Tu n'y connais rien à la techno ? Tu veux qu'on te laisse tranquille écouter tes vieux disques de Frank Zappa? Ok. Mais sache que dehors les jeunes t'attendent pour la révolution et qu'ils sont chauds. Ces mecs sont armés de barres de fer et veulent en découdre avec la terre entière. Chronique des nouveaux punks avec Vox Low, C.A.R., Prayers et... Alain Chamfort. Ouais.

Prayers – Blood on the blade

« Sais-tu qui je suis ? SAIS TU QUI JE SUIS ? Je suis ton frère…je suis ton amant… je suis le dragon… je suis la vérité..je suis le serviteur… je suis la perfection… j’ai été créé à son image.. A SON IMAGE ! »

Comment peux-tu encore oser te pointer en 2015 avec ton coffret de réédition moisi de Jeff Beck sous le bras, et faire comme si RIEN n’avait changé?

Les mecs de Prayers sont sûrement les plus grands punks actuels, sinon la plus grande gifle des années 2000. Venant du ghetto le plus dur de San Diego, Sherman Heights, Rafael Reyes, le chanteur a le bon CV : gang, taule et corps couvert de tatouages en attestant. Attention, ici pas de pièges à hipster en jean slimmy. Hallucinant : voici un membre authentique de la contre-culture chicano qui au lieu de faire du rap, se réclame de Depeche Mode, Visage et autres Pet Shop Boys. La performance vocale de Reyes est en parfaite lignée du John Lydon époque PIL « Flowers of Romance » circa 1981. Voix aiguë, habité par le diable, psychiquement instable, ce mec ne fait pas semblant. Le tout sur des instru ultra stridentes et limite pute. Prayers signe ici rien de moins que le Sympathy For The Devil des nouveaux punks. New Romantic Gangsta ? Nan, c’est juste « du sang sur ma lame, fils de pute »

Alain Chamfort – Trace de toi (Chloé Rework)

La grande énigme POP de 2015 : Alain Chamfort est-il un punk, ou seulement le Bryan Ferry Français ? Dans tout les cas, l’autre dimanche, il était assis bien pépère sur le canapé de Michel Drucker pour le rendez-vous dominical des permanentes bleutées. Assis à coté des héros français Chevalier et Laspales, Alain Chamfort y tentait de ravir le public de Julien Clerc. Est-ce que Michel Drucker connait le travail de DJ Chloé et du label orienté drogue-dure-pour-les-jeunes-de-france : Kill The DJ? Grand mystère. Mais on peut se prendre à rêver l’espace d’un instant d’une connexion Ivan Smagghe/Michel Drucker via ce remix d’un tube POP Français FM 80 d’Alain Chamfort par Chloé.

La frontière entre le morceau pute qui pourrait se retrouver sur une compilation dégueulasse de Béatrice Ardisson et le morceau honnête est très fine – it’s a fine line. Mais faisons pleinement confiance aux talents de Chloé qui s’est plutôt inspirée de l’esthétique du clip signé Costa Kékéménis, où Chamfort traine son spleen dans un costume blanc impeccable, sous la chaleur étouffante du soleil grec, le tout dans des filtres saturés comme seule l’année 1986 en avait le secret.

Vox Low – Velvet Keats

« Si tu crois très fort en toi, tu peux revenir d’entre les morts. Suicidons-nous, franchissons la ligne ».

Vox Low débarque dans ton salon au guidon d’un chopper fourche longue et carburateur à motif flammé, pour ce qui pourrait être la BO parfaite du film de contre-culture ultime. Et pourquoi pas le Psychomania de Don Sharp ? Dans ce film de 1973, un gang de bikers maléfiques (The living dead motorcyclub) a fait un pacte avec le malin et se suicide pour revenir d’entre les morts et accéder à l’immortalité. Devenus des bikers zombies, ils sortent de leurs tombes en trombe, chevauchant leur Triumph Bonneville pour mettre à sac les symboles du libéralisme Thatchérien alors en plein essor. Au programme : Occultisme, spiritisme pop, gros plan de chiens qui hurlent à la mort, paysage anglais désolé, château gothique, magie noire, apparition de crapaud géant, trips sous LSD, talisman du grand ordre maçonnique, la kabbale, des bikers qui roulent armés de chaines de vélo dans des supermarchés en béton façonnés par la main de l’homme de droite, meurtres de flics, strangulations de putes hippies bottées de cuir orange. La violence, le mal, la détresse de la jeunesse punk: la musique de Vox Low pourrait être la B.O parfaite de ce Mad Max du Sussex. Le mythe du Ghostrider d’Alan Vega revisité par des Hell’s Angels armés de queues de billards.

https://soundcloud.com/voxlow/vox-low-velvet-keats

Sebastien Tex – Sway in Stones (Il Est Vilaine ‘Chapati’ Remix)

En 1982, The Cure enregistre l’album « Pornography ». Robert Smith se tient à un strict régime créatif à base de bières et de LSD. «Pendant une paire de mois, à cette époque, j’ai vraiment perdu le contact avec la réalité » raconte celui qui, désormais, ressemble à Elizabeth Taylor sur le tard. Entre deux prises, il occupe se journées à construire des pyramides avec des canettes de bières.

