Le duo Parsiano-Marseillais Slow Porn sort la compilation de punk synthétique ultime « Prise De Vue ». Ça lorgne sur le space disco sous méthédrine, le punk blanc ou le kraut léthargique. De quoi nous donner espoir dans cette nouvelle forme de rock'n'roll synthétique ?

« Les années futures n’ont qu’à bien se tenir, car nous avons des chargeurs plein les poches ». C’est avec ces mots que le journaliste français Yves Adrien prophétise les années 80 dans son livre culte Novövision. Les années synthétiques, mutantes et digitales.

Ce chargeur, le duo Slow Porn y apporte les munitions parfaites avec sa compilation « Prise De Vue » : des balles à détonation-polaroïd » pour un « chargeur mutant ». Slow Porn, c’est un duo formé par un parisien – Romain Rouffiac aka Remain – et un marseillais bien connu de nos services pour des raisons défavorables : DJ Phred et son label La Dame Noir. Dans l’attente d’un album, le duo sort cette compilation de dix-huit titres – NON MIXÉS, car on n’est plus en l’an 2000 – où on peut découvrir un sacré paquet d’inconnus vêtus de cuir et de mitaines cloutées. Les influences ? Le psychédélisme lourd, le sexe, le kraut enfumé, la froideur new wave et les basses reggae. Le comble, c’est que les artistes présents sur cette compilation sont tous inconnus des rockers purs et durs. Pourtant, quand on y réfléchit, c’est juste une autre forme de rock ‘n’roll. Oui, du VRAI ROCK sans aucune guitare : juste du cul, de la dope et des synthés. Un peu comme Alan Vega, mais avec un doigt dans le cul. Et tenez-vous bien, ils nous refont même le plan des barbus allemands cosmiques-choucroute : planant comme la B.O du porno Body Love signé par Klaus Schulze.

Ces mecs osent tout : expérimentation kraut, léthargie synthétique. L’impression d’un disque des Frankie Goes To Hollywood passé au ralenti, car les mecs sur cette compilation jouent tous TRÈS lentement. Sous leur côté lounge-cold-wave-inoffensif formel, il s’agit en fait de quelque chose de plus hardcore. Un peu comme si tu te retrouvais à genoux avec la bite dure, tiède et veineuse d’Etienne Daho dans la bouche et que tu levais les yeux au ciel pour être aveuglé par le phosphène pourpre du soleil d’Ibiza. Toi aussi, tu veux la « fièvre du soleil »?

Un bon son brut pour les truands

Tu te souviens quand le « Dark Side Of The Moon » du Floyd était choisi pour tester les chaines hi-fi ? Et bien la compilation de Slow Porn peut désormais être le nouveau Graal pour tous les Patrick Bateman en puissance qui veulent tester leur matériel Bang & Olufsen. Ici point de synthé crasseux : que de la grande classe, du kraut en costard blanc Armani. Les arpèges sont propres et aiguisés et les caisses claires y sont blanches : comme si Steely Dan se faisait produire par Vangelis. Ça commence avec un morceau planant signé du marseillais Amevicious pour ouvrir les portes de la perception. Plus loin, on peut entendre Rodion – moitié du duo italien Alien Alien – qui en fait des caisses avec son ambiance porn-library 70’s. On y redécouvre ensuite Daroc avec le morceau Embrasure chanté en français qui enchaine sur Aswefal, un ancien groupe signé sur Kill The Dj à l’époque et qui a suivi une autre trajectoire, pas si éloignée de Colder.

Cela se réveille avec Queen Charles : un des plus beaux, si ce n’est LE plus beau, trésor caché de la techno marseillaise. Bordel, cet aristocrate décadent a sorti un des plus beau maxis de cold wave digitale – Morning Song – à une époque où tout le monde se touchait la nouille sur Myspace.

On continue avec Rework, que l’on défend souvent ici : un groupe qui a réussi l’exploit de ne jamais sortir un seul mauvais morceau. Toujours drogué et très aérien avec ses vocaux paumés sous Lexomil, sur une bassline merdique qui donne un côté Jean-Michel Jarre période En Attendant Cousteau.

Difficile de savoir quelle est la piste la plus bandante tellement ce disque c’est la grande classe, mais attention : la grande claque arrive avec une perle signée du groupe Pooliceman – des parisiens qui culminent à 5 followers sur leur page – qui ne nous sort rien de moins qu’un des plus beaux morceaux Baggydance entendu depuis la fin des Happy Mondays. Ce truc sonne comme une pure B Side de « Screamadelica », ça sent l’aciiiiiiiiid, les Byrds, l’ecsta, la vibe Madchester à la Soup Dragon. «I’m freeeeee ». Qui sont ces putains de mecs ? C’est le prochain album de Liam Gallagher produit par Andrew Weatherall ?

Don’t stop, ensuite, avec une comptine chantée signé par Slow Porn en personne, à mi-chemin entre Cocteau Twins et les Young Marbles Giants. Puis le groupe Cabaret Nocturne qui essaie de rejouer les scènes de décadence romaine dans des mocassins sans chaussettes, comme une version Instagram du Satyricon de Fellini. L’esthétique et l’érudition pop en plus. Et ce morceau de Vosper & Ponsolo ? Ce n’est que lanterne magique, pédérastie, diablerie, croix gammée et Hell’s Angels. Et je vous parle pas de la track de Kieran Holden qui a passé sa TB 303 pitchée au minimum.

Bref, c’est sans fin. Cette compilation s’avère être une arme de destruction massive, une véritable thébaïde, un désert confortable, une arche immobile et tiède où l’on peut se réfugier, loin de l’incessant déluge de la sottise humaine.

Slow Porn // Compilation Prise De Vue #1 // My Favorite Records
https://www.facebook.com/slowpornmusic

9 commentaires

  1. Du Byrds dans le morceau de Poolicemen?
    De quelle sottise humaine tu parles,Harvey?

  2. chaud! j’ai 14/16ans/20ans! je m’appelle Oulaya Amamra, j’ecoute de la zique venue du ghett! çà çà me plaît trop! alors je le dit! j’ai 14/16/20ans, AVé C »sario!

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