La scène musicale indépendante française se divise principalement en deux catégories : D’un côté les branleurs qui s’échinent à faire sponsoriser leurs musiques à deux balles, de l’autre les mecs sympas et affables pour qui écrire des chansons est un moteur unique, sincère et inaltérable. Les Blue Mountain Expansion sont sans hésitation de ceux là.

Bon, c’est vrai qu’il y a aussi les blaireaux talentueux et les mecs « sympas mais pas trop ». Mais ne nous sommes pas là pour esquisser une sociologie peu aboutie de la scène hexagonale. Ce que nous désirons c’est opposer deux démarches antagonistes, l’une guidée par la pureté du sentiment, la sincérité, et l’autre par le profit, quelle que soit sa forme.

Les quatre chansons de « Deaf Remission », le premier EP des Blue Mountain, transpirent la sincérité. Conscients de leurs limites, qu’elles soient techniques ou professionnelles, les Blue Mountain Expansion véhiculent un amour insurmontable pour la musique psychédélique au sens propre du terme. Là où le psychédélisme ne ressemble désormais plus qu’à une « mode », bonne à faire vendre des fringues et des affiches sérigraphiées, le groupe parvient à revenir sur cette musique de l’esprit, née pour transmettre des images et des émotions au travers de mélodies répétitives et possédées.

Simple mais pas simpliste, « Deaf Remission » est un pur concentré de sentiments. En partie imaginé lors d’un long séjour au Canada entrepris par plusieurs membres du groupe, ce disque inspire autant les grands espaces qu’une petite chambre d’étudiant sans le sous. On pense aussi bien au Brian Jonestown Massacre de « Methodrone » et « Spacegirl & Other Favorites », dont le groupe revendique intimement l’influence, qu’aux lignes aériennes de Slowdive. Cela ne joue pas parfaitement en place, cela ne chante pas toujours parfaitement juste, mais il reste finalement l’essentiel : cette tension dramatique dans l’espace, un sentiment d’urgence et de mélancolie. Ce chagrin provoqué par l’envie de réussir, l’envie de bien faire les choses et de vider ses tripes avec pudeur.

Alors on pourrait dire que c’est insensé d’aimer des chansons parce qu’elles semblent intimes et sincères. Certes. Par contre, lorsque autant de sincérité arrive à la hauteur d’autant de savoir faire mélodique et de justesse artistique, nous sommes forcés de nous assoir et d’écouter attentivement ce qui nous est raconté, que l’on soit d’accord ou pas. Finalement, tout ce que l’on peut réellement reprocher à Blue Mountain Expansion, c’est que ce disque soit si court et que personne n’ait encore décidé de le sortir.

Blue Mountain Expansion // Deaf Remission
http://bluemountainexpansion.bandcamp.com/

Crédit photo : Arnaud Plessier

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