Souvent relégués au fond de top 10 d’artistes à suivre parrainés par des marques de téléphone, ils luttent contre 60 ans d’histoire pour se faire une place dans le cœur d’auditeurs qui croient avoir tout entendu. Parce que les meilleures histoires sont souvent les plus courtes, Gonzaï leur rend hommage avec un petit tabouret vers la gloire nommé C’est bien c’est nouveau. Aujourd’hui, un musicien fais le toi même autant passionné par Chostakovitch que Sun Ra. Son nom lui a été inspiré par une station de métro, et pourtant : sa musique plane.

Ils se prénomment Jean-Marc, Christophe, Philippe ; ça fait longtemps qu’ils écoutent les disques qu’ils reçoivent comme ils prennent des trains, machinalement. A force d’en prendre, d’en écouter, ils en oublient de regarder le paysage, trop concentrés qu’ils sont à faire semblant d’être encore dans le coup, à justifier leur présence dans un monde qui les tolère à peine en citant Jessica93 deux ans après tout le monde alors qu’ils ont raté toutes les vraies révolutions musicales depuis le début du 20ième siècle, Radiohead et LCD Soundsystem compris – normal, ça ne sonnait pas comme les Cure ou The Smiths, groupes qu’ils continuent de poster sur Facebook comme un trophée de jeunesse, mais entre nous franchement, qui a envie de VOIR un hymen sanguinolent posé sur la table de la salle à manger ?
Ces gens là, ces Jean-Marc, se distinguent de la masse par le simple fait qu’ils reçoivent des dizaines de disques toutes les semaines, qui pour la grande majorité restent sous cellophane ; on les croise parfois, ces vieux journalistes musicaux, à des concerts où ils restent accoudés au bar (la scoliose) avec leur teint ventripotent et leur bide tout ridé, ils font un peu de peine mais comme leurs yeux sont vitreux, ils sont déjà à moitié transparents. A défaut d’être vu, on peut – hélas – encore parfois les entendre gémir dans des interviews où tous regrettent – je cite – « qu’avec Internet on n’ait plus le temps de découvrir aucun groupe parce qu’il y a trop de choses à écouter ». Un aveu d’échec qui masque à peine le fait que ces vieux toc critics n’ont même plus la force de lever l’auriculaire pour écouter ce qui se passe à la marge des rayons Fnac, petits mausolées jaunes et verts où les aspirateurs derniers cris remplacent peu à peu les disques qu’ils badigeonnent de superlatifs mous parce qu’ils ont sauté l’attaché de presse, et ce alors même que toutes les petites étoiles qu’ils continuent d’accrocher à ces Cds comme des guirlandes sur un sapin miteux, tout le monde s’en fout. Pauvres glands.

a4001015732_2Si je vous dis tout ça, c’est parce que le premier album de Pointe du Lac est sorti en octobre dernier sur Bandcamp, non seulement en écoute gratuite mais aussi dans l’absolue et complète indifférence ; et qu’à ce jour et en dépit de la beauté des 9 morceaux qu’on peut se procurer en MP3 pour 4 € (4 PUTAIN D’EUROS), aucun journal de cette formidable presse française ne s’en est fait l’écho, prétextant certainement que « si c’est pas sorti en CD ça n’existe pas ». Ouais. Il a beau être imprimé, ton monde n’existe pas plus, ducon. Moi je t’enverrais bien tous ces branques dans un hospice avec les deux mains coupées ; histoire de faire de la place pour ceux qui seraient prêts à raconter l’histoire de ce type nommé Julien Lheuillier, professeur de musique pour l’éducation nationale au civil, qui découvrant un jour le nom de la nouvelle station de métro en bas de chez lui, décide sans plus attendre de lancer un projet nommé Pointe du Lac. Il explique : « Quand ils ont ouvert cette station il y a environ trois ans,  je me suis dit que le nom de la station ouvrait un imaginaire, de grands espaces déserts alors qu’on était à Créteil [ligne 8]. Du coup, je voulais que la musique soit assez onirique et contrastée. On peut y entendre des lacs imaginaires et des métros qui passent dessous, des vieux synthétiseurs et des moins vieux. Les 8 titres représentent une sorte de vision hallucinée d’un trajet vers la Pointe du Lac, mais une Pointe du Lac qui n’existe pas, ou qui serait quelque part dans le cosmos ».

Si le leader autoproclamé de Pointe du Lac croit comme François Mitterrand et Sun Ra aux forces de l’esprit, sa musique ferroviaire possède un gout de Reste Assis T’es Perché. Si vous êtes abonné à Je vis en 2014 magazine, il ne vous aura pas échappé que Pointe du Lac, dans ses accents planants, possède un tas de points communs avec ces autres Français nommés Jonathan Fitoussi ou Bajram Bili. Le même amour des motifs répétés, ces envolées dans la Bavière krautrocky qui évoquent, invoquent même, Neu ! Et parfois aussi Brian Eno sur ses essais d’ambient à l’époque où il ne façonnait pas encore de la musique d’ascenseur. Il y a également une reprise d’Arvo Pärt sur cet album, preuve que Julien Lheuillier n’est pas qu’un lecteur assidu – un mec qui lit assis, comprendre – de Keyboards magazine. « J’aime beaucoup son travail, notamment dans l’exploration de son « style tintinnabuli ». J’aime cette idée de laisser vivre les sons par leur résonance et je me suis dit que c’était peut-être un peu iconoclaste mais qu’un synthé peut faire un truc aussi expressif qu’un violoncelle finalement ».

Okay, on résume parce que j’ai du lait sur le feu. Pointe du Lac c’est un type tout seul qui fait de la musique planante à Créteil dans un environnement goudronné, et qui pour échapper à son environnement toxique compose des vitraux insonorisés. C’est bien, c’est nouveau et comme dirait l’autre, ça mérite réputation. Quant à savoir si l’objet – pour l’heure signé nulle part – sortira un jour au format Cd ou vinyle, voici déjà la punchline sticker : « Pointe du Lac : Contrairement aux journalistes fainéants autant qu’à Brian Jones ou au petit Gregory, en voilà un qui n’a pas la tête sous l’eau ».

https://pointedulac.bandcamp.com/album/pointe-du-lac

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