Après trois ans sans nouvelles, Baxter Dury est de retour et comme avec son précédent album « Happy Soup », « It’s a Pleasure » vous laissera d’abord sur le pas de la porte. Mais une fois entré, par ici les frissons. Ce que quinze minutes de phoner raté n’ont pas réussi à prouver...

baxter-dury-happy-soup[1]Le nombre d’exemplaires d’« Happy Soup » (2011) écoulés par Baxter Dury ? En le cherchant, on tombe plus facilement sur les ventes d’Adele et d’Amazon. Trois clics plus loin, le père est déjà là… Impossible de ne pas savoir que notre dandy poivre et sel posait à 5 ans sur la pochette du disque de papa Ian, « New Boots And Panties ». Etrange décalage et paradoxe d’internet : à courir après un anti-héros actuel sur le média du XXIe siècle, on retombe dans l’Angleterre seventies de nos parents, qui se sont peut-être bien furés pour la première fois sur Sex & Drugs & Rock’n Roll.

Ce détour pour dire que ça nous fait au moins un point commun avec le storyteller en pop aigre douce des dimanches matins à traîner en caleçon dans le salon dévasté, un café trop chaud à la main avec ce petit sourire en coin qui voudrait faire la différence : nous aussi, on en a soupé des références à papa, de la légende des seventies, puis du punk, puis du nihilisme joué en barrés ad nauseam et à toutes les sauces, jusqu’à ce que des feignants pragmatiques se contentent un jour d’appuyer sur des boutons. Vous me direz qu’avec tout ça, on ne sait toujours pas combien Baxter Dury a vendu de son précédent album.

« I’m a talker »

Pourquoi une telle question ? Si on s’en tient aux médias spécialisés français, Baxter Dury est un artiste qui compte. Trois fois sur quatre, cette expression signifie qu’il ne vend pas tripette. On parle alors de « succès d’estime », euphémisme médiatique inventé pour jeter un voile pudique sur les branlées commerciales essuyées par des artistes talentueux. Sans trop s’avancer, on parierait bien que Baxter Dury, 42 ans et maintenant quatre albums au compteur, ne roule pas en Roll Royce et ne descend dans des hôtels chics que lorsqu’ils sont payés par la promo. Comme beaucoup de plumitifs ayant un jour signé leurs mails « musicalement », on s’en désole.
Personnellement, je me suis pris « Happy Soup » dans la figure après tout le monde. Et je n’ai eu aucune envie de m’en remettre. Apreté des arrangements sur lesquels on commence par glisser, textes racontés plutôt que chantés et sourde mélancolie de l’urbain occidental ; le bonhomme sait appuyer là où ça fait mal sans se départir de son sourire. Dit autrement, Baxter Dury compose des disques qui ressemblent à une party : on reste d’abord à la porte, pas convaincu de ce qu’on entend de l’autre côté. Puis, timide, on finit par frapper. S’ensuivent plusieurs minutes de sourires gênés, jusqu’à ce que le bar nous tombe dessus… Aux convives, on sert alors des éclats de rire décontract’ tandis qu’à l’intérieur, le compteur Geiger des émotions fortes s’invente des seuils à dépasser.

C’est qu’on a un autre point commun avec Baxter Dury ; on a appris à ne pas être dupe. Et à télécharger des gigaoctets d’ironie pour parer au plus pressé. L’auteur de « Its’ a Pleasure », qui nous amène aujourd’hui, ayant en la matière un avantage insurpassable : le flegme anglais. Avant de vous faire part de ce que j’ai réussi à sauver d’un phoner sponsorisé par le haut-parleur d’un smartphone à la con et m’obligeant à avoir le nez dessus au point de loucher pour entendre les réponses, évoquons un troisième point commun avec celui à qui on a lancé ce cri d’amour, cet été, dans l’espace presse de la Route du Rock – « Baxter, I love what you do ! » -, frustré de voir tous les autres médias avoir une interview sur laquelle on avait dû s’asseoir pour cause d’embouteillages : l’âge. Je ne sais pas comment les jeunes gens actuels accueillent les courts-métrages auditifs de ce spécialiste du talk over mi amusé, mi- blessé, mais je sais, à l’aube des 40 années qui se profilent à l’horizon et que lui vient de dépasser, combien ils font mouche chez l’occidental blanc plus si blanc-bec. Il est temps de causer de ce nouveau disque, encore plus ramassé que le précédent.

« It’s a Pleasure », titre ironique, isnt’it ? L’intéressé confirme.

Baxter-Dury-It-s-A-PleasureEt en bon adepte du less is more, n’en rajoute pas. Premières sueurs dans l’écouteur. Allez, il rajoute un « ça n’était pas intentionnel, ça doit être accidentel. I mean it. » Bon. Mais n’allez pas croire qu’il se la joue snob. Le bonhomme est amène. Pas très causant, depuis sa chambre d’hôtel. Mais affable, disponible. En promo, quoi. Putain mais pourquoi cette interview n’a pas eu lieu cet été à Saint-Malo, bordel ? Quand on pédale dans la semoule, à deux cents kilomètres de son interlocuteur, avec la langue de Shakespeare et un téléphone pour seules liaisons, on se cherche des excuses. Et puis on se fait une raison : cette interview ne sera pas celle du siècle, voilà. La question du titre, poncif parmi les poncifs, aurait pourtant pu, avec pareil pince sans rire, déboucher sur quelque chose… Je tente alors de l’embarquer sur son art du non-chant. Et ce choix du talk-over, alors qu’il aurait pu « crier, jouer plus fort ». « I’m a soft, I’m a talker. Je ne suis pas vraiment un chanteur. J’aimerais l’être, j’aimerai pouvoir chanter The Dock Of The Bay, mais il n’y a que comme ça que j’arrive à faire des chansons. Certains disent que je chante, d’autres non, mais ça n’a pas d’importance. » « C’est peut-être parce que vous aimez raconter des histoires ? » Baxter, là, je te tends une perche XXL, à toi et ton goût pour les métaphores so XXIe siècle (« Ferreror Roche prostitutes / Primark debutants in boots / Crisis in this male midriff / Lost within these soiled wet lips », au hasard). Tout ce que je récolte, c’est un « yeah, yeah. » Envie de raccrocher poliment et d’aller me cacher avec les oiseaux pour mourir…

