Surgi des limbes de Myspace au milieu des années 2000, les Français de Château Marmont auront finalement attendu que le réseau social racheté par Justin Timberlake soit devenu aussi ringard que le revival des synthétiseurs pour publier au forceps leur premier album nommé « The Maze ». Comme notre première rencontre s’était soldée par un échec sous la forme d’un coït fictif avec une innocente secrétaire, il y avait du temps à rattraper.

Pour ceux qui auraient raté les précédents épisodes, Château Marmont c’est d’abord un hôtel de luxe californien, dont la légende raconte que les plus décadentes des rockstars y firent les pires acrobaties, de James Dean accrochée à une fenêtre à Jim Morrison tentant en vain de rejoindre sa chambre en s’accrochant à un tuyau d’évacuation. Inutile d’avoir fait des études dans l’hôtellerie pour comprendre les raisons qui poussèrent les Français de Château Marmont à opter pour ce nom au moment même où EdBanger commençait à trafiquer le cerveau de toute une génération d’ados bercés par la musique de graphistes; et ce alors même que le groupe n’opérait pas vraiment dans le registre du rock basique. Avec leurs synthétiseurs d’époque et leurs gueules d’ingénieurs du son échappés d’un laboratoire allemand, on aurait presque pu dire que les Château Marmont s’étaient donné pour mission de tuer le rock une deuxième fois.

Château Marmont, c’est aussi l’histoire d’une rencontre, si ce n’est ratée, du moins basée sur un malentendu. Alors que le groupe publie en 2009 son premier EP « Solar Apex » chez Institubes, j’ai alors la bonne idée de relater l’interview sur la base de délires conspirationnistes où hypocrisie, blagues misogynes et comparaisons douteuses s’enchainent comme dans un mauvais film avec Jean Roucas(toi d’la pov con). Si l’histoire n’a pas retenu le manque d’humour du patron d’Institubes, elle aura au moins vu le groupe décoller peu à peu et s’encanailler sur un disque d’Alizée (« Une enfant du siècle », 2010) que le trio traffique au point qu’il est un flop commercial, voire un meurtre artistique pour l’idole des radio-crochets. Après ça, plus rien. Château Marmont était, comme on dit au pays des burgers, off the radar. Sans raison. Ou presque.

« The Maze » sort donc après plusieurs déconvenues pour Château Marmont. Pendant tout ce temps, le groupe a rongé son frein, fondé son propre label (Chambre 404) et finalement tranché sur son (rétro) futur, à la manière d’une montgolfière qu’on délesterait de son poids. Par dessus la nacelle, les vieux claviers ! A l’horizon, un disque californien qui sonne comme du Toto tapant le bœuf avec Giorgio Moroder, impression déconcertante de revivre le Los Angeles de 1981 avec François de Roubaix dans le rôle du chef d’orchestre pour carrer du solo gras comme un cheeseburger aux entournures ; « The Maze » reste à vrai dire dur à identifier tant le single Wargames et les clins d’œil au Pull Marine d’Adjani brouillent les pistes et calmeront sans doute plus d’une ardeur. De l’autre coté et sur le versant le plus originel, Château Marmont reste ce qu’il a toujours été, à savoir un groupe de nerds passionné par le groove robotique, la library music et les Bandes Originales de film. Serré dans l’étau, à mi-chemin entre l’envie d’une pop plus décomplexée que Thatcher au milieu des années 80 et le besoin de sonner bizarre parce que chez eux l’étrange est une autre forme de normalité, le disque de Château Marmont est un anachronisme qui ne contraste finalement pas tant que ça avec l’époque, dénuée d’une identité propre.

RVB de base

Retranchés dans leurs studios depuis plus d’un an, les Château Marmont ont donc eu le temps de potasser leurs chansons, voire d’entamer une thérapie de groupe pour faire le deuil de leur première partie de carrière. Surpris, comme Poni Hoax, quand on a l’impression de leur apprendre que « The Maze » s’avère plus commercial que leurs précédents essais, les Château Marmont ne semblent pas vraiment conscients du Frankenstein qu’ils viennent d’engendrer, ni du mutant mélodique qui se cache dans les entrailles de la bête. Comme l’interview doit absolument « faire vendre de l’album » – dixit Guillaume de Maria – pour permettre au label de continuer à faire manger ses petits poussins (dont Exotica, où officie également Julien Galinier, membre de Château Marmont), on évoque avec plaisir toutes les plantades, mais aussi les années 80, Steely Dan, la fille de Daniel Balavoine et un autre château, celui d’Herouville, où officiait jadis le savant fou Michel Magne. A défaut de voir le futur, voici donc l’heure d’un retour vers le passé.