Il semble évident, à l’écoute de ce remix de Sebastien Tex, que quelque part à Paris, dans leur studio d’Oberkampf, les blousons noirs d’Il Est Vilaine ont perdu pied avec la réalité, eux aussi. Messe chamanique ? Expérience mexicaine sous peyotl à la Carlos Castenada ? Hommage à la créativité aliénante de Brian Wilson et The Cure ? En tout cas, de source sûre, si on passe ce disque à l’envers, on peut très clairement entendre le message subliminal :« it’s fun to smoke marijuana ». Comme le Another Bites a Dust de Queen. Cette tuerie est la première sortie d’un tout nouveau label de nouveaux punk : Mange Moi records. Vu le niveau affiché ici, c’est vous dire que les mecs ont les crocs.

https://soundcloud.com/mange_moi/sway-in-stones-il-est-vilaine-chapati

Paranoid London – Transmission

Attention, disque complètement dingue. Disque de l’année. Le groupe s’appelle Paranoid London. L’album : Paranoid London, sorti sur un micro-label spécialement créé pour l’occasion : Paranoid London records. Juste des mecs qui testent des drogues entre amis, la nuit dans leur studio, bidouillent leur machines et les amis de passage qui chantent (?!) complètement défoncés live en une prise. On n’est pas loin des expériences sur le LSD de Timothy Leary. Le Timothy Leary parano most wanted qui se fait kidnapper par les Black Panthers à Tanger en 70. Les instrus sont complètement pétées, elles suintent le cul, la vaseline et le PCP. On n’est pas en face d’un truc mondain deep house de droite soulful, ce sont plutôt des sortes de dandy-punks à chiens. Des TB 303 rough, ultra bruts, un peu comme la bande à Morelli de L.I.E.S, en plus glamour et plus POP. C’est Sodome et Gomorre. Tout l’album sonne comme le morceau culte « Moaner » de Underworld (1999), en moins nazi-trance mais en aussi drogue dure.

C.A.R – Glock’D (The Asphodells Remix)

Jefferson Aiplane avec une seringue dans le bras ? Une réincarnation synthétique du groupe Metaphisical Circus Band? Le rêve hippie? Plutôt la face sombre, ici. Avec ce remix hautement psychédélique de près de 10 minutes de la chanteuse C.A.R. par tonton Weatherall.

Une ballade dans le Haight Ashbury crapoteux de 1967 que décrit très bien Tom Wolf dans son livre Acid Test : LSD party, orgie sonique et jeune hippie à la dérive. Jeune éphèbe du nom dragué par Kenneth Anger tentant de le recruter pour son film Lucifer Rising, Bobby Beausoleil est définitivement l’archange maléfique. La dark side du flower power. L’histoire d’un gamin qui quitte sa province, guitare en bandoulière, pour tenter l’expérience hippie à San Francisco. Et qui se retrouve à jouer dans le groupe Love, puis apparaître dans des films de sexploitation sordides, pour enfin croiser la route de Charles Manson, devenir son bras droit et finir en taule pour meurtre. Se payant même le luxe de s’y faire interviewer par Truman Capote. Helter Skelter ? Aujourd’hui, depuis sa cellule, Bobby dessine et vend des calendrier via son site internet. Il aime beaucoup Andrew Weatherall.

Johnson – Wide sun

Un ferryboat qui arrive à bon port aux sons des sirènes et des cris de gabians. Costume Italien taillé sur mesure, trois quart en cuir roulé autour du bras, lunettes Aviator Ray Ban Saddam style sur le nez : le belge Andrew Johnson pose un pied à terre, sous un soleil de plomb, dans ce de Mad Max urbain de la région PACA : Marseille. Comme avant lui, le fameux inspector Tanzi (Maurizio Merli) dans les vieux poliziotteschi Italien anars de gauche, qui voit le mal l’assaillir de toute part.

Johnson est venu ici avec la ferme intention d’en découdre avec toutes les histoires qui pourrissent la vie des honnêtes citoyens : les ripoux de la Bac Nord, le système Guérini, les rooftops parties sur des centres commerciaux, le métro qui s’arrête à 23h, les voitures en quadruple file, les mauvais Djs, les rats au McDo du Vieux Port, les mecs qui te grattent des clopes, les subventions culturelles qui disparaissent, Primark, les concerts de Mika pour le peuple. Ses armes ? Une néo new wave synthétique envoutante, habitée, malsaine, sadique, vénéneuse et putain de sexuelle. A mi-chemin entre le vénérable album de David Shaw and The Beat (« So It Goes », 2002) et les disques de Dalek I Love You.

