8 mars 2026

Emmanuel Macron est fan de Mottomoda, pourquoi pas vous ?

Big beat à la Prodigy, hyperpop à la 100 gecs, musiques de jeux de PlayStation One dopées à la jungle, bizarreries punk… Le groupe franco-japonais Mottomoda veut tout mélanger, y compris en chantant en franglais dans un nouveau morceau : Kill Le Tiger. Pas sûr que l’Académie française surkiffe.

Ne perdez pas de temps à traduire « mottomoda »  (« もっともだ » en VO) sur Google, cette expression japonaise un peu has been veut dire (en gros) : « Bon sang, mais c’est bien sûr« . Un nom bizarre pour un groupe chelou qui fusionne une flopée d’influences, et dont les quatre membres sont pour la plupart passés par Biche : Alexis Croisé, Akemi Fujimori, Carol Teillard d’Eyry et Takumi Iida.

Le projet se concentre avant tout sur le live, avec des premières dates l’an dernier au Sample à Bagnolet et au Supersonic à Paris, avant une date bientôt prévue au Chinois à Montreuil, le 18 mars. Tout ça avec des shows à base de performances absurdes en hommage aux forces de l’ordre, et de chorés encore plus syncros qu’une danse K-pop.

Après un premier son en septembre, GLO$$, Mottomoda vient de sortir un nouveau single : « Kill Le Tiger ». Un clip tourné à deux pas de La Défense dans les rues malfamées de Courbevoie, un poil moins bondées que celles de Tokyo.

Dans votre dossier de présentation, la section « Ils parlent de nous » renvoie juste vers un lien : une vidéo de 10 secondes où Bertrand Burgalat dit : « Mottomoda, c’est très très bien ! » Et sous votre morceau « GLO$$ » sur YouTube, on ne trouve qu’un seul commentaire : un faux compte d’Emmanuel Macron qui écrit sobrement « Félicitations« . Comment rester modeste face à autant d’éloges ?

Carol : Pour Burgalat, c’est lui qui nous a demandé de tourner la vidéo. Je crois que c’est Macron qui lui a fait découvrir Mottomoda, il a trouvé ça incroyable. D’ailleurs, qu’est-ce qui te dit que c’est un faux compte ?

Je fact-checkerai. Dans Mottomoda, on entend un tas d’influences : comment mélanger autant de genres pour obtenir un son cohérent, sans se retrouver avec un gigantesque bordel musical ?

Takumi : On aime tellement de choses différentes, parfois je ne suis pas en accord avec moi-même, c’est très étrange. Souvent, j’aime imaginer ce qu’un genre aurait donné en étant réécrit par un musicien d’un autre style. Un exemple à la con : qu’est-ce que Hendrix aurait composé s’il avait découvert la drum and bass ?

Akemi : D’un côté, il y a un aspect free flow où tu t’amuses sans trop te limiter dans les inspis. Et de l’autre, en même temps, il faut parfois se calmer un peu en filtrant pour éviter que ça parte dans tous les sens.

Carol : On a tous cette espèce de sixième sens pour savoir ce qu’est Mottomoda et ce qui ne l’est pas. Dès que ça devient trop sérieux, on désamorce avec un peu de second degré et de dérision, avec un petit pas de côté dans le texte ou un truc un peu fucked up musicalement parlant.

On veut du relief : Mottomoda, c’est les Pyrénées, pas les Pays-Bas.

Alexis : Quand on tente de créer un truc nouveau, il y a une sorte de recherche un peu ludique d’un mélange de sensations nostalgiques. Des sons qu’on a pu entendre ado, parfois plus électroniques, parfois plus rock, parfois avec une énergie très punk… Ce qui nous intéresse, c’est le contraste. En live, on passe de sons très produits, très calibrés, à des séquences de free jazz bizarre où il n’y a plus aucun repère, plus aucune rythmique. Ça déborde. On veut du relief : Mottomoda, c’est les Pyrénées, pas les Pays-Bas.

Dans votre musique, il y a du chant en français, du rap en japonais, parfois du franglais. Là encore, pourquoi vouloir tout mixer ?