Vous vous souvenez de notre première rencontre ?

Julien : Oui, c’était en 2009.

Déjà ? Ah bah oui, c’était au moment du premier EP. Bon, promis, cette fois je ne vais pas refaire de blague misogyne sur la secrétaire, ah ah ah.

Guillaume : C’est loin tout ça, et puis on avait plus de distance que JR [le patron du label Institubes], forcément on n’était pas concernés. On avait par contre plus tiltés sur le passage où tu racontes que le maxi a fini dans le caniveau.

Quels souvenirs conservez-vous des années Institubes ?

Guillaume : D’énormes souvenirs, ça a été notre, euh, mise à l’étrier… ça se dit ça ?

On dit pied à l’étrier, je crois.

Guillaume : Oui et donc ça nous a fait rentrer dans tout ce cercle là, ça nous a donné une crédibilité. Jusque là on était un groupe de Myspace, avec nos démos, et tout d’un coup on s’est senti catapulté, ça nous a donné confiance.

Combien de temps a duré cette première partie de carrière, chez Institubes ?

Julien : En comptant la collaboration avec Alizée, à peu près trois ans.

Si on refait le match, il s’est donc passé trois ans entre votre disque avec Alizée et ce premier disque studio.

Julien : Oui, c’est à peu près ça. Après Alizée, il y a eu une sorte de best of réalisé pour la tournée aux Etats-Unis, mais c’est tout.

alizée une enfant du siècle

Quelle impression gardez-vous de votre collaboration avec Alizée ? J’ai le souvenir qu’il a été rapidement encensé puis rapidement démoli par la presse.

Guillaume (surpris) : Encensé ?!
Julien : Il a été plutôt bien reçu par la presse mais totalement défoncé par son public [celui d’Alizée, NDR]. Les gens ont été surpris par cette association, après pour nous c’était euh… c’était déjà plus de disques qu’on n’espérait…

Vous savez combien ?

Guillaume : En France ça a du faire 7000, 8000 disques vendus… Au Mexique et même si ça a été un flop, elle a du vendre un peu plus. [Alizée est une superstar au Mexique, bien plus qu’en France, NDR]. Au départ il était question qu’on fasse un concert de stade à Mexico avec elle et puis…
Julien : Et puis ça s’est pas fait, ils m’avaient foutu en directeur artistique de la tournée, mais on a fait qu’une seule date.
Guillaume : On a juste fait le Point Ephémère, ah ah ah ! Rien de plus qu’un showcase de trois titres avec beaucoup de play-back, avec toute la presse féminine… (…) On pensait que le disque se vendrait plus, que ça nous rapporterait plus d’argent. On pensait que les gens entendraient davantage notre nom mais…
Julien : … Mais personne n’a été écouter nos EP’s derrière, ça nous a ramené des fans mexicains et des ricains qui croient encore qu’Alizée va chanter sur nos morceaux. Aux Etats-Unis, on s’est d’ailleurs retrouvé dans des situations étranges.
Guillaume : Sur les cotes, t’as affaire à un public connaisseur, mais dès que tu pénètres dans les terres et le Sud, tu te demandes s’ils ont déjà vu un synthé !
Julien : On faisait les premières parties de Revolver, et dès qu’on s’installait sur scène, les filles reculaient et les mecs à lunettes s’approchaient pour mater la marque des synthés… On a un public de geeks.

Alizée, si c’était à refaire, vous le referiez ?

Guillaume : Ouais !
Raphael : ….
Julien : Peut-être qu’on n’est pas tous du même avis… (Le groupe se marre) Moi j’avais bien envie de faire le disque d’après, ça me semblait intéressant de faire un disque flop pour Alizée et après d’en refaire un !
Guillaume : Mais même elle n’a pas l’air d’assumer ce disque, donc bon…

Toujours est-il que Château Marmont ne sonne plus comme sur les EP d’il y a cinq ans. Travailler avec Alizée, ça vous a décomplexé ?