Blague à part : ce n’est pas juste un simple EP, mais un véritable mini-album, d’un très gros niveau. Je peine à trouver un morceau meilleur que les autres. Du grand art. Merci la Belgique. Un conseil, inspecteur Johnson: « Sors le cross volé, cabre même si la roue est voilée ».

Orestt – L’Age de glace

Vous avez remarqué cette blague avec John Carpenter ? Tout le monde le cite : album hommage, pastiche, pillage esthétique ad nauseum, clin d’oeil… Bienvenue dans la culture hipster dégueulasse de 2015, la culture du « cool »: on cite des références sans jamais les maitriser. Un slogan pour tee-shirt. Tout n’est qu’un vernis, une minable couche de peinture. Mais quand on gratte un peu, derrière les synthés, la barbe et les Stan Smith : rien. Du vide. L’imposture. Des pharisiens dans le temple de Salomon.

Heureusement le label I’m A Cliché veille au grain, et nous sort ce maxi du parisien Orestt. Ici, pas seulement un simple clin d’oeil cool en VHS, mais plutôt une véritable expérience de survival à l’intérieur d’une station en Antarctique. Poursuite dans les couloirs glaciaux au coté d’un Kurt Russel hirsute, armé de lance-flamme contre des chiens maléfiques à deux têtes. Ou contre des hipsters en New Balance en pleine zone de gentrification, c’est au choix.

Villanova – Searhorse

Le duo Villanova est une sorte de version techno de Bon Jovi. Celui qui faisait mouiller les filles avec un tatouage du New Jersey sur l’épaule, des collants en spandex violets, des bandanas léopards, avec des groupies prêtes à montrer leur seins au moindre effet pyrotechnique. Ce Bon Jovi mythique qui enfile les top models comme d’autres les perles, et qui a juste envie de mordre la vie à pleine dents, bordel. Oui, on parle bien du Bon de 1986, celui de « Slippery When Wet » avec des morceaux insurpassables comme Let it rock. A l’époque, beaucoup ne les ont pas pris au sérieux, ou pire : se sont moqués d’eux. Mais foutaises. Après eux, peu de groupes ont su ramener une sexualité toute animale dans leur musique. Surtout dans la techno. Mais les Parisiano-Marseillais de Villanova font partie de ceux là. Avec eux, on parle de S.E.X. Leurs maxis sont limite expérimentaux, ultra-bien produits. Mais contrairement à 98% des mecs qui font des trucs expérimentaux chelou/chiant pour trentenaires vegan, les Villanova produisent un son qui colle comme le foutre sec à tes draps. Et quelque part, se revendiquer de trucs salaces et sexuels, à mi-chemin entre Bon Jovi, Leon Ware, Derrick Carter ou Barry White, ça fait du bien.

Broken English Club – Channel 83

Les ayatollah de la pop et autres réacs du rock nous disent souvent : « Les années 80 furent un cauchemar intégral avec quelques petites lueurs ». Ah ouais? Et le Spin Me Round des pirates en kimono de Dead Or Alive, on en fait quoi alors?

L’Anglais Oliver Ho, n’a que faire de ces conneries. Dans son coin, il sort des morceaux qui sont à un niveau dont vous n’avez même pas idée. C’est l’incarnation ultime du nouveau punk. Après avoir trop saigné sur les Gibson pour son projet The Eye In The Heat, il sort une sorte de transe post-punk qui donne le vertige sous le nom malin de Broken English Club. C’est comme si l’album « Warriors » de Gary Numan (1986?) était réussi. Avec toutes ses superbes idées de Mad Max punk froid mélangé à une sexualité glaciale SM du Crash de Ballard. C’est la B.O parfaite du film cyber-punk Dogs in Space avec Michael Hutchence d’INXS. Ce maxi sort seulement en vinyle. Iil y a quatre titres. Amateur de pop culture, fans de Wire, de nihilisme no future, de magie noire : foncez sur ce disque.

5 commentaires

  1. Petite erreur de date pour Vox Low : « pour mettre à sac les symboles du libéralisme Thatchérien alors en plein essor » … dans un film de 1973 ? 1983 serait plus juste pour Thatcher arrivée au pouvoir en 79 (En 73 c’était un autre conservateur : Edward Heath) 😉

  2. Du punk? Quel intérêt aujourd’hui?
    Ah pasque rebelle? Ah oui? Ah bon.
    On baigne dedans là,c’est évidemment notre avenir de beaufs,Rotten l’avait dit.
    T’as pas un clip où un mec donne deux doigts pasque là tous avec leur majeur il le méritent hein?

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