Poireauter dans une salle d’attente avec un mal lancinant qui ronge le corps et l’esprit. Coiffer son casque Sony, un rien désabusé par une année musicale 2012 fade à souhait ? Monter le son et reprendre espoir, enfin. « Mondo » d’Electric Guest diffuse sa pop meanstraem colorée et rafraîchissante, agissant comme un puissant anti douleur.

Quelque part en France dans la petite salle d’attente d’un médecin de banlieue, les patients patientent en n’osant pas se regarder dans les yeux, se parler ou même esquisser un léger sourire. Il est 16h30, ça fait déjà trois quart d’heure qu’on poireaute sur une petite chaise visiteur en sky noir. Le Doc est le meilleur du coin et prend son temps pour donner des consultations à une liste de clients qui s’allonge d’années en années. Alors on patiente avec quelques revues qui datent d’au moins six mois. Entre Première, Paris Match ou Maison Décoration, on a le temps de se renseigner sur les navets qu’on n’ira jamais voir, une affaire DSK moisie avec la photo jaunie du couple libertin en Une  et la question cruciale du printemps sur la couleur à donner aux murs de la salle de bain. Le mur de la petite salle exhibe, quant à lui, un écran plat branché sur W9 et une émission consacrée au TOP50 dans toute sa splendeur avec ses vieux tubes délavés des 80’s. Esquisse d’un léger rictus jaune sur ces souvenirs de jeunesse. Un peu trop pour moi. Sensation d’être vieux, vieux et malade. Il y a eu les fêtes, quelques anniversaires à assurer, les examens médicaux sont passés à la trappe et la maladie en a profité pour se repointer. L’année commence avec la douleur et le moral en berne. C’est sans doute pour cela que je trouve tout fade. Il ne s’est pas passé un jour sans que je ne peste sur les sorties musicales du moment sans y trouver la moindre petite flamme qui régénèrerait mes cellules meurtries. La planète Gonzaï s’évertue à crier que 2012 a déjà dépassé 2011 dans la qualité des sorties. Fait des petits bonds dans les bois virtuels avec les White Rabbits. Adule le rock renouvelé des Experimental Tropic Blues Band. Et moi je passe mon temps à casser de la midinette entre Grimes et Sharon van Etten comme si s’évertuer à faire le mâle allait chasser le mal. Pitoyable. J’aurais mieux fait de chroniquer l’excellent Judah Warsky, son Painkillers & Alcohol m’allait finalement si bien au teint. Le Doc n’arrive toujours pas, il reste un type à passer avant moi.

Personne pour entamer une conversation, je sors mon Sony et me réfugie dans le « Mondo » d’Electric Guest

Un choc. Ou plutôt un électro choc. Le casque vissé sur les oreilles, les jambes croisées, les yeux fermés et le pied gauche qui commence à battre le rythme. La pop meanstream d’Electric Guest me téléporte quelque part sur la côte ouest des States. Une odeur de cocktail Los Angeles excite mes capteurs olfactifs sur les accords funky sucrés et citronnés de cette pop au groove malté par une rythmique musclée basse/batterie. Le soleil refait son apparition et inonde la petite salle d’attente. De l’autre côté de la porte, c’est California Beach avec ses chœurs océaniques et atmosphériques. La magie opère, les premiers soins me sont prodigués par un Awake annonciateur d’une certaine résurrection. Mon acétylcholine reprend de la vigueur, inonde mon système nerveux et mon cerveau de sensations et images positives, le mal se calme tranquillement. La voix d’ASA se pose en hauteur avec un vibrato parfaitement maîtrisé. Le beau gosse magnifie autant la pellicule par son physique que le recorder numérique avec sa voix trempée de R’n’B et de Hip Hop. Je reste stupéfait par tant de qualité augmentée par les compos et les arrangements aux synthés et chœur de Mattew Compton; les dix titres trimballent tous leur hommage et leurs références, comme ce Waves aux allures Close to me de Cure survitaminés. Control et Amber sortis tout droit de la tête de chou du grand Serge Gainsbourg période Marilou. Et ce Trouble Man, fleuron de l’album, longue balade lo-fi s’inscrivant de manière sublime dans le meilleur du rock indé. Le tout nous ramenant parfois aux bons souvenirs de Simply Red (Under The Gun) ou de Fine Young Cannibals (The Bait, This Heat I Hold) qui auraient bénéficié des services d’un vrai compositeur ou d’un grand producteur. Pas étonnant que ce soit Danger Mouse (Gorillaz, Gnarls Barkley, Broken Bells, The Black Keys et U2) qui produise ce petit bijou. Lui qui nous a tant habitués à des compositions riches en percussions et rythmiques puissantes, voix parfaites dans leur registre et chœurs efficaces.
De bons albums pop meanstream il n’en sort pas des palettes entières. Dans mes souvenirs reviennent l’excellent premier album des MGMT, le Travelling Like The Light de VV Brown ou plus récemment The English Riviera de Metronomy. De la même façon et en véritable extase musicale, Mondo remplit lecorps d’endorphine, revitalise et redonne un peu d’espoir. J’ouvre un œil, le Doc se pointe dans la salle et m’invite à entrer dans son cabinet. Je vais mal mais tout va bien.

Electric Guest // Mondo // Because
http://electricguest.com/ 

5 commentaires

  1. Yo Sylvain,
    Oui ce disque est top, franchement, du très bon meanstream et c’est rare! On y entend plein de choses évidemment tellement l’offre est riche.
    Gainsbourg je l’ai deviné sans avoir lu un peu plus tard que Mattew en est friand …
    Franchement bien, voix parfaite dans son registre, arrangements jouissifs et étonnants, ruptures de rythme etc. Et surtout une joie, une bouffée de bonheur qui fait un bien énorme. C’est album est curatif, vivifiant et techniquement parfait.

  2. Bonjour.
    A la lecture de cet article j’ai cru comprendre que vous aviez pu écouter l’album Mondo.
    Mais où avez vous eu le CD ?
    Il ne sort pas le 24 avril prochain ?
    Si il y a moyen de l’écouter quelque part je suis preneur 🙂

    Merci beaucoup !

  3. Cher BnJ,
    Oui j’ai pu écouter l’album Mondo, je fais rarement des chroniques sur des disques ou des concerts auxquel je n’ai pas assisté. Je sais par expérience que certains journalistes arrivent à réaliser de telles prouesses, je ne fais pas partie de cette clique.
    Si vous ne le savez pas encore, la presse musicale reçoit les albums sous format CD ou numérique avant leur sortie afin de pouvoir juger et en parler, conseiller sur l’achat ou non, c’est un peu logique, non ?

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