Julien : Ouais, un petit peu surement. Ca nous a surtout permis de voir que cette pop hybride pouvait exister, comme cette scène pop un peu, hum, mainstream.

Désolé je m’attarde là dessus parce que sans doute cela explique le disque qu’on tient aujourd’hui entre les mains, mais vous gardez quel sentiment de cette période, entre le début de la fin d’Institubes, la collaboration ratée avec Alizée et ce premier disque qui sort en 2013 alors qu’on l’attendait – comme vous je suppose – depuis au moins deux ans?

Guillaume (Il acquiesce) : Oh oui…
Julien : On a surtout galéré sur cet album, on a cherché la voix du disque pendant au moins un an.
Guillaume : Beaucoup d’impasses ouais. Entre la manière de le faire, supprimer les morceaux déjà écrits. Des nouveaux départs permanents.

Vous avez jeté quoi au final ?

Guillaume : Pas l’équivalent d’un album, mais pas mal quand même. On sentait qu’on avait pris une mauvaise direction.
Julien : C’est à partir du moment où on a écrit Receive and Follow que tout a commencé à s’enchainer naturellement. Au départ le disque était moins pop 70’s, c’était plus électronique, plus pointu, et puis finalement y’a  qui est arrivé et on s’est dit que c’était mortel.

On entend même le retour en grâce du saxo, soit le pire des clichés rock des trois dernières décennies.

Guillaume : Tu es face aux mecs qui n’ont aucun tabous…
Julien : Dans le morceau dont tu parles, The Maze, on avait envie d’un passage un peu Eric Serra, dans Le Grand Bleu.
Guillaume : Au départ c’est Etienne Jaumet qui est venu jouer sur le titre, ça devait être une simple texture de son, et comme on lui a donné carte blanche, ça a donné ce truc un peu sexy.

“On essaye de faire du vintage 2000 !”

Revenons sur la période des impasses. Fut-ce aussi un moment de remise en question en interne, voire de disharmonie entre vous trois ?

Julien : Bah, euh, ouais. Disons qu’on n’était tous pas d’accord quand ça marchait pas, et puis quand ça a marché, on avait tous la même idée en tête.
Guillaume : Ca a été assez tendu, effectivement.
Julien : C’est là que notre manager, Mathieu [Couturier, des Disques Primeur] a été utile, il nous a fait parlé, on a fait des réunions de crise.
Guillaume : Un peu comme dans Some kind of monster [l’incroyable documentaire sur Metallica en pleine crise, au moment de l’enregistrement de « St Anger »] Raphael : Le manager nous faisait parler à tour de rôle pour qu’on dise aux autres ce qu’on avait sur le cœur.
Guillaume : Et puis en parallèle y’avait des problèmes avec un membre du groupe qui s’est barré [Angy Laperdrix].

Depuis vos débuts, avez-vous dépassé le coté fétichiste des synthés vintage qui vous colle à la peau ? Je vous demande cela car la référence à Steely Dan, adroitement placée dans la bio, explique bien le virage musical actuel de Château Marmont.

Julien : C’est même pas une question de dépassement, c’est surtout qu’au début on voulait avoir plein de synthés pour faire évoluer notre musique, et au bout d’un moment comme on les a eu, on a arrêté de se poser 36 questions sur l’analogique. Mais on a quand même fait l’album sur magnéto à bandes, ah ah !
Guillaume : Et puis à force d’avoir des merdes techniques sur scène avec des synthés qui te lâchent, quand tu veux te professionnaliser tu mets un peu d’eau dans ton vin sur le matériel.

Pochette DEF (12cmx12cm) - CHATEAU MARMONT "The Maze" (test)

Comme votre disque « The Maze » arrive finalement plus tard que tous les artistes qu’il a paradoxalement inspiré ces trois dernières années, ça vous inspire quoi le mot « vintage » ?

Guillaume : C’est à l’image du monde d’aujourd’hui, la moitié des mots sont des termes de marketing.
Julien : On fait une musique analogique, ça c’est certain. Et l’album est analogique, ça c’est sûr. Après on n’a pas tout l’impression de… Justement on essaye de faire une espèce d’hybride travestie, euh, vintage 2000 !