Business is business, et celui de la musique n’a pas l’air très good

Un calice se buvant jusqu’à la lie, je tente le coup des émotions cachées qui se ramènent quand même, tôt ou tard, chez ce pudique du palpitant. « Peut-être… Nos émotions sont le point de départ des chansons, c’est une inspiration. Une chanson n’est pas quelque chose d’abstrait, qui part de rien. Mais une chanson peut partir de plein de choses différentes… » Voilà, voilà…

Quant à savoir si « It’s a pleasure » a été facile à faire, on n’en saura rien. Car Baxter répond à côté. Et devinez quoi ? C’est plus intéressant. « Je ne dirais pas ‘facile’… Ca n’est pas facile de se maintenir dans le business de la musique, ça demande beaucoup de combats, beaucoup d’engagement. Tu dois être pugnace, persévérant dans ce business. » Je me trompe peut-être, mais si Baxter Dury vendait ses disques par millions, sa réponse n’aurait pas été la même. D’ailleurs, quand je lui demande comment il s’est senti, une fois le disque fini, il ne me parle pas non plus de création. Mais de promo. « Quand vous finissez un disque, vous êtes plus dans la logique de promotion, des tas de gens vous disent de faire ça, et ça, et ça… ça n’est pas la partie la plus créative… Mais bon, c’est bien, ça évite de se prendre trop au sérieux. » J’aurais pu tenter de creuser ce sillon, mais j’ai préféré essayer de coller une étiquette sur sa musique. Fatal error. Sauf si on a décidé de se saborder jusqu’au bout. « Mélancolie pop, ça vous convient comme définition de votre musique ? » Question con, réponse polie. Et mille fois entendues ailleurs. Ça m’apprendra. « J’aime bien que chacun voit les choses comme il a envie, mais c’est un point de vue intéressant. » Pas rassasié de poncifs, j’enclenche le bouton « le disque précédent était plus pop, celui-ci est plus électronique », Baxter appuie sur « Yeah, maybe, on fait les choses différemment, pour ne pas s’ennuyer… ». Eh, Vernon, tu t’adresses à un artiste, pas à un artisan-boucher.

Je n’ai plus assez de place dans mes pieds pour y tirer des balles. J’essaye de placer que c’est moi, le fan transi qui lui a crié « Baxter, I love what you do ! » cet été à l’espace presse de la Route du rock mais mon anglais se prend les pieds dans le tapis… Où je décide d’y aller, une bonne fois pour toutes : « En tout cas, c’est un super disque. » Baxter dit merci, forcément. On se quitte là-dessus. Le silence qui suit est une mer de sueurs froides et de frustration.

Margaux Ract - BAXTER 3

Sourire en coin et monde qui s’effondre

De retour au silence du laptop et de sa page plus vraiment blanche, sueurs froides séchées et de nouveau dans la langue de Molière, tentons de trouver les mots qu’on n’a pas su obtenir de l’auteur pour parler d’un des disques qui comptera en 2014. « It’s a pleasure », à l’image de son auteur, ne se livre pas tout de suite. Pas de gros riffs accrocheurs ni de refrain à beugler dans la foule. Encore moins de porte d’entrée facile. A la place, une drôle de douceur fragile, quelques cicatrices qu’on n’imagine pas suffisamment refermées pour éviter les grimaces mais qu’on arrive à taire, voire ici, à mettre en musique. « It’s a Pleasure » ? Du vernis un peu craqué, des murmures quand il faudrait hurler, un sourire en coin dans un monde qui s’effondre, la politesse du désespoir à l’heure du thé et des rires étouffés à celle du pub. Tous ces mots restés dans le tiroir, ces amours ratés presque effacés, des non-dits à la pelle et des punchlines en talk over à la place, miroir à peine déformant d’une époque où l’on peut encore survivre, pourvu qu’on ait du flegme et une bonne dose d’humour. Baxter Dury est de cette trempe.

Au dérushage, je me suis rendu compte que je n’avais pas réussi à placer son « I shout quietly », qui le résume pourtant très bien. Une des seules punchlines qui justifiait ces quinze minutes de phoner raté. Malgré tout, c’était un plaisir, M. Baxter Dury. I mean it.

Baxter Dury // It’s a Pleasure // PIAS (Sortie le 20 octobre)
http://www.baxter-dury.com/

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3 commentaires

  1. je commente ici désolé : votre collègue sur les rock critiques (on ne peut ps commenter l’article ) : qu’est ce qu’il veut dire ? : son article, c’est genre, c’est dandy, c’est fin de siècle mais malheureusement, ça ne veut pas dire grand chose …….c’est la grosse déprime chez vous : tout le monde, il est mort….: le rock, les rock critics (je sais ps trop pourquoi……;d’ailleurs, il pose nous pose la question dans l’article “vous comprenez?” …bin moi non ) etc ….détendez vous : faites un tennis, manger un couscous , partez en indes …^^

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