Le proprio a toujours aimé le rock. Il essaie d’utiliser ce qui nous reste d’intelligence pour nous dire combien ce vieux mythe éculé compte encore.
Cerveau gauche : Éculé ? Punaise, on a encore du vocabulaire.
Cerveau droit : Restons sérieux : le prix Nobel est encore loin.
Cerveau gauche : Last Train. Ça me dit rien. On les avait en mémoire ?
Cerveau droit : On n’a plus de mémoire.
Cerveau gauche : Je veux dire, sur un disque dur ?
Cerveau droit : Nan. On les avait complètement ratés à leurs débuts, en 2016.
Cerveau gauche : 2016 ? Ah bah oui, c’est normal qu’on s’en souvienne pas. C’est TELLEMENT loin.
Cerveau droit : J’ai tout rembobiné.
Cerveau gauche : Rembobiné ? Comme avec une cassette ? Ce truc me dit un truc.
Cerveau droit : Grosse richesse de vocabulaire, voisin. C’était une image, Monsieur Findus. Je suis allé sur Spotify.

Cerveau gauche : Moi j’ai lu le papier du red’ chef. Qu’est-ce qu’il leur avait mis, le Bester !
Cerveau droit : C’était pas volé. Je les aurais pas défendus non plus. Ni sur le premier, ni les suivants. Ça jouait fort, mais comme tout le monde. Il manquait un truc.
Cerveau gauche : T’as tout écouté ? La vache. J’aurais pas pu. J’aurais pas eu le temps. Toutes ces notifications. Tous ces ego tapant à la porte. Tous ces mails. Et puis la Marine, d’Arras, qui a gagné la Star Ac’. Ils aiment bien les Marine, dans le Nord.
Cerveau droit : Tu t’égares. Reste concentré.
Cerveau gauche : Fiiiou !!!, c’est dur.
Cerveau droit : Je sais. Je récapitule. Last Train. Quatre Français même pas parisiens qui font du rock un peu copié mais avec une vraie envie. Depuis neuf ans. Ils ont joué avec un orchestre symphonique. Ils font des clips léchés. Ils ont créé leur propre label, devenu une agence de production et de diffusion de concerts. Le chanteur gueule pas mal. Le batteur est bon.
Cerveau gauche : Ça fait beaucoup d’infos d’un coup, mais OK. Ils ont sorti un nouveau disque, et ça change quoi ?
Cerveau droit : Rien. Le rock change plus jamais rien. Mais celui-là, il est pas comme les autres.
Cerveau gauche : De rock ?
Cerveau droit : De disque ! Putain, mais t’es tellement de plus en plus complètement con !
Cerveau gauche : Ne sois pas désagréable. On est une équipe, je te rappelle.
Cerveau droit : Soit. Bon. Oui, il est pas pareil, celui-là. Il s’appelle III. Il me fait penser à Nine Inch Nails.
Cerveau gauche : Nine Inch Nails ? Le truc que le patron écoutait en frappant des bongs ?
Cerveau droit : Effectivement. On n’a attendu pas les réseaux sociaux pour voir nos neurones se suicider en rigolant.
Cerveau gauche : C’était quand même vachement bien, NIN. Enfin, de ce que je me souviens.

Cerveau droit : Ce nouveau Last Train, il fait dérailler, franchement.
Cerveau gauche : Toi aussi, tu t’es mis à ChatGPT ? Je savais pas qu’il y avait une option « jeu de mots ».
Cerveau droit : T’es encore capable de faire de l’ironie. Ça me rassure. Non, vraiment, il se passes des trucs, sur ce disque. J’ai pensé à dire que « j’avais vu des fantômes » en écoutant « This Is Me Trying ».
Cerveau gauche : Tu m’inquiètes. Bon, c’est vrai que, y a vingt ans, moi aussi j’aurais écrit que ce morceau était hanté, persuadé de la puissance de cette image. Quelle connerie, ouais. Ils savent ménager leurs effets, OK. Ils savent jouer puissamment dans les temps faibles, fort dans les temps forts.
Cerveau droit : Le début de ta phrase avait éveillé ma curiosité, mais la fin m’a rassuré : t’es trop ramolli pour éviter une répétition.
Cerveau gauche : C’était fait exprès, Monsieur le sarcastique ! Moi aussi je me suis fait décoller de la paroi crânienne par l’explosion à angles droits de « Home ». Même s’il chante des âneries tristes et désespérées.
Cerveau droit : Je te rappelle qu’on a toujours adoré ça. Sur « Revenge », ça fait la même chose. Ce n’est pas Trent Reznor qui dirait le contraire.
Cerveau gauche : Qu’est-ce qu’il devient, celui-là ?
Cerveau droit : J’en sais rien. Flemme de regarder sur Google.
Cerveau gauche : Gaffe. Toi aussi t’es pas loin de l’AVC.
Cerveau droit : Ouais, tiens, d’ailleurs, baisse le son, on sait jamais. « One By One » fait quand même pas mal de beau boucan.
Cerveau gauche : Celle-là, on l’a toujours bien aimé.
Cerveau droit : Quoi ? De quoi tu parles ?
Cerveau gauche : De cette image. Du « beau boucan ».
Cerveau droit : On finit là-dessus ? J’arrive plus à me concentrer.
Cerveau gauche : Ouais, t’as raison. Faut pas trop en faire non plus. Y a quoi sur X ce soir ?
Cerveau droit : Des avis définitifs lâchés par des trépanés à propos d’avis définitifs écrits par d’autres trépanés.
Cerveau gauche : Can’t wait.
Last Train // III // [PIAS] https://www.lasttrain.fr