Le disque est assez long, le tracklist étoffé. Plutôt étrange pour un groupe de la génération Myspace, et donc du single track.

Guillaume : C’est finalement là que, plus que dans le son ou l’approche, c’est dans le format qu’on est les plus nostalgiques.
Julien : On refusait de publier un disque où les gens auraient pu piocher morceau par morceau.
Guillaume : Y’a une ouverture, une trilogie finale, des interludes… ça va du soleil vers l’eclipse, ah ah.

Belle accroche pour les magazines. Comme vous avez été, dix ans après Air, à l’origine d’un retour aux synthés, des Moog à l’Arp Odyssey, avez-vous paradoxalement eu l’impression d’être dépassé par des gens qui ont été plus rapides que vous à sortir leurs premiers albums ?

Julien : Ouais, un ptit peu. Mais on voulait que le disque aille quand même un peu plus loin, car on avait justement peur que tel ou tel morceau soit démodé en six mois. Et puis en plus quand on faisait l’album, y’a ce morceau incroyable de Das Pop qui est sorti, avec des chœurs géniaux, et puis après ça a été le disque de Metronomy ; et nous on était tout le temps en train de retoucher notre propre album… Moralité on a préféré prendre le chemin de traverse plutôt que de sonner pointu.

D’où l’idée de ce morceau, Affaire Classée, qui sonne comme un énorme clin d’œil au Pull Marine d’Adjani et Gainsbourg.

Le groupe : C’était l’idée.
Julien : C’est pour ça qu’on a proposé à Alka Balbir de chanter dessus, parce qu’elle avait la voix d’Adjani.
Guillaume : C’est complètement un exercice de style.

Pourquoi ne pas avoir directement proposé à Adjani ?

Guillaume : Trop boursouflée (rires).
Raphael : On nous a même proposé la fille de Balavoine…
Julien : On a pas mal pensé à l’album digital de L.A., avec Gainsbourg et Deneuve, cette espèce de truc un peu Steely Dan.

Sur cette vision californienne telle que vous la voyez, qui va de Steely Dan à Polnareff en train de faire son jogging à Malibu en passant même par Alain Chamfort sur Manureva, quelle esthétique aviez-vous en tête pour le disque ?

Guillaume : On pensait vraiment à la fin des seventies avec les requins de studio cocaïnes.

Mais comment en arrive-t-on là quand on a grandi dans le sud de la France ?

Guillaume : La Californie, c’est justement le fantasme absolu. Personnellement, la culture anglaise – même si j’adore les Kinks – ça m’a jamais parlé.
Julien : Et puis merde quoi, on s’appelle Château Marmont quoi ! (Rires)
Raphael : Et pendant la conception de l’album, on était sous perfusion de cette musique, des trucs de Toto…

Ca me fait du bien que vous en parliez, j’osais pas vous le dire.

Julien : Tous ces sons qui font peur à tout le monde, ça nous a jamais fait peur. On a toujours écouté ces musiques. Remarque on aurait pu avoir des basses fretless avec des chorus et aller encore plus loin…
Raphael : C’est comme quand on disait qu’on écoutait Jean-Michel Jarre, tout le monde rigolait à l’époque. C’est le même problème.

“Ce n’est pas un album passéiste.”

Vous vous foutez donc complètement de l’image qu’on peut avoir de vous.

Guillaume : Ah non, c’est pas la même chose.
Julien : Par contre de la réaction du public à nos influences, ça on s’en fout complètement.
Guillaume : On ne va pas faire comme Phoenix une compile Kitsuné avec 15 morceaux qu’on aime bien.

Pourtant certains de vos morceaux ont été récupérés sur des compiles Kitsuné…

Guillaume : Ouais, on a fait quelques remixes…

chateau-marmont

Quels sont les premiers retours des journalistes sur votre disque ?

Guillaume (il soupire) : Pour l’instant c’était pas, comment dire… c’était surtout des publirédactionnels.

C’est à dire ?

Guillaume : On nous demande pourquoi on s’appelle Château Marmont…
Julien : Tout le monde nous dit, en tout cas, que l’album est plus pop.

Oui, mais des références à l’Amérique reaganienne décomplexée, des choses comme Toto ou Steely Dan, c’est l’antithèse même du produit indie bien-pensant, non ?