Akemi : Déjà parce que c’est fun. Si on peut le faire, pourquoi se priver ?

Takumi : Et on veut surprendre, en permanence à contre-courant. Quand tu baignes dans la musique et que tu écoutes un morceau, souvent, tu sais déjà comment il va se terminer. Tu peux avoir l’impression que tout a déjà été écrit. J’ai toujours trouvé ça dommage.

Carol : Il y a une envie d’originalité. Finalement on entend assez peu de japonais dans la musique en France. Mélanger les langues, c’est aussi un plaisir à l’écriture. Ça permet de s’amuser avec plein de nouvelles rimes possibles.

Takumi et Akemi, vous êtes tous deux franco-japonais. Esthétique underground tokyoïte, inspis musicales… Comment les influences japonaises ressortent dans Mottomoda ?

Takumi : Esthétiquement, il y a l’image du « salaryman », souvent associée aux années 90 : le col blanc qui finit complètement déchiré dans des petites ruelles, la nuit. Toujours en costume-cravate, très formel. Même aujourd’hui, les jeans en entreprise, ça reste encore un peu touchy au Japon. Là aussi, vrai contraste. Très bizarre, c’est assez extrême.

Akemi : Musicalement, l’une de nos plus grosses réfs en commun, c’est Kumo 99 : un duo américain-japonais.

En concert, vous tentez souvent des chorégraphies synchronisées sorties de nulle part, par-ci, par-là. Parmi vous, qui danse le mieux ?

Akemi : Aucun d’entre nous n’est danseur. À part Takumi, un peu de danse classique (l’intéressé confirme avoir pris des cours mais « pas très très longtemps », NDLR). Pour autant, on aime tous bouger et rigoler. À n’importe quel moment, tu balances une chorégraphie pas très compliquée, avec légèreté. Et tout le monde suit en synchro donc ça marche, c’est acceptable.

Carol : Une petite choré plaisir, c’est toujours généreux. On aimerait en avoir plus en live. On a une fascination pour les shows très chorégraphiés, millimétrés en termes de lumières, bétonnés visuellement… C’est quelque chose à quoi on aspire, justement pour ensuite désamorcer tout ça avec du pur lâcher prise. Un savant dosage pour que les spectateurs soient mis à distance mais aussi pris à partie.

On aimerait avoir 15 figurants déguisés en CRS qui débarquent, avec la machine à fumée à balle.

En live, il y a aussi ce moment où vous enfilez des brassards de flic, avant de menacer le public de se disperser en gueulant dans un mégaphone… 

Carol : Oui, pour l’instant on le fait à quatre, mais à terme on aimerait avoir 15 figurants déguisés en CRS qui débarquent, avec la machine à fumée à balle. Un truc complètement désorientant pour les spectateurs. Beaucoup de lives restent trop sages. Scéniquement, l’idée est de ne jamais laisser le public se poser, pour le garder captif avec plein de petites idées qui nous font rire. Qu’il n’y ait jamais ce moment tranquille où tu peux aller te chercher une bière.

Alexis : Évidemment il y a aussi un message sur le climat actuel derrière le morceau en question, qui s’appelle Ground Control. On vient d’ajouter des samples des gendarmes à Sainte-Soline, qui parlent tellement mal des manifestants. « Il faut qu’on les tue« , « Il faut leur tirer dans la gueule« … C’est tellement violent. On se dit que l’humour est un bon moyen de dénoncer ça même si ça reste léger.

Akemi : On préfère un peu d’absurdité. On ne va pas répondre prem’ deg’, en étant méga sérieux. Je ne nous vois pas haranguer tout le monde en disant ce qu’il faut penser. Mais bien sûr qu’on a notre opinion, on n’est pas là juste pour faire du fun gogol.

Carol : Le son n’est pas encore sorti. C’est vraiment un morceau pour le live. Ça se vit, il faut venir l’écouter ! Voilà, fin de l’interview.

Mottomoda en concert le 18 mars au Chinois (Montreuil) : billetterie.

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