Guillaume : Je ne vois pas ça sur notre album, c’est un disque au contraire plein de retenu, on ne lâche jamais les chiens…

C’est marrant, je pense le contraire. On est quand même loin de « Solar Apex ».

Julien : C’est certain qu’on est sorti de la niche dans laquelle on était. Avec l’âge, tu détestes forcément de moins en moins de choses. On aime encore plus de courants musicaux.
Guillaume : Toi à l’adolescence, t’écoutais quelle type de musique ?

J’allais justement y venir, à mon adolescence, parce qu’on a sensiblement le même âge [en gros : la jeune trentaine]. J’ai l’impression en écoutant des groupes comme Sommet qu’on vit actuellement un retour quasi proustien des années 80, avec des sonorités très proches des Mystérieuses Cités d’Or et de tous ces dessins animés comportant des génériques composés aux synthés.

Julien : C’est pas faux. C’est David Gilmour qui dit qu’on fait sa psychologie musicale jusqu’à sept ans, et qu’après tout s’arrête.
Guillaume : La première fois où j’ai écouté Boards Of Canada, ça a été un choc hyper émotionnel, je me revoyais enfant.

Et donc, (re)jouer ce type de musique, c’est l’envie inconsciente de revenir à l’enfance ?

Le groupe : …
Guillaume : Si, peut-être. (Long silence)
Julien : Peut-être aussi l’envie d’être aussi bon que ce qu’on écoutait à l’époque.

Réécouter des morceaux comme le Chapi Chapo de De Roubaix, ça vous fout encore une claque aujourd’hui ?

Julien : Ouais, bah ouais. François de Roubaix, c’est une grosse influence ; c’est le premier Français à avoir eu son studio.
Guillaume : Même dans la Variété, c’est une autre époque, c’est à dire que tous les mecs qui jouaient derrière, des types comme Bernard Estardy…

“La plupart des journalistes [français] ne le sont pas réellement.”

On parlait tout à l’heure du rapport aux journalistes, n’est-ce pas frustrant de ne pas arriver à partager ce pan de culture musical, et qui plus est français, avec les médias ?

Guillaume : A fond. Déjà parce que la plupart des journalistes ne le sont pas réellement. [L’attachée de presse, tapie au fond du studio, confirme] La plupart sont des bloggeurs de 20 ans qui posent des questions bateau pour récupérer leurs places de concerts. Donc oui, forcément la promo peut être frustrante, parce que parfois on aimerait bien pouvoir communiquer, parler de musique, de nos amours.
Julien : Faire une interview “Château d’Hérouville” [le mythique studio d’enregistrement de Michel Magne, où enregistrèrent Elton John, Marc Bolan, Iggy Pop, etc], ça on aimerait bien ! Si on gagne plein d’argent avec le disque, on le rachètera !

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Si on parle de Michel Magne, il y a là le génie grandiloquent du type qui réinvestit tout son argent dans ses productions. Est-ce que l’idée de pouvoir gagner un peu d’argent pour créer une sorte d’empire musical, c’est un autre fantasme de Château Marmont ?

Julien : L’idée du label Chambre 404, c’est exactement ça. Qu’il y ait plein de petits poussins autour de Château Marmont, c’est un peu mégalo, mais c’est l’envie d’être à la base de tout ça.
Guillaume : Un peu comme Coppola avec Zoetrope, sauf qu’il s’est super vautré quoi.
Julien : Pour notre groupe, on aimerait bien que ça dure à la manière de Zappa ou Eno, c’est à dire en restant dans la recherche, sans avoir à faire un album de stade parce que le précédent n’a pas marché. Même si à la fin on fait un album inécoutable avec des larsens pendant cinquante minutes, ah ah.

Nous parlions tout à l’heure de Toto et des saxos. Un peu à la manière des téléfilms américains des années 80 ou 90, il y a là un grain, un traitement, qui fait qu’on sait instantanément en les regardant dans quelle décennie ils ont été tournés. Comment arrive-t-on à ne pas être prisonnier de son époque ?

Julien : Dans les années 60,70 et 80, la musique a évolué grâce au matériel.
Guillaume : Kate Bush n’aura jamais fait « Hounds of Love » avec un son des années 70.

De la même façon, je suppose que vous n’auriez pas pu composer « The Maze » si vous n’étiez pas né dans les années 80.

Julien : Bah non, je ne pense pas. Je n’imagine pas les kids d’aujourd’hui faire un disque comme ça.

Ca vous fait peur la tentation du recyclage ?

Julien : On essaye de ne pas être trop dans le « on refait comme avant ». Même si on l’a quand même fait sur le morceau avec Alka, parce qu’on avait envie.
Guillaume : Sur le reste, on préfère regarder devant que derrière, après c’est notre vision des choses, peut-être qu’on a trop la tête dans le guidon, mais pour nous ce n’est pas un album passéiste. J’en parle souvent à propos des trucs sixties, mais chaque musique a sa vibration d’époque, l’album de Jacco Gardner qui sort ces jours-ci, même s’il a le son, les fringues, le seul problème c’est qu’il n’a pas vécu à cette époque.

Vous au moins, vous avez grandi dans l’époque qui vous a inspiré.

Julien : Pour nous c’est vraiment la période 1978-1982 qui nous a marqué. Moi j’aimerais bien que des kids écoutant notre disque se mettent à faire du Steely Dan, ça ce serait énorme.

D’un point de vue musical, sentez-vous le suivisme entre les groupes ?

Guillaume : A fond. Et encore, on se fait traiter de Phoenix… Comme tout va très vite maintenant, et que tout est à court terme, tout le monde est prêté à retourner sa veste pour faire n’importe quoi, tout le monde rêve de faire son coup. Ca a été ça pour la French Touch, pour la house filtrée…

On fête ces jours-ci les dix ans [pénibles] d’EdBanger. Rêvez-vous d’un tel destin, en tant que patrons du label Chambre 404 ?

Julien : Non. On voudrait plus une histoire à la CTI, le label jazz-pop de Bob James, un type dont l’idée était de produire les trucs le mieux possible en mettant le plus de pognon possible, même si ça ne marchait pas.

Comment ça se passe pour les signatures pour votre label ?

Julien : Ca part souvent de rencontres.
Guillaume : On risque de signer le prochain disque d’Aquaserge, ce sont nos potes et on adore leur travail.
Julien : On n’a pas envie d’une musique faite pour le label, avec une sorte d’identité monolithique, de disque en disque.

Dans tout ce bordel, Château Marmont a un peu la position sacrificielle : vous ré-investissez tous les bénéfices dans votre propre label ?

Guillaume : Exactement.

C’est quoi votre plus grande fierté à ce jour : avoir réussi à sortir ce disque, ou avoir monté le label qui va avec ?

Julien : Je pense qu’on sera surtout fier s’il se passe quelque chose après !
Raphael : Surtout fier d’avoir tenu pendant tout ce temps, y’a eu pas mal de sacrifices dans nos vies personnelles et on sort l’album à des âges où d’autres ont déjà fait cinq albums… ça fait gamberger. Et ça, comme dirait Nelson Monfort, c’est déjà une super victoire.

Chateau Marmont // The Maze // Chambre 404 (Arista)
Sortie le 27 mai // http://chambre404.com/

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8 commentaires

  1. Par contre c’est total léger sur la fille de Balavoine annoncée en intro : scandale ! je veux en savoir plus ! Et puis depuis quand il a une fille Balavoine, je le savais pas moi… Des infos (ouais j’ai la flemme de googler et de wikipédier)

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  2. CTI = Creed Taylor Inc.
    ==> Bob James a effectivement enregistré des disques sur CTI (et des bons qui plus est, both as frontman and sideman), mais le patron c’était Creed!
    Par contre des fans de Steely Dan et de Donald Fagen nés en 1990, j’en connais plusieurs, et je parie qu’ils ont jamais écouté Chateau Marmont…

  3. Salut ! Concernant Alizée, je m’y suis intéressé avec cet album “Une enfant du siècle” (réellement découvert environ un an après sa sortie pour ma part), très bien, très intéressant (“Mes fantômes” et “Eden eden” sont des chefs-d’oeuvre pop), alors qu’avant j’en avais vraiment rien à faire d’Alizée. je ne comprends pas pourquoi les gens ne se sont pas plus que ça intéressés à ce disque, alors que c’est sans doute celui qui est le plus intéressant, avec aussi le dernier album de 2013. c’est incompréhensible. c’est un album à la fois simple, audacieux, et accessible